“Ça s'est passé le jour de l'inauguration. Pendant la soirée, un des managers de Fabric a découvert que quelqu’un avait fait des graffitis dans la salle. Il ne savait pas que l’auteur était Banksy, ne réalisait pas à quel point ce genre d’artwork était important. Il était tellement en colère qu'il a effacé le graff et a fait arrêter Banksy ! Je crois que c'est la seule fois de toute sa carrière que Banksy s'est fait prendre par les flics. Il a passé quelques heures en cellule et deux ans plus tard, il s’est faufilé de nouveau dans la boîte. Il a eu sa revanche en claquant un graff énorme dans le club, qui est désormais encadré. On a reçu des offres phénoménales de personnes qui souhaitaient l’acheter.”

Fabric a dit non à Madonna

Louie Vega est venu jouer ici. Je n'ai jamais été trop fan, mais on a finalement réussi à lui trouver un gig. En une heure, il est parti en vrille. Il était complètement bourré, il est monté dans le VIP lounge et a vomi. Ce type ne sert à rien, c'est un blaireau absolu. On a aussi refusé l'entrée au prince Andrew et au prince Harry, parce qu'ils ne comprennent pas ce qu'on fait ici. Ils viennent juste pour se montrer. On a aussi dit non à Madonna. J'ai reçu un coup de fil très arrogant et condescendant de son manager : « Madonna va venir samedi soir, il y aura 10 bodyguards, elle a besoin de ça, ça et ça… » J'ai répondu non. Si elle veut venir, elle n'a pas besoin de sa sécurité, parce que personne ne l’emmerdera : on a reçu Bono ou Keith Sutherland et absolument personne ne les a fait chier.

Les débuts de Fabric

L’idée me trottait dans la tête depuis le début des 90’s. À l’époque, tous les clubs décents de Londres jouaient de la house pourrie. J’ai commencé à organiser des soirées dans des entrepôts. Ça se passait bien jusqu’à ce que la police commence à s’y intéresser de trop près. C’est vite devenu intenable. Il m’a fallu huit ans pour monter le projet. La priorité, c’était d’avoir le meilleur sound-system. On voulait un endroit qui nous rappelle les warehouse parties, un son optimal et de l’air frais. On a investi 10 millions de livres, dont 2 millions dans l’air conditionné.

Un arnaqueur à la rescousse

Un très long processus s’est engagé pour obtenir une licence et un permis de construire. En 1997, la moitié du projet était en place. Mais au milieu du chantier, le promoteur immobilier a fait faillite. C'est là que j'ai trouvé un partenaire, Tom, un mec horrible. Je ne le savais pas encore, mais c'était un pur requin de la finance. Il a amené de l'argent pour finir le site et dès qu'on a ouvert, il a commencé à voler du fric. Jusqu'en 2003, c'était une période terrible, on a passé beaucoup de temps au tribunal. Le gars s’achetait des bateaux avec l'argent de Fabric. On était au bord de la banqueroute, et un administrateur a été nommé pour gérer la société. C'est ce qui nous a sauvés, mais ça nous a coûté beaucoup d'argent. Finalement, j'ai eu ce que je voulais : la liberté de faire les soirées que je souhaitais. Ce fut probablement la période la plus difficile de ma vie.

La première soirée de Fabric

Le premier soir, c'était un bordel sans nom. La police nous appelait sans arrêt parce que la foule massée au-dehors bloquait toute la rue : “Faites-les entrer ou faites-le partir !” Il y avait un océan de clubbeurs et on a perdu un peu le contrôle. Les travaux n'était même pas terminés. A un moment, on se demandait si on allait pouvoir ouvrir. À 18 h, on n’avait toujours pas d'électricité. On a beaucoup sué, c'était très chaotique mais finalement, ça s'est très bien passé et ça ne s'est jamais arrêté. Je crois que depuis ce jour, on n’a jamais connu de samedi où le club n’afficherait pas complet.

Et les soirées ratées…

Il y a deux soirées qui m'ont déprimé. D'abord la performance de Talvin Singh qui jouait des tablas. On l'a calé à 2h du matin et les gens n'ont pas du tout suivi. Ils sortaient de la salle en rang d'oignons. C'était vraiment triste. Et puis Matthew Herbert, qui a fait un set très abstrait avec une canette. C'était énorme, il arrivait à en tirer un beat complètement dingue, les gens se demandaient ce qu'il foutait.