Avec plus de 20 000 participants, le Melt! est un des plus gros festivals d'Allemagne en extérieur depuis 1997. Avec une programmation dominée par la musique électronique, le week-end du 16 juillet présente aussi de nombreux groupes indie, du grime ou de la pop (Kylie Minogue y avait fait un show en 2015). 

Difficile dans ces conditions de savoir à quoi s'attendre. Si l'affiche, composée de groupes tels que Tame Impala ou Two Door Cinema club, ainsi que de DJ's comme Ben Klock ou The Black Madonna, présente une qualité indéniable, quelques noms peuvent paraître un peu plus commerciaux, et c'est avec un peu d'appréhension que nous avons pris la route vers notre premier Melt! en 2016. 

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Embarqués dans un van à Berlin pour franchir la centaine de kilomètres qui nous séparent de Ferropolis, un changement de pneu en pleine campagne nous retarde, et nous arrivons à bon port au bout de quelques heures. Des milliers de tentes alignées nous accueillent, alors que se dessinent à l'horizon les gigantesques excavateurs symboliques du Melt!.  Nous passons devant des wagons transformés en hôtels de fortune ou en bars. Les nombreux festivaliers colorés se baladent en tongs et participent aux diverses activités proposées par de nombreux stands, ou vaquent à leur toilette du réveil. 

L'ambiance très bon enfant frappe tout de suite : on braille, on se tire dessus avec des pistolets à eau, et malgré le côté un peu hippie de ce joyeux bordel, tout semble extrêmement bien organisé et parfaitement encadré. Il est même possible de recharger son portable pour 10 euros (offre spéciale). De l'emplacement dédié au camping, de nombreuses navettes partent jusqu'à l'entrée du festival, mais nous décidons de faire le chemin à pied.

C'est ainsi que nous entamons une agréable balade sur une petite route au bord de l'eau. Le site, majestueux, se dévoile progressivement alors que nous longeons la bande de terre qui permet de rejoindre la presqu'île où se déroule le gros des hostilités. Sur les rives, quelques petites plages ont été prises d'assaut par de nombreuses personnes qui pataugent dans les eaux claires du lac ou bronzent sur leur serviette. La musique du Sleepless Floor sert de lointaine bande-son alors que nous contemplons l'entrée et les restes démesurés de la cité de fer, véritable musée à ciel ouvert qui expose les vestiges de l'exploitation du charbon dans cette région de l'Allemagne. 

Le festival n'est toutefois pas encore lancé, et nous nous dirigeons vers le célèbre Sleepless Floor non loin. Accessible sans avoir besoin de pass, cette scène ensablée bat son plein toute la durée du Melt! sans interruption, constituant ainsi le haut lieu d'after (ou before) de l'événement. D'excellents DJ's, souvent de Berlin, y défilent. Cette année ne déroge pas à la règle avec, entre autres, Kobosil, Boris et Ed Davenport.

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Assis au soleil, alors que nous sirotons des bières, nous observons les looks et déguisements variés des festivaliers. Une jeune fille à l'apparence de licorne discute avec un Hunter S. Thompson tout droit sorti de Las Vegas Parano, alors qu'un couple se prélasse dans le sable. Quelques bénévoles habillés d'un t-shirt “EAT WORK RAVE REPEAT” s'affairent à nettoyer. On danse un peu devant un excellent Joey Anderson, les heures passent, mais quand un jeune homme dégoupille un fumigène orange, nous réalisons qu'il est tard et que nous ne sommes toujours pas entrés dans le « vrai festival ». 

Il est temps de se diriger dans la grande enceinte au milieu des pelleteuses antiques hautes de plusieurs dizaines de mètres. Les main floors en contrebas sont gigantesques. Nous nous en apercevons encore mieux lorsque, après une signature sur un papier qui indique que nous ne sommes pas sous influence, nous nous engageons sur une tyrolienne entre deux énormes structures en métal auxquelles sont suspendues de grosses boules à facettes. 

Virginia chante à ce moment-là avec son groupe formé d'une bassiste ainsi que de Dexter et Steffi aux machines et synthétiseurs. Son récent Fierce for the Night est un effort pop, et il est assez logique de la voir ici sur une grande scène donner de la voix. Le rendu, plutôt pas mal, nous occupe quelque temps avant que nous partions explorer le reste du site.

 

Ferropolis est un dédale où l'on se perd souvent, avant de découvrir une nouvelle scène jusqu'alors complètement inconnue. Nos pérégrinations nous amènent d'une tente minuscule, où dansent une vingtaine de personnes sur du disco, à une grande plage devant un décor sublime. On y apprécie, les pieds dans l'eau, la capacité de Solomun à transporter dans une transe les nombreux festivaliers présents. 

Devant l'ampleur du line-up, un programme avait été vaguement esquissé avant notre arrivée… Rien n'a été respecté. Nous nous sommes physiquement et mentalement fondus dans la musique et la bonne humeur générale. Peut-être est-ce là toute l'essence du Melt! ? 

Après la découverte d'un concert hip-hop des Schwarz Dont Crack dans un hangar, on grimpe avec de nouveaux amis sur les cordages d'une aire de jeu pour contempler le ciel. On sautille ensuite devant un show de Mind Against avant d'aller applaudir les performances des drags de la scène Yo!Sissy, pour enfin retrouver tous ses potes par hasard lors du magnifique live de Floating Points. 

Passer en revue tous les artistes du Melt! est tâche impossible, mais les performances de Jamie XX (dont les morceaux comme "I'll Take Care Of You" semblent calibrés pour ce genre de contexte) ou The Black Madonna sont difficiles à évoquer sans un grand sourire. Le tout avec une sécurité jamais oppressante, une organisation quasi sans faille (des toilettes toujours propres !), et un public bienveillant.

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Si nous sommes arrivés avec quelques préjugés sur les gros festivals d'orientation un peu plus généraliste, le caractère et la qualité du Melt! ont réussi à nous réconcilier avec ce genre d'événements de la plus belle des manières. La plupart de nos rencontres du week-end ont déclaré venir religieusement chaque année, et dans l'euphorie ambiante de la fin du festival, nous leur avons crié : à l'année prochaine !