Brian Eno, compositeur, pionnier de la musique ambient, et producteur du légendaire David Bowie dans les années 70, a refusé que Batsheva, une compagnie de danse contemporaine israélienne de renommée internationale et basée à Tel-Aviv, utilise les compositions de son album Neroli, sorti en 1993, pour une série de spectacles en Italie. Selon le site du Guardian qui relaie l'information, ce refus est motivé parce que l'événement est sponsorisé par l'ambassade d'Israël. 

Brian Eno - Neroli

Selon le journal italien La Repubblica, la pièce Humus devait se tenir le 6 septembre dernier à l'occasion du festival Torino Danza à Turin. Mais après que Brian Eno a appris le soutien du spectacle par l'ambassade israélienne, celui-ci a signifié son opposition dans une lettre à destination de la compagnie. Compréhensif envers les artistes israéliens de la troupe et flatté par leur choix de musique, il a tout de même jugé "inacceptable" que la sienne soit utilisée dans un événement parrainé par le gouvernement d'Israël. Son nom a même été retiré de la page officielle de l'événement. 

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Brian Eno est connu pour être un membre engagé dans la cause palestinienne. Il est un acteur important du BDS movement (Boycott, Divestment and Sanctions), une campagne lancée en 2005 et appelant au boycott des institutions israéliennes culturelles, politiques, ou encore économiques, notamment pour dénoncer l'occupation israélienne des territoires palestiniens. 

Il est aussi l'un des 1 200 signataires de l'initiative Artists’ Pledge for Palestine, qui rassemble des artistes du monde entier contre "la barbarie israélienne exercée à l’encontre de l’existence palestinienne" et encourage à ne pas financer ou créer de contacts culturels avec le gouvernement mis en cause.

Brian Eno - Discreet Music

Dans sa lettre, Brian Eno explique : "Il est souvent dit par les adversaires de BDS que l'art ne doit pas être utilisé comme une arme politique".  Toutefois, selon lui, le gouvernement israélien a clairement fait comprendre qu'il le faisait en promouvant une "marque Israël" et détournant ainsi l'attention sur les problématiques du conflit. En ce sens, l'artiste considère que son refus "est une façon de prendre cette arme hors de leurs mains."

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Il souligne la difficulté dans laquelle se trouve les artistes israéliens, notamment ceux de Batsheva, "qui ont fait preuve d'une certaine sympathie envers la cause palestinienne". Mais pense que le gouvernement israélien "exploite" des artistes comme eux, jouant sur leur "désir naturel de continuer à travailler", à créer, même si cela signifie pour eux de "faire partie d'une stratégie de propagande."

Comme l'a expliqué la compagnie de son côté dans un communiqué, "le souhait de M. Eno a été totalement respecté" et la musique remplacée. Batsheva estime cependant que "ce genre d'action est inutile et ne contribue en aucun cas à la résolution du conflit, la fin à l'occupation ou à ramener la paix dans [la] région."

Le chorégraphe Ohad Naharin réagit (en anglais) au Boycott de Brian Eno

A propos du chorégraphe de la pièce, Ohad Naharin, la l'équipe affirme qu'il "a été un activiste politique depuis des années en Israël, et n'a jamais hésité à parler de la situation en Cisjordanie et les conséquences de l'occupation. Son engagement profond pour la liberté de l'esprit humain se reflète dans ses actions, ainsi que des créations artistiques ".