Un mois après la fermeture du mythique club Fabric, l'heure est venue de dresser un bilan – moribond – de la culture club à Londres. C'est ce qu'a fait Luis-Manuel Garcia, ethno-musicologue de son état, qui avait réalisé notre interview de Black Madonna au mois de mai. Partant du constat que le retrait de la licence du lieu a coûté l'emploi de 250 personnes et l'annulation de nombreuses dates, notre maître de conférence sort les chiffres : au cours des dix dernières années, la capitale a perdu environ 50 % de ses boîtes de nuit. Un chiffre qui fait réfléchir. Malgré les prises de position de Sadiq Khan, le maire de Londres, synonymes d'une prise de conscience de l'importance du monde de la nuit dans l'économie et l'attrait de la ville, la marche arrière semble bien enclenchée. 

Luis-Manuel Garcia s'interroge alors sur les raisons qui ont poussé la Metropolitan Police à demander l'annulation de la licence de la Fabric. Est-ce réellement dû à la mort par overdose de deux personnes ou plutôt à la gentrification croissante du quartier ? Ce phénomène allant de pair avec des riverains de moins en moins tolérants quant aux "désagréments" que peut causer la proximité d'un club, le débat reste ouvert.

Ce qui se fait ailleurs  

Ce billet est aussi l'occasion pour l'ethno-musicologue de faire le comparatif des moyens mis à disposition de la culture club dans d'autres capitales européennes. Évidemment, l'exemple le plus fréquemment cité reste Berlin. La ville des ours est un exemple en matière de valorisation du monde de la nuit. Une semaine à peine après la fermeture de la Fabric, les Allemands élevaient le Berghain au titre de "Kultur". Le club est ainsi devenu une institution culturelle à part entière, comme les cinémas ou les salles de concert avant lui. 

berlin atonal 3

L'auteur cite également Amsterdam, qui a su faire preuve d'innovation en matière de vie nocturne. Ainsi, depuis 2002, la communauté des noctambules est appelé à élire un "maire de la nuit" afin de faciliter le dialogue entre les fêtards et la mairie. Et les résultats sont là. En deux ans, la licence "24 heures" a été distribué à 10 clubs au total, comme le Shelter

Mais que l'on se rassure, il y a toujours de l'espoir, selon Luis-Manuel Garcia. Même si Sadiq Khan a quelque peu déçu sur le dossier Fabric, il n'en reste pas moins ouvert au monde de la nuit. Depuis son arrivé à la mairie, il n'a cessé de demander la création d'un poste de "night czar", basé sur le modèle néerlandais. Ajoutons à cela la prise de conscience de la part des acteurs de la vie nocturne de la nécessité de peser dans le débat politique, qui ne demande qu'à se concrétiser. La nuit londonienne a plus que jamais besoin d'être soudée. Alors, peut-être que la fermeture du mythique club de Londres aura un effet. 

Mais “pour le moment”, conclut Luis-Manuel Garcia, Londres donne l'impression de ne tolérer que le divertissement grand public antalgique, le genre convenable, qui ne prend pas de risques et lucratif. Si la ville souhaite redevenir un bastion de la vie nocturne, elle a encore beaucoup de travail.”