La seconde journée de la Paris Electronic Week commençait fort avec une courte présentation de la 'musique de synchronisation'. Ce que l'on désigne par ce terme, c'est le fait de produire de la musique pour d’autres supports comme la publicité, les séries télé ou l’industrie du cinéma. Nous aurons retrouvé l’avocate Alexandra Jouclard, aux côtés de Tommy Vaudecrane, Daniel Cross (Adidas) et Lynden Campbell, en charge de la synchronisation chez Domino Publishing.

Ce qu’il fallait noter de cette discussion, c'est que la synchronisation peut être un moyen incroyable de booster la carrière d’un artiste. On pense par exemple au groupe Jabberwocky et à la pub Citroën qui les a révélés aux yeux du grand public.

À l’heure où les producteurs amateurs et professionnels se multiplient de manière exponentielle, il est important pour chacun de trouver sa place et de ne pas concevoir la musique comme quelque chose de strictement personnel. Et les retours peuvent être surprenants. Par ailleurs, s’il vous vient l’idée de prêter un morceau à une campagne publicitaire, prenez soin de vous munir d’un bon avocat. Vous pourrez avoir affaire à un droit différent du droit français, et de toute manière, il sera toujours plus simple de déléguer ces complications.

Au sujet d’une synchronisation gratuite, Daniel Cross est catégorique : « Dans le cas d’une campagne publicitaire, c’est un grand non ! ». Pour Alexandra Jouclard, les choses peuvent être relativisées. « Offrir gratuitement les droits de votre musique ? Pourquoi pas, rétorque-t-elle. Mais sur une durée limitée afin de renégocier les droits plus tard. » En effet, la cession de droits, si elle n’est pas claire, ne jouera pas en faveur de l’artiste. Lynden Campbell se souvient notamment d’avoir cédé les droits d’un titre de Son Lux pour Nissan. L’artiste n’en a rien tiré. Et le spot ? Vous ne le connaissez que trop.

À l’étage, on s’intéresse aux technologies. Le patron de Spotify, Austin Kramer, était venu parler des playlists, de leur utilité et de comment les utiliser au mieux. 

Dans l'auditorium, pour présenter l’étendue du marché des musiques électroniques, un plateau de choix était réuni au pied des gradins. En ligne de front, le patron de Trax, Antoine Buffard, et Antoine Baduel, celui de Radio FG, défendaient chacun leur bout de gras. Défense de l’underground contre business de la musique électronique. Un débat riche et intéressant qui amènera chacun dans l’assemblée à relativiser son point de vue.

Pour Antoine Baduel, « l’underground est le futur mainstream » : « Je pense que ces deux familles sont liées, c’est un écosystème global. » Pas de quoi convaincre Antoine Buffard, plus proche de la vision des acteurs français : « Ici, les gens ne connaissent pas l’EDC et ce genre de festival. Les gros festivals de Paris ne sont pas guidés par l’argent. Ils se développent plus lentement et l’ambiance évolue dans le bon sens. Les gens ne cherchent pas forcément à toucher le sommet : le business vient en deuxième. »

Mais pour le camp FG, être ouvert aux artistes les plus commerciaux ne signifie pas une baisse de qualité : « Chaque média a son créneau. Chez FG, on essaie de mesurer ce que les gens veulent pour le leur proposer, mais aussi de les mener vers de nouvelles choses. Par exemple, nous avons renforcé la deep house sur nos ondes depuis deux ans » « La pratique amateur se développe énormément, conclut Antoine Buffard. Et une forme de noblesse s’y applique. Les artistes n’ont plus peur de faire moins bien que les grands producteurs. L’amateur est prometteur. »

On enchaîne sur la conférence autour des innovations en festival. Et si l'on pensait parler décorations, interactivité et futurisme, nous voilà un peu déçus. La conversation se concentrera un long moment sur les dernières technologies en matière de billetterie et de paiement, avec un consensus entre les intervenants : "Un bon client en festival est un festivalier qui dépense plus que prévu, qui en est satisfait et qui reviendra l'année prochaine." On retiendra tout de même de cette conférence que le monde événementiel fait face à une transformation des comportements des clients.

"Nous devons nous focaliser sur la demande des festivaliers, et aujourd'hui, ils viennent avant tout chercher une expérience globale. La question est de savoir comment rendre cette expérience unique." Dans ce sens, les intervenants appuieront sur la personnalisation des festivals, le fait de "proposer des options afin de cibler chaque festivalier dans ses besoins personnels". Et cette belle phrase : "En festival, vous avez un pied dans le rêve, un pied dans la réalité."


de gauche à droite : Alexandre Buton (Fée Croquer), Frédéric Hocquard, Camille Hazel (PWFM), Mathilda Meerschart (Possession / Jeudi Techno), OTTO10, Jean-Paul Deniaud

La journée s'achève par une rencontre avec les "nouveaux collectifs qui font bouger Paris". Etaient donc conviés les représentants de PWFM, Fée Croquer, OTTO10 et Possession : un plateau à l'image exacte de ce qui se trame dans la jeunesse parisienne. Frédéric Hocquard, conseiller à la mairie de Paris sur les questions relatives à la nuit, était également là pour représenter la ville. Il ouvre la discussion en affirmant que la mairie est pleinement consciente de l'émergence de ces collectifs et des enjeux qu'ils représentent, et mentionne même "le lobbying" appliqué par les riverains pour "annuler certains événements". "La nuit peut être partagée", selon lui : "Les moments de fête sont des temps qui décloisonnent, ils sont importants pour la municipalité et c'est pour cela que nous voulons être facilitateurs."

Parmi les différents collectifs présents, les représentants d'OTTO10 s'imposent comme des leaders d'opinion et de véritables philosophes de la fête. "Les Parisiens n'ont plus envie d'être plumés lorsqu'ils sortent le soir, avance Adrien Utchannah, directeur artistique du collectif. C'est en réaction à ça que nous avons créé OTTO10 ; en réaction à ces soirées dénuées de liberté, d'humanité en fait. On a voulu redonner du sens au mot de la fête : un lieu où nous ne sommes pas les uns contre les autres, où l'on s'amuse ensemble. On s'est aperçus que cette démarche demandait d'éduquer le public. Quand on a grossi notre échelle, on avait peur de perdre cet état d'esprit mais bizarrement, les nouveaux clients étaient tirés vers le haut. Le concept leur donnait envie de respecter l'endroit et de propager les valeurs d'OTTO10."

Alors qu'on les ramène souvent à l'image des raves 90's, les collectifs parisiens nourrissent un avant-gardisme certain. Ce qui n'échappera pas au modérateur, notre rédacteur en chef, qui posera la question aux représentants. La sentence sera claire, et la plus belle réponse viendra encore d'OTTO10 : "Ce n'est pas la rave qui nous fédère mais ce qu'on voit dans la fête : le vivre-ensemble. Ce que font nos différents collectifs fait du bien aux individus et à la société. Nous vivons dans un monde dur, et en plus avec les attentats... Nous avons besoin de ces moments pour se faire du bien. La ville, la préfecture, l'Etat, au lieu de voir un risque dans la fête, devraient y voir une chance de réunir les gens. Notre but est d'apprendre aux gens à s'aimer et la ville doit supporter ce genre d'initiatives"

Paris Electronic Week, jour 1 : ce que vous avez manqué