Des festivals chez Trax, on en a essuyé pas mal. Du petit festival techno underground perché sur une falaise à la gigantesque machine EDM façon Tomorrowland, des teknivals sauvages aux conglomérats de cols blancs de la musique électronique. On a goûté à différents types de sons, d'ambiances et rencontré tout un tas de personnes (le puriste, la passionnée, le mec trop chaud, le perdu, Jésus...).

Autant dire que sur le chemin de Budapest, Ville lumière d'Europe de l'Est, on n'imaginait pas que ce gigantesque festival aux allures mainstream aurait pu nous surprendre. Pourtant, à tête reposée, le constat reste le même : le Sziget Festival est un événement immanquable et qui s'adresse à tous les publics – oui, oui. Il a été élu meilleur festival européen de 2015, et avant de crier au loup, laissez-nous vous expliquer pourquoi.

Commençons par sa démesure et son demi-million de festivaliers convoqués autour d'une programmation hétéroclite, car oui, c'est bien dans son line-up que réside toute la force fédératrice du Sziget. En mettant hip-hop, rock, pop, jazz ou musiques électroniques sur un même plan, le festival attire de fait une grande faune humaine. Au lieu de vouloir cloisonner les communautés musicales, le festival hongrois les passe au mixeur, si bien qu'on ne saurait plus les reconnaître – et tant mieux ! Ne vous étonnez donc pas d'apercevoir un métalleux draguer une jeune fille en fleur encore sous le choc d'avoir aperçu , l'interprète de "Lean On".

Tinie Tempah, Sum 41, Rihanna... L'expérience de la fosse du Sziget est riche en émotions : la performance scénique et ses moyens techniques, l'excitation palpable de la foule, sa ferveur, ses cris voire ses évanouissements, comme devant une sortie en public d'un boys-band de l'époque... et beaucoup de téléphone levés. Tel était le menu quotidien de la main stage, l'immense scène en plein air qui hébergeait les performances les plus attendues de la programmation.

Parmi les meilleurs moments passés face au château rouge, les concerts de Manu Chao et Parov Stelar ou le live des Chemical Brothers, qui ouvraient les festivités dans une magnifique explosion de sons et de lumières. Le Sziget, c'est aussi ça : des performances auxquelles on n'assiste peut-être qu'une seule fois dans sa vie.

Cette scène, placée au centre du festival, s'accompagnait d'une quinzaine d'autres – rien que ça – dont la plus impressionnante était l'A38. Un chapiteau gigantesque qui faisait trembler le sol chaque nuit jusqu'au lever du jour. En journée et en début de soirée, elle était le théâtre des dernières expérimentations électro, indie, hip-hop ou rock. On aura découvert avec délectation l'énergie décapante du groupe de rock sauce dancefloor Bloc Party. On les attendait au tournant, et la nouvelle version de Crystal Castles n'a déçu personne. Dans les cris stridents de leur musique saturée, la fosse retrouvait avec plaisir l'atmosphère obscure et transcendante découverte en 2011, durant leur période de gloire.

À moins que vous ne soyez un nazi de la techno industrielle ou un dictateur de la bassline house, la programmation électronique du Sziget a largement de quoi susciter votre intérêt. Si vous ne retrouverez pas la bande des Weather, Dekmantel et compagnie, le Sziget fait la part belle à TOUS les styles de musique électronique, bien qu'il faille admettre que ce ne sont pas toujours ses meilleurs représentants qui sont invités. Chaque nuit, la scène A38 proposait d'explorer une sonorité particulière de la bass music : Travi$ Scott, Boys Noize, Snails, Troyboi et Noisia pour n'en citer que quelques-uns. Autant de sonorités différentes et futuristes qui auront démontré leur puissance fédératrice sur le dancefloor.

À chaque fois, la décoration impressionne par son ingéniosité. Elle n'utilise presque que des matériaux de récupération, joue sur des couleurs vives et n'oublie aucun recoin de l'île. Une mention spéciale pour les guirlandes lumineuses accrochées aux troncs d'arbre, les oeufs-hamacs, les différentes projections et toutes ces autres installations de bois, de tissus et de lumières.

Toujours dans le gigantisme, les light-shows affichaient leurs couleurs les plus vives, s'intégraient parfois à d'immenses installations métalliques et vibraient au rythme du son et de la foule. 

Sur place, on est vite impressionnés par l'immensité de la machine et des moyens mis en place. Les bookings coûteux, les installations, le nombre de scènes... Encore plus au regard du prix, plus qu'abordables, à 250 euros la semaine (camping compris) et 2 euros la pinte de bière. 

Au Sziget, chaque festivalier peut trouver son paradis. Les moins initiés squatteront le main stage avant d'aller se coucher ; les adeptes de sonorités ethniques adoreront le village de la World Music Stage et ses mini-jardins en bois recyclé ; d'autres n'auront d'yeux que pour le temple EDM – dont nous avons oublié le nom – où s'enchaînaient des sets d'Afrojack, Nicky Romero et consorts. 

Quant aux lecteurs de Trax, ils trouveront deux paradis au Sziget : l'un pour la nuit, l'autre pour l'after. Le Colosseum est une scène techno comme on n'en avait encore jamais vue. Composée de plusieurs centaines de palettes de bois empilées, elle imite la forme dy Colisée romain avec ses portes, ses gradins, son dancefloor et un sound-system démentiel.

