C’est dans une moiteur tropicale et un taux d’hygrométrie proche des 80% que Spoek Mathambo, Aero Manyelo et Manteiga, trois des membres du collectif sud-africain Batuk, font leur apparition ce jeudi soir. Avec un premier album, Mùsica Da Tierra, sorti cette année et des sonorités oscillant entre house, afro-house, kwaito (courant musical sud-africain qui a émergé au début des années 90), baile funk (funk brésilien dérivé de la Miami bass) et gimmicks à la M.I.A., ils mettent le public dans le bain direct avec leur énergie communicative. Les tracks s’enchaînent sans le moindre coup de mou de part et d’autre de la scène et quand "Puta", un des titres phares de l’album, arrive dans les oreilles, l’efficacité atteint son paroxysme.

Batuk - Puta

Arrive ensuite Nidia Minaj. La Portugaise d’origine guinéo-cap-verdienne et bordelaise d’adoption propose, et c’est sa marque de fabrique, un set typiquement kuduro. Mais si, vous savez, ce courant musical venu tout droit d’Angola, importé au Portugal par les communautés cap-verdienne et mozambicaine et popularisé notamment par le collectif Buraka Som Sistema. Avec un EP, Danger, sorti en 2015 sur le label Principe (Lisbonne) et un album, Estudio Da Manasorti en 2014 chez Brother Sister Records (Montréal), la jeune productrice offre un set qui tape avec pas mal de vocals et des remix allant de Wiz Khalifa à O.T. Genasis.

Nidia Minaj Boiler Room Lisbon DJ Set

Jacques et Agoria en featuring à 3h30 du matin

Le vendredi, c’est à Stereolux que ça passe avec une programmation qui, selon la rumeur, est la plus alléchante du week-end. Certains sont déjà en haute altitude quand Pional arrive sous les Nefs, à 22h30. Cette année, pas de silent party, et le Madrilène (Miguel Barros de son vrai nom) nous met bien avec des sons efficaces mais pas gratuits. Ça commence gentiment, dans la veine de morceaux comme "Casualty" sorti en 2016 chez Counter Records, avant de renter dans le vif du sujet avec des sonorités plus sombres entre minimal et relents techno. Les premières gouttes de sueur font logiquement leur apparition. À moins que ce ne soit la bière renversée par le type devant. Le genre de gars qui a besoin d’un espace de la taille d’un T1 bis pour laisser parler un corps qu’il ne contrôle déjà plus. Ils sont toujours plusieurs par soirée et ce n’est pas le fruit du hasard. C'est certain, il y a bien une équipe qui s’est mise en tête de saigner toutes les soirées du pays à la recherche de verres à renverser.

Pional - Casualty

Bravo, bref, c’est super. Danny Daze prend le relais sous les Nefs avec une performance quelque peu décevante, en comparaison de l’EP Speicher 91 sorti cette année chez Kompakt ou certains de ses tracks labellisés Hot Creations. Considéré comme l’une des têtes d’affiche de cette quinzième édition, c’est avant la fin et avec un arrière-goût d’EDM que l'on a pris la direction de la salle Maxi.

Danny Daze - Swim

Il est environ minuit quand le Français Romain Delahaye alias Molécule régale la salle Maxi avec des sons tout droit sortis du ventre maternel. Ça a du sens quand on sait que ce projet intitulé 60° 43’ Nord a plus ou moins était mûri au cours d’un voyage en bateau. On reste dans le domaine aquatique, la fin du live fait lever les bras et fermer les yeux pour mieux se replonger dans l’origine du monde. "Carpe diem" comme dirait Lara Fabian sur son album éponyme.

Molecule_David_Gallard
Molecule

S’en suivent Helena Hauff et Paula Temple, c’est l’apocalypse à l’étage de la Maxi et les vigiles ne savent plus quoi faire alors que les pistes sont loin d’êtres fermées. Après avoir aidé un gars qui venait de prendre une marmite de l’espace sur le sol plus que glissant des chiottes (lunettes qui volent, petits mouvements de douleur et de crispation en position foetale sur une surface maculée d’urine et de bière), direction les Nefs. Et là, Jacques et Agoria, fraîchement sorti d’une collaboration avec l’Allemand Michael Mayer avec le titre "Blackbird Has Spoken" (!K7 Records), sont en plein featuring entre riffs de guitare et machines et ça a vraiment de l’allure. Douce ambiance, douce ivresse, le public apprécie ce moment avec ces deux artistes musicalement et capillairement complémentaires. C’est important de le souligner car c’est plutôt rare de voir des musiciens programmés chacun de leur côté dans un festival finir sur la même scène.

scopitone 2016 jacques agoria David Gallard
Jacques et Agoria

Ann Clue, enfin quelqu’un qui ne fait pas semblant de s’occuper pendant son DJ set

Dernière ligne droite : Mykki Blanco est quasiment le premier à ouvrir le bal. Le Californien, qui vient tout juste de sortir, également sur le label allemand !K7, son premier album studio, saute partout, joue avec sa perruque, va dans le public… Il intrigue, fascine mais malgré toute l’énergie déployée, ce n’est sans doute pas son meilleur concert. Merci quand même à Woodkid de l’avoir motivé à continuer à faire du son.

Mykki Blanco / David Gallard
Mykki Blanco

Petit détour par la salle Micro avec l’Italien Rodion, suivi du Suédois The Field qui, en dépit d’une carrière déjà bien entamée et un siège attitré chez Kompakt, a été l'une des découvertes du week-end. Avoir l’impression que le mec sur scène bricole en permanence sur des machines qui paraissent avoir été achetées en vide-grenier entre un magnétoscope et un vieux graveur de DVD, ça épate. Le décor est planté dans une ambiance sombre, métallique, sanguine plus proche de l’introspection que du mouvement de foule. Petit cadeau dans vos oreilles :

The Field - The Follower

La soirée touche à sa fin avec l’Allemande Ann Clue en salle Maxi. Très attendue et reconnue pour l’efficacité de ses sons, c’est un DJ set décomplexé que la cofondatrice (avec son boyfriend Boris Brejcha) du label Fcking Serious propose à un public en lambeaux. Au moins, elle ne fait pas semblant de s’occuper pendant que les tracks défilent. Elle s’approprie tout l’espace en se baladant, dansant, haranguant la foule et lui faisant passer quelques messages préparés à l’avance sur des feuilles volantes. Elle s’amuse et transmet son plaisir à une assemblée conquise. Tu reviens quand tu veux.

Ann Clue David Gallard
Ann Clue