Photo en Une : © Thémis Belkhadra


À 14h, la Gaîté Lyrique bourdonnait encore tranquillement. Trente minutes plus tard, plusieurs dizaines de professionnels et aspirants de la musique électronique prenaient possession du lieu parisien de toutes les innovations.

C’est Bart Cools, directeur de la stratégie dance music de la major Warner Music, qui était chargé d’ouvrir cette semaine consacrée à l’industrie de la musique électronique et notamment à son avenir. Car on l’oublie souvent, les majors sont elles aussi concernées par le phénomène, à une échelle bien différente. Ses trente ans de carrière, Bart Cools les aura consacrés à la « création d’un marché de la dance music » ; cette musique est pour lui « physique » : « Il s’agit d’être là et de ressentir la musique ». Il se souvient d’avoir travaillé sur les maxis des Chemical Brothers ou de Massive Attack, à une époque où la musique électronique était loin d’avoir conquis le cœur du grand public. Aujourd’hui, tout a changé.

« Le streaming a métamorphosé le marché, avance Bart Cools. Aujourd’hui, par exemple, les radios ne sont plus celles qui désignent la tendance : le public la désigne lui-même sur les plateformes de streaming et la radio s’aligne. » Pour l’industriel de la musique qu’il est, le streaming a rendu plus difficile le renouvellement des tendances et l’ouverture au monde : « Les Etats-Unis prennent toujours plus de terrain, ce qui m’attriste parce que je pense qu’il faut chercher le talent partout où il se trouve ». Par ailleurs, le fait que « les quinze même artistes soient toujours dans les classements d’écoute » forcerait selon lui la scène underground à se réinventer sans cesse : « Les gens enregistrent de plus en plus de morceaux, et gardent toujours en tête cette quête de qualité. »

Pendant ce temps, à l’étage, deux femmes, l’une en charge du contenu Vevo et l’autre du marketing du distributeur The Orchard, donnent un véritable cours face à une salle studieuse et bondée. Elles insisteront un long moment sur la puissance médiatique de YouTube, qui « permet de cibler votre public en fonction des artistes auxquels votre musique est liée ». En gros : YouTube vous permet de promouvoir votre contenu auprès des fans de Jeff Mills, Metallica ou Travi$ Scott – selon besoin.

Elles seront suivies par Wesley T. A’Harrah, un homme à l’allure jeune qui a pourtant bien roulé sa bosse dans le milieu des start-up et notamment chez Music Ally, où il s’occupe de la formation et du développement de l’entreprise. Il présentera de nombreux outils destinés à faciliter la relation entre une entreprise, un organisme et son public.

Difficile de faire des impasses tant les conférences de cette première journée avaient chacune leur importance. De retour dans l’auditorium, trois avocates développent l’un des sujets qui échappe le plus aux acteurs de la musique électronique : la législation. Les différents contrats liant artistes et labels, la particularité des home-studios, la rémunération juste de tous les acteurs… : la conférence était riche et indispensable à tous ceux qui ont portent l’ambition de se professionnaliser dans cette industrie. La conférence suivante, consacrée aux droits d’auteurs dans le monde du DJing viendra compléter les propos de la précédente.

Il était cette fois question de l’identification des morceaux joués dans un mix avec le système développé par l’AFEM qui « analyse et dit quand tel morceau a été joué à tel endroit ». Cette innovation devrait à terme faciliter la juste rétribution du travail de chaque artiste. En effet, il apparaît que la différence de rémunération entre producteurs et DJs est souvent très grande, et d’autant plus dans les milieux underground. De très bons producteurs ne font pas de scène et ne gagnent pas d’argent, pendant que des DJs jouent leurs morceaux et empochent des cachets. Pour le directeur de la Sacem, la question se pose : « Doit-on reverser 100% de ses revenus à un DJ ? » Mark Lawrence, directeur de l’AFEM, insistera longuement sur la nécessité pour tous les producteurs d’enregistrer leurs morceaux dans les bases de données de la Sacem : « On ne peut pas identifier un morceau qui n’est pas dans notre base de données. […] Aujourd’hui, un morceau diffusé en festival vous rapporte plus que 2 000 écoutes sur SoundCloud ». Producteurs, vous l’avez compris : pour une plus juste rémunération des artistes, inscrivez-vous à la Sacem et favorisez les systèmes d’identification en club.

La journée touchait à sa fin quand la conférence dédiée à la prévention des risques en événement festif a démarré. Tenue par Mark Lawrence, Tommy Vaudecrane, président de Technopol, et Jasmine Lawrie du Bristol Drugs Project, la discussion commence fort : « Tous les styles de musique ont une drogue associée, même si elle est légale comme l’alcool. » S’il y avait un mot à retenir, notamment dans le discours de Jasmine Lawrie, c’est que le risque lié aux drogues ne se limite pas aux scènes techno, et qu’il est dû à un manque de sensibilisation et d'éducation du public. À l’évocation des tests de substances, la question de l’incitation se pose. Mais ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir, et sauver des vies plutôt que de réprimer ?

La discussion dérive naturellement sur le cas de Fabric, sur lequel Mark Lawrence a donné son avis: « Ce n’est pas qu’un problème de drogues, c’est aussi politique. » Pour lui, la fermeture du club est une manière pour les autorités de dire qu’elles se chargent du problème alors qu’elles ne font que le reporter sur les alternatives qui s’offrent à eux. « Si tu fermes un festival pour cause de drogues, tu vas voir apparaître 15 soirées où le danger sera potentiellement plus élevé. » La journée s’achève sur la conférence que tout le monde attendait : Comment créer son club, ou son festival en partant de zéro. Plus de détails dans un article à venir sur Traxmag.com.

Au terme de cette première journée de conférences, on ressort déjà bien plein. Ce jeudi, tout le monde remet le couvert et porte son regard un peu plus loin. Au programme : analyse du marché des musiques électroniques, présentation des dernières innovations mais aussi des nouveaux collectifs « qui font bouger Paris ». Un autre point capital sera abordé : le rapport qu’entretiennent les événements de musique électronique et le tourisme.