Alors que la planète électronique s'insurge de la décision du council d'Islington, le site d'information The Independent prétend qu'une opération de police et le manque de fonds de l'institution et la police locale seraient réellement à l'origine de la fermeture de Fabric. Le journal se base sur des documents exclusifs, fournis par le FOI (Freedom of Information Act) qui donne accès aux documents relatifs aux autorités publiques locales.

Selon le site, ces documents suggèrent que la fermeture de Fabric est l'aboutissement “d'un plan de longue haleine orchestré par un conseil fauché, avec la police comme pion, utilisant de manière commode la législation sur la drogue." 

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En lisant la déclaration du conseil d'Islington, dans laquelle apparaissent 11 points justifiant la fermeture du club, seuls deux évoquent la mort des deux jeunes adultes le 25 juin et le 6 août dernier. Les huit autres, dont le manque de fouille à l'entrée, seraient le résultat de l'Opération Lenor, l'infiltration d'un policier en civil dans le club lancée courant juillet. 

Celui-ci n'aurait "pas relevé de preuve tangible de prise de drogue à l'intérieur du club" mais se serait plutôt basé sur de "vagues observations". Celles-ci décrivent des clients manifestant des symptômes montrant qu'ils étaient sous l'emprise de drogues, soit "transpirants, aux yeux rouges vitreux et avec le regard dans le vide". L'agent aurait aussi rapporté que des gens cherchaient à "acheter de la drogue et ce à portée de voix des agents de sécurité de la boîte". Il aurait cependant noté que "l'atmosphère générale du club était sympathique et non menaçante" ainsi que le public diversifié, des remarques qui n'apparaissent pas dans le communiqué final du conseil d'Islington.


Pour consulter la décision complète du council (en anglais) c'est par ici.

Pour le site, "les infiltrations policières en club sont courantes" mais cibler la salle au lieu des dealers eux-mêmes, "ça l'est moins". Les journalistes s'interrogent ainsi sur le bien-fondé d'un rapport aussi "superficiel" de la part de la police. 

Aussi, le premier point de la décision du council n'évoque pas les morts récentes aux Fabric mais l'examen de la licence du club, datant de 2014. A cette époque, quatre personnes ayant visité le club sont mortes d'overdose en l'espace de trois ans et demi. Une seule d'entre elles est décédée à cause d'une drogue achetée à l'intérieur de Fabric. Suite à ça, il a été décidé que les chiens renifleurs seraient placés à l'extérieur au moins la moitié de la nuit. 

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Un fait surprenant voire même excessif quand on sait que "même les aéroports et bases militaires" ne disposent pas de tels dispositifs "pour la moitié de chaque jour ouvrable", selon The Independent. De plus, il a été spécifié par le council et la police que les chiens, dont les frais seraient pris en charge par le club, devaient provenir d'une société privée... tout en étant approuvés par la police. Paddy Whur, conseiller juridique de Fabric, avait pourtant spécifié que la plupart des chiens renifleurs des sociétés privées n'était pas aussi entraînés que ceux de la police et qu'il avait été difficile de répondre aux critères imposés.

Finalement, l'idée a été abandonnée car il a été mis en avant que l'usage de chien renifleurs allait certainement apeurer les clubbeurs, qui auraient consommé l'intégralité de ce qu'ils avaient sur eux avant d'entrer dans la salle. Si ce n'était pour fermer le club, "pourquoi donc la police a jugé nécessaire de créer une opération Lenor, alors qu'elle avait récemment appelé la direction d'autres clubs de Londres à imiter les bonnes pratiques de Fabric ?", se demande le journal.


L'examen de la licence du Fabric en décembre 2012 à feuilleter ici.

A en croire le titre de presse, le manque de fonds des institutions publiques seraient un bon mobile. Alors que le budget du council a été réduit de moitié depuis 2010, qu'un plan de restrictions budgétaires est en cours tandis, et que la police du quartier, financée en partie par le council, fait face aux mêmes problèmes de fonds, ce genre d'opérations justifierait ainsi l'existence et le budget de ces dernières.

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The Independent souligne aussi le fait que l'argent généré par le club ne profite pas aux institutions locales. Ces dernières pourraient cependant profiter de davantage d'investissements étrangers dans la zone, comme des bureaux ou des lotissements. Des projets qui, eux, seraient encouragés. Les journalistes concluent ainsi : "Fabric allait fermer dans tous les cas, nonobstant les morts par overdose. Ce n'est pas la police. Ni les lois anti-drogues. C'est plutôt le gouvernement qui continue de faire reculer les services, et les institutions publiques avec des tentatives de plus en plus calculées pour attirer les investisseurs étrangers. Et aucun débat bien intentionné sur la législation de la drogue ne va changer ça."

Après publication de l'article, la police a immédiatement déclaré dans un communiqué "soutenir la décision du council" tandis que celui-ci a affirmé "ne pas être propriétaire de l'immeuble et n'avoir aucun d'intérêt économique dans la zone de Fabric", histoire de couper l'herbe sous le pied aux amateurs de théories du complot

Si rien ne permet d'affirmer que le club va faire appel, Jacob Husley, l'homme à l'origine de la pétition lancée pour le sauvetage de Fabric et qui y a travaillé les huit dernières années, a déclaré au Guardian qu'il espérait "ne pas en avoir fini avec ça maintenant"

Ci-dessous, un documentaire datant de 2007 sur les dessous du club Fabric.