Si Berlin a connu de nombreuses institutions lorsqu'il s'agit de musique électronique, difficile de ne pas considérer le Tresor comme la plus importante pour la techno. Nombreuses sont les histoires glorieuses de ses débuts, quand, situé dans la chambre forte d'un grand magasin abandonné de la Postdamer Platz, le Tresor a accueilli les pionniers de la techno de Detroit. C'est à cette époque qu'il acquiert la réputation de ne jamais dormir, et qu'il façonne la culture club des années 90 à Berlin.

Cela dit, depuis son ouverture en mars 1991 quelque temps après la chute du Mur, le Tresor, à l'image de sa ville, a connu de multiples métamorphoses. La plus évidente étant celle de son déménagement en 2005. Après de nombreuses années de lutte, le club subit une fermeture suite à la décision de la municipalité de vendre l'emplacement à des investisseurs.

Il rouvre en 2007 dans ses locaux actuels de la Köpenicker Strasse, et tente de recréer l'expérience originelle dont on peut observer quelques clichés dans les couloirs qui mènent à son vestiaire. L'histoire semble d'ailleurs un souci permanent dans ce lieu qui devrait héberger un musée de la techno dans les années à venir.

   A lire également 
Le mythique club berlinois Tresor part en tour du monde pour ses 25 ans

C'est avec de nombreux événements qu'il a été décidé de fêter ce quart de siècle. Le plus important d'entre eux étant le nouveau Tresor Festival, étalé sur quatre jours du mois de juillet, même si un jubilé du label et une tournée sont aussi à venir. Pour l'occasion, la grosse artillerie a été dégainée avec un line-up violent empilant les légendes, et bien décrit par l'annonce sur la brochure comme le « who's who de la musique électronique ».

On ne pouvait toutefois pas s'empêcher de noter un grand absent au milieu des Surgeon, Daniel Bell, Juan Atkins, ou Regis : Jeff Mills. L'autre changement par rapport aux soirées habituelles du club était à chercher du côté de la salle Kraftwerk et du Ohm reliés aux salles du Tresor.

Cette configuration familière aux participants d'Atonal donne ainsi accès au rez-de-chaussée du Kraftwerk et sa grande scène. Étrangement, si cette disposition marche plutôt bien pour la musique expérimentale inhérente à Atonal, la cathédrale de béton a semblé cette fois un peu froide. La cause peut-être à un public pas assez nombreux pour autant d'espace.

Malgré d'excellentes performances comme celles d'O/V/R ou Vainqueur live, la flamme était difficile à aviver dans la grande caverne industrielle, et plutôt à chercher du côté du Ohm ou du Tresor de taille plus humaine. Le premier soir, la performance la plus marquante fut celle de DJ Stingray, qui a développé un magnifique set estampillé Detroit dans le mini-espace du Ohm. Intimiste, ce club relativement nouveau est d'ailleurs en passe de devenir un des favoris de nombreux Berlinois.

    A lire également
Le fondateur du Tresor aurait trouvé un nouveau lieu pour son club techno à Detroit

Le lendemain, c'est pour les performances de Dasha Rush et Donato Dozzy que nous arrivons. Il est intéressant de voir que la réputation du club encourage de nombreux artistes à venir avec les disques les plus durs de leur collection. C'est ainsi que revient à notre esprit une phrase de Function à la fin d'un de ses sets ici : « C'était cool, j'ai joué des morceaux que je ne joue jamais. »

Le festival ne déroge pas à cette sorte de règle implicite, et nous observons Dozzy jouer un set plutôt brutal et assez éloigné de sa deep techno habituelle. La qualité est cependant au rendez-vous, mais il est temps d'aller jeter un coup d'œil aux hostilités dans la cave qui abrite le Tresor.

On emprunte alors un escalier qui mène à l'entrée du « tunnel des enfers », long d'une cinquantaine de mètres et éclairé par des strobs qui le balayent dans sa longueur. Au bout du tunnel, la techno industrielle et puissante de Regis est en train de tabasser les gens qui se trouvent dans la grotte déconseillée aux claustrophobes. Derrière des barreaux, on distingue le Britannique qui semble s'éclater devant un public qui danse avec énergie.

Car si le Tresor n'est définitivement plus un haut lieu hype de la vie berlinoise, il n'en demeure pas moins un endroit très particulier. Son architecture alliée à la puissance des stroboscopes et du son découragent les potentiels bavards de la piste de danse. Ici, la rave, c'est du sérieux, et vraiment costaud.

Le samedi était proposé un bouquet final imposant, avec au programme notamment Robert Hood et Daniel Bell en live, accompagné du producteur de Los Angeles John Tejada aux percussions. Les deux légendes n'ont pas déçu, et sous les yeux d'une adolescente que nous identifions comme sa fille, Robert Hood a livré un set bestial avec nombre de ses propres morceaux pour le plus grand plaisir des participants.

D'habitude plus disposé à s'arrêter à des horaires relativement normaux, le Tresor est resté ouvert toute la journée du dimanche avec un final signé par le charismatique Oscar Mulero, qui a débuté aux alentours de 18h.

S'il ne subsiste aucun doute sur son influence, le Tresor a gagné au cours des années la réputation d'accueillir un public communément surnommé « Brandenburger » (du nom de la région qui entoure Berlin). Le sobriquet désigne une population éloignée des standards d'autres lieux de Berlin (comprendre moins cool pour certains), et on doit ainsi faire face à quelque chose qui s'approcherait du public de la Fabric à Londres. Mais la direction artistique était impeccable et l'événement a ainsi permis d'attirer un public large plutôt rafraîchissant.

Pour finir, force est de constater qu'écouter un "Sonic Destroyer" d'X-101 ou du Surgeon avec les murs qui tremblent revêt toujours une saveur particulière. Merci monsieur Dimitri Hegemann, 25 ans déjà, mais on se sent toujours jeunes. 

X 101 - Sonic Destroyer