Le second soir, alors que le festival ouvrait ses portes au grand public, cette combinaison avait eu bien plus que l'effet escompté sur la foule, qui, touchée par la foudre de la techno du duo italien Mind Against, est littéralement sortie des gonds qui l'attachait encore à la loi de la gravité. En quelques minutes, une soixantaine de danseurs avait envahi les hauteurs de la construction, bras levés et sourire alcoolisé aux lèvres, n'ayant que faire des dix Hongrois balèzes qui attendront quelques minutes avant de venir les cueillir à plus de cinq mètres du sol. Ambiance fosse aux lions au Colosseum.

Chaque jour, à midi, la scène prenait vie sous les basses des DJ's hongrois qui squattaient la structure jusqu'à la tombée de la nuit. On se souviendra du set groovy de &ME, mais aussi de ceux de Sam Paganini, Johannes Heil et John Digweed. On en place une pour celui de l'Ukrainienne Nastia, pleine de grâce et de bon goût, et pour celui du Hongrois Gabor Kraft qui fut bien moins clément qu'elle avec la foule. Petit aperçu sur un set techno de Jay Lumen assez sombre et bien ficelé.

Après avoir passé une bonne nuit entre le bar et la ligne de front du Colosseum, vous serez heureux de retrouver le Chill Garden du festival, posé sur une plage de l'île. Des tapis et tables en bois s'étalent de part et d'autre d'une mini-scène des plus sympathique, sous les feuillages d'arbres immenses. Niveau son, les fusions électroniques sont à l'honneur avec des sonorités latino, asiatiques ou orientales. La scène parfaite pour se détendre, faire une pause ou taper un after, posé au bar à chicha du festival. Vous pourrez vous y assoupir, et au réveil découvrir toute une autre vie. Certains jouent aux échecs, aux cartes, d'autres lisent ou écrivent. L'endroit parfait pour se reposer, puis repartir de plus belle.

Mais attention, avoir votre QG dans le festival ne vous interdit pas d'aller à la rencontre des autres scènes qui cachent de belles découvertes, comme un club de strip-tease.

Sur les scènes World Music et Europe, elles aussi dédiées aux découvertes, on aura vu un groupe de Suédois subjugués par une prestation de Rachid Taha, et nous aurons été plus qu'agréablement surpris par le live du duo Rebeka, ou du groupe colombien Systema Solar. Par ailleurs, le melting-pot socioculturel qui envahit le Sziget chaque été vous permettra de faire des rencontres inattendues, de vous lier d'amitié avec des personnes que vous n'auriez jamais rencontrées dans un festival qui vous ressemble peut-être plus. 

Autre point qu'il ne faut pas omettre en parlant du Sziget : le camping. Avis à tous les amateurs de festivals libres, où la frontière entre camping et scènes disparaît : le Sziget vous tend les bras. De l'Europe Stage à la plage : les tentes se montent absolument partout, occupant tout l'espace libre sur l'île. Fini les longues randonnées chiantes à mourir pour retrouver un camp silencieux sans ambiance. Au Sziget, vous ne quittez jamais la fête.

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Sous ses airs de grosse machine, ce festival est une vraie expérience, une rencontre avec la jeunesse du monde entier dans tout ce qu'elle peut avoir d'hétéroclite et d'exigeant. En ces termes, il pourrait même être cité comme le meilleur festival européen car il sait s'adresser à tous types de publics : du festivalier amateur au plus farouche, sans perdre en cohérence, permettant à chacun de découvrir des univers qui lui étaient inconnus. 

Enfin, le Sziget s'engage à de multiples niveaux. D'abord sur la question du handicap avec son Ability Park, une zone destinée à tester votre capacité à supporter un handicap. Mais surtout, cet espace a vocation à faciliter les échanges entre les festivaliers en situation de handicap et les autres. Une initiative aussi intelligente que bienveillante.

Ensuite sur la question des droits LGBT, une scène y étant consacrée, et enfin sur l'environnement avec de nombreuses activités de sensibilisation. On aura d'ailleurs rarement vu un festival aussi propre. Un village associatif prend également place dans la rue qui fait office de marché, sensibilisant les festivaliers à tous types de questions relevant de notre avenir.

Et puis Budapest est une ville magnifique. Ses rues, ses bâtiments aux architectures incroyablement précises, le Danube, les cours intérieures d'immeubles et les bains thermaux... Pour la nuit, on ne vous recommandera que les ruin pubs, les spécialités du coin en termes de teuf, qui sont en fait de larges dédales de salles décorées et sonorisées où la bière ne coûte pas cher et où l'ambiance est plutôt chaude. Le Szimpla Kert ou l'Instant sont de bons points de départ.

Le Sziget fêtera ses 25 ans l'année prochaine, vous pouvez être sûrs qu'ils préparent quelque chose de grand. Vous pourrez trouver vos tickets à cette adresse dès le 25 septembre à prix réduit. Aurez-vous donc le courage d'abandonner purisme et préjugés pour goûter à la fête débridée et cosmopolite en Hongrie ? On vous y invite, la bouteille de Pálinka entre les doigts.