Celui qui se flattait de consommer français en utilisant la plateforme de streaming Deezer va devoir trouver un autre moyen de se la jouer comme Montebourg en marinière. Depuis cet été, l'application musicale est devenue russo-américaine. L'Autorité de la concurrence a donné son feu vert au fond d'investissement Access Industries pour prendre le contrôle de l'enseigne française. Derrière ce nom se trouve Len Blavatnik, un homme d'affaires américain originaire d'Ukraine. Via son entreprise, il est déjà propriétaire de Warner Music Group, qu'il acheté en 2011, et a aussi investi dans Beats Music, Shazam, et Songkick.

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Depuis janvier déjà, Access Industries était le principal actionnaire de Deezer avec 27%, devant Orange et ses 10%. Pour justifier son passage au dessus de la barre des 50%, le groupe a expliqué dans un communiqué de presse les raisons de cet investissement. "Recruter davantage de clients, accélérer l’introduction de nouveaux produits et construire de nouvelles expériences pour les fans de musique."

Une manœuvre qui a des allures de sauvetage pour Deezer. Après une entrée avortée en Bourse, la firme a connu une période bien sombre et tente de se renouveler. Ainsi, cet été, il annonçait son arrivée sur le marché américain. Une initiative nécessaire car, s'il occupe une part de marché comprise entre 40 et 50% en France, il n'excède pas les 5% à l'échelle européenne. Comparé à Spotify, le leader avec 30 millions d'abonnés, Deezer n'en rassemble que 6 millions – et Apple Music, pourtant très récent, déjà 17 millions.

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Deezer pourrait même bénéficier de prix d'ami de la part de Warner Music, et accéder plus facilement aux catalogues biens fournis de la major, avance de son côté Billboard. Mais, nuance le magazine américain, tout dépend du projet de Access Industries. Et notamment à quel point la firme internationale souhaite investir dans leur nouvelle acquisition made in France. Car un traitement de faveur auprès de Deezer pourrait bien causer des soucis à Warner Music, notamment lors des négociations avec d'autres sites de streaming.

Mais le brave petit franchouillard a sa carte à jouer au niveau international. Rappelons qu'il rassemble déjà le plus large catalogue musical au monde avec plus de 40 millions morceaux et 40 000 podcasts. Alors que son concurrent Apple mise tout sur ses exclusivités, Deezer offre une utilisation plus personnalisée. Comme avec sa fonctionnalité Flow, qui propose de découvrir de nouveaux sons en fonction du profil du client. La main sur le cœur, la baguette sous le bras et le béret vissé sur la tête, on souhaite bon vent à notre ex-compatriote.

Serge Gainbourg -  Aux armes et cætera: