Organisée par nos voisins de palier Technopol (l'association de défense et promotion des cultures et musiques électroniques, et orga de la Techno Parade), la Paris Electronic Week (PEW) accueille du 21 au 24 septembre professionnels, amateurs, médias, ou tout simplement curieux dans les salles de la Gaîté Lyrique aux abords du 3e arrondissement parisien (lire nos articles approfondis sur la PEW ici et ).

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Mercredi se tenait une conférence dont le thème a animé de nombreuses discussions de fin de soirée : comment créer son propre club ou festival, en partant de zéro ? A la tribune, des spécialistes du genre : Aurélien Dubois, le président de l'agence Surpr!ze (à la tête de Concrete, du festival Weather, et plus récemment de la soirée Hors Série et de la friche Richard Lenoir), Gildas Rioualen, cofondateur du festival Astropolis (23e édition en 2016) et Dan Beaumont, propriétaire des clubs Dance Tunnel (fermé depuis août) et Dalston Superstore à Londres.

Bon, on préfère vous l'annoncer tout de suite : ce n'est pas forcément après cet article que vous pourrez immédiatement vous lancer dans le business. Le format (court) de 45 minutes de la conférence et les grandes envolées un peu floues des intervenants nous ont quelque peu laissé sur notre faim. Ceci dit, tout n'est bien évidemment pas à jeter, et nous avons repéré de nombreux détails intéressants. Voici les meilleurs d'entre eux.


De gauche à droite : Aurélien Dubois, Gildas Rioualen et Dan Beaumont. (©Thémis Belkhadra)

1/ Ne pas penser trop gros, pour mieux apprendre de ses erreurs.

S'il ne fallait retenir qu'un conseil, ce pourrait bien être celui-là. Répété et martelé par nos trois intervenants, ce leitmotiv s'est rapidement imposé comme la condition sine qua non de la réussite. "Il n'y a que deux choses à retenir pour arriver à organiser de bonnes soirées : faire des erreurs, et en tirer les leçons", expose clairement le Londonien Dan Beaumont.

"On a tous commencé par de l'associatif, quelque chose de non lucratif, retrace Aurélien Dubois. C'est avec nos deniers personnels qu'on a mis en place l'événement 0, puis l'événement 1, etc.. On constate très rapidement, en fonction des retours du public, si l'on est fait pour ça ou non." Même son de cloche du côté de Gildas Rioualen, qui sensibilise l'auditoire sur une éventuelle sortie de piste : "Dire que tu as besoin de 30 000 euros de budget artistique pour commencer, évidemment que c'est une connerie. Si tu te plantes, tu vas mettre cinq ans à remonter la pente. Non, il faut faire les choses petit à petit, c'est là que tu apprends à travailler avec des gens, à te faire des contacts, à installer une confiance, ou encore à fidéliser des bénévoles."

Aurélien Dubois et Gildas Rioualen invitent les gens à se lancer quoi qu'il arrive, même si le premier semble un tantinet plus optimiste que le second. "Il y a un effet multiplicateur : plus il y aura de concurrence, et plus ce sera bénéfique, puisque plus de gens sortiront faire la fête, et celle-ci gagnera en qualité", insiste le patron de Concrete. Gildas, de son côté, préfère tempérer : "Certes, il ne se passera rien si les gens ne se lancent pas, mais il n'y a pas forcément de la place pour tout le monde partout, surtout en province. Certains vont inévitablement manger pour les autres". Les deux s'accordent sur le fait "qu'il ne faut pas penser aux risques".

2/ Réinvestir l'argent gagné

"Dans ce secteur, beaucoup d'argent circule. Mais ne faites pas l'erreur de penser que c'est le vôtre", prévient l'Anglais Dan Beaumont, qui rappelle que "cet argent appartient aussi à vos fournisseurs et à vos équipes""Il est possible que tout l'argent gagné, au début, vous monte à la tête, mais il est vraiment important de le réinvestir dans les futures soirées. C'est la clé de la réussite."

3/ Apprendre la loi et les normes

"Ce qui est important à retenir en se lançant dans ce business, c'est de bien connaître la loi et les normes", explique Dan Beaumont, qui insiste : "Faites les choses proprement, de manière légale, sans risque ni danger." Et cela passe par des réunions sécurité avec les autorités et des rencontres avec les élus, afin de mieux cerner les attentes de toutes les parties. "Vous ne pourrez pas vous cacher de ces gens-là."

4/ Responsabiliser le public, mener une politique de prévention des risques liés à la drogue, et montrer l'exemple

La circulation de drogues est un problème récurrent dans le monde de la nuit, avec lequel les organisateurs doivent souvent jongler. Notre propriétaire londonien exhorte le public : "Vous devez être transparents, travailler de manière la plus responsable qui soit, et montrer l'exemple. Bien trop souvent, le staff est aussi défoncé que le public." 

"A Concrete, on est l'un des seuls établissements à avoir un poste de premiers secours, affiche Aurélien Dubois. On est plus ou moins laxistes avec les clients que l'on accueille, mais on essaye de leur expliquer comment on se protège, voire de détecter des problèmes de toxicomanie si c'est le cas." De son côté, Gildas se réjouit : "Aujourd'hui, il y a beaucoup moins de langue de bois. Oui, en festival, beaucoup de gens font la fête, boivent et souvent se droguent. Mais grâce aux dispositifs sanitaires mis en place, le festival est aujourd'hui un lieu ultra-sécurisé pour faire la fête."

5/ S'entourer des bonnes personnes

"Vous ne pouvez pas changer profondément les gens", déplore Dan, réaliste. Il faut donc avoir une très bonne relation au départ pour espérer réussir dans ce milieu. Vous devez établir un climat de confiance total." Son conseil va d'ailleurs plus loin : "En fait, tout repose sur votre jugement. Et le vôtre a intérêt à être bon dans ce métier."

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Bonus : les astuces de Gildas

Gildas Rioualen insiste sur l'importance du réseau, qu'il faut tisser au fur et à mesure en prenant contact avec des professionnels du secteur, comme les tourneurs, les producteurs, les managers... "Il faut savoir négocier le cachet de certains artistes, en fonction de sa notoriété dans la région où vous le bookez, de la taille de la salle, ou encore des décorations qu'il faudra installer. Même s'il y a beaucoup de requins dans ce milieu, qui réclameront une avance de 100% du cachet, certains se montreront compréhensifs s'ils vous connaissent. D'où l'importance du réseau."

Le boss d'Astropolis conseille également l'utilisation de Weezevent pour financer votre soirée, bien qu'il le considère "comme un outil à double tranchant" : "Les commissions sont moins importantes que chez Digitick, et ils ont système pratique pour les jeunes producteurs. Tous les quinze jours, ils versent le fruit des premiers tickets vendus, ce qui est un apport non négligeable de trésorerie. C'est également un piège : si la soirée est annulée, il faudra rembourser..."