Jusqu’à récemment, le journaliste musical était ce geek, un peu mal à l’aise, collé aux murs des salles des capitales culturelles de notre planète, armé d’un petit calepin. Observateurs discrets et avisés, ils étaient attendus pour leur plume et craints pour leurs prises de position. L’absence de connivence entre eux et leurs sujets (artistes, événements, etc.) était gage d’intégrité journalistique. Et leurs employeurs avaient les moyens de leur indépendance. Cette image d’Épinal s’est érodée avec le temps ; le journalisme est en crise, les groupes de presse ferment ou réduisent la voilure, et cela nous affecte tous. Voici les raisons pour lesquelles nous sommes si heureux de vous voir lire ce texte aujourd’hui !

Merci de nous retrouver à côté de cette pleine page de publicité.

Si vous utilisez Facebook, Google ou Twitter comme principal accès aux actualités, vous suivez certainement des « marques­médias » telles que le Huffington Post, Buzzfeed ou Konbini. Vous avez par conséquent dû remarquer que la plupart de leurs articles sont des reprises d’autres titres plus spécialisés. Sans ses sources, l’approfondissement des sujets frôle la précision factuelle d’un Donald Trump quant au prix de construction d’un bon gros mur. Le reste du contenu est composé de publicités déguisées en articles, que l’on appelle « native advertising », dernier raffinement né des pratiques Internet visant à faire prendre des vessies pour des lanternes. C’est le prix de la gratuité à laquelle nous nous sommes habitués en tant que lecteurs.

Le problème central est que la publicité dans la presse n’est plus aussi attrayante pour les annonceurs, donc les revenus baissent. Et la publicité sur le Web génère, à ce jour, encore moins de revenus. Sans compter que la plupart des lecteurs sont désormais « online », là où l’information est « gratuite », et donc que les titres de presse voient aussi les revenus de la vente au numéro peu à peu disparaître. La conséquence est une baisse drastique des moyens à mettre à disposition des journalistes.

Consommer. Choisir.

Cela pousse certains titres à donner des prérogatives assez limites quand aux contenus des articles à écrire. Les journalistes doivent faire leur reporting habituel, être actif sur les réseaux sociaux, veiller sur ce qui attire les likes... C’est beaucoup demander, d’autant plus que viser un nombre de likes conséquent pousse rarement à fournir des informations de qualité. Ce qui est le plus populaire n’est pas forcément ce qui est le plus important. Ces problématiques concernent l’ensemble de la presse dans le monde.

À une époque où beaucoup se plaignent de l’industrialisation de notre culture électronique, il serait bon que nous prenions nos responsabilités en tant que consommateurs. Ne laissons pas le futur du journalisme entre les pattes de chats joueurs de synthé. Acheter un magazine en 2016, c’est se donner accès à un meilleur niveau d’information. Un jour, il sera peut-être trop tard.

Un robot à la place du cerveau

Une autre illusion médiatique passe par les algorithmes et intelligences artificielles qui nous abreuvent de playlists prémâchées, basées sur nos goûts musicaux. Ils ne nous donnent pas seulement un accès plus efficace aux contenus des plateformes de streaming mais risquent de plonger le commun des mortels dans un vortex de décisions prises à la légère empilées sur un tas de merdes musicales à consommer de préférence avant la fin de la saison. Ces robots peuvent être pratiques pour beaucoup de choses, comme lancer une playlist qui corresponde au rythme et à l’intensité de votre course à pied. Mais soyons clairs : ce n’est pas comme ça que vous affinerez vos connaissances en musique.

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On pourrait se moquer longtemps de ces robots mais une chose est sûre, personne n’a de plan parfait pour garder la presse à flot. La vérité est qu’une partie importante de la responsabilité incombe à nous, lecteurs, et à notre manque de volonté à payer pour ce que les journalistes produisent. Nous avons pris l’habitude d’obtenir nos informations gratuitement. Et plus nous y avons accès gratuitement, moins nous sommes prêts à payer. Payer pour le temps de traitement d’une information, le temps de l’approfondir, de le digérer et de le mettre en lettres pour que nous puissions apprendre. Malgré l’amour infini que nous portons tous aux loleries de ce bas monde, merci de votre fidélité et transmettez votre passion autant que possible.