Photo en Une : Desiré van den Berg

1/ Le festival est fait par des amoureux de musique pour des amoureux de musique.

Chaque jour, sur la scène principale du site d'Amsterdamse Bos, le Dekmantel Soundsystem ouvre les réjouissances. Ces débuts d'après-midi font partie des meilleurs moments de musique que j'aie vécus cette semaine. Quand vous entendez un set de trois heures du Dekmantel Soundsystem, vous comprenez l'une des principales raisons du succès du festival : les personnes en charge de la direction artistique et line-ups sont d'incroyables DJ's et collectionneurs de disques.

LA PREUVE : les Dekmantel DJ's qui remplissent tranquillement la Main stage.

2/ Dekmantel se vit de jour.

Le festival propose un programme de nuit, mais ce sera l'une des rares choses qui m'auront déçu. La Melkweg semblait bien trop froide, et la différence des publics entre ces deux moments m'a paru tout à fait horrible à vivre. J'ai essayé de me lancer dans le programme nocturne, mais les journées ont eu raison de mon énergie. Au final, ce pourrait être un point positif, car après avoir dansé de midi à 23h, vous aurez certainement envie d'autre chose que de vous tasser dans un club en centre-ville, et vous serez prêt pour le lendemain !

LA PREUVE : une jolie vue de la scène Greenhouse.

3/ Amsterdam est une ville incroyable.

Alors que beaucoup la visite pour l'ambiance érotisée et un peu cheap du Redlight district, ou se coller un joint de l'herbe la plus forte sur Terre dans l'un des nombreux coffee shops de la ville, Amsterdam se révèle être pleine de calme et de choses à faire, manger, regarder ou écouter. Une promenade en vélo sur le canal Ring, une visite au Rijksmuseum, au Stedelijk Museum ou aux jardins botaniques, voire un concert au Muziekgebouw aan 't IJ. Ce genre d'activité vous laisseront de meilleurs souvenirs de votre séjour à Amsterdam qu'une cuite au joint et une passe de quinze minutes.

LA PREUVE : cette photo.

4/ Les artistes, autant que les professionnels de la musique, s'y sentent vraiment bien.

J'ai rencontré beaucoup de gens ce week-end là, et ce fut aussi une superbe occasion de revoir de vieux amis. Des DJ's, des journalistes, des agents, des label managers... Tout le monde se retrouve connecté grâce à la musique. La meilleure façon de faire des rencontres reste encore de se poster en face des stacks de Funktion One ou à proximité des entrées de scène. À Dekmantel, pas d'événements corporate ou de stands de marques de téléphone, pas de bars VIP insupportables, pas de grands sponsors hyper visibles. Tout le monde se sent comme à la maison.

LA PREUVE : Moodymann en train de partager sa bouteille avec le public.



5/ Les line-up sont vraiment - VRAIMENT - imparables.

Amsterdam est mondialement reconnue pour son architecture. Ces derniers temps, la ville a été confrontée à un vaste dilemme : comment faire face à l'expansion ? En ne tendant pas vers l'expansion ! La métropole a décidé de réaménager ses espaces par l'architecture, en affinant de plus en plus son rapport à l'urbanisme.

Dans ce sens, Dekmantel s'est développé comme sa ville natale, de façon méticuleuse. La liste d'artistes présents au festival a pu sembler très dense lorsque la communication a démarré, mais quand on pense à l'étalement sur quatre jours et quatre nuits, on relativise un peu. Au final, on a senti que le festival avait réussi à valoriser le travail de chaque artiste, en lui donnant le meilleur créneau en face du meilleur public possible, selon sa musique de prédilection.

LA PREUVE : l'incroyable Main stage pendant le set de clotûre de Jeff Mills.



6/ Les bois d'Amsterdam devraient être l'un des noms les plus visibles sur le line-up.

Quel cadre splendide pour un festival... L'Amsterdamse Bos est paisible, couvert d'herbe et rempli d'arbres. Un environnement idéal pour profiter de la musique. La Selectors Stage et la scène Boiler Room sont littéralement construites dans les bois. La Green House stage, quant à elle, porte bien son nom : une serre en verre équipée d'un système Funktion-One réglé à la perfection.
Alors que la nuit tombe, la lumière commence à monter à travers les arbres, et après quelques bières ou autres, errer d'une scène à l'autre du festival commence à devenir une expérience visuelle en elle-même.
Et si vous n'êtes pas ce genre de personne bucolique, la scène UFO est club complètement dans le noir installé dans la prairie centrale. En termes artistiques, cette scène aura été mon étape préférée sur la plupart des journées, du moins jusqu'à ce que le soleil descende...

LA PREUVE : Regardez cette photo. Voilà.



7/ Le festival vous traite bien, mais ça se paie.

Le festival fait de son mieux pour vous faire sentir frais. Vous avez accès à de la nourriture organique, du café frais, des jus de pastèque, des burgers de bœuf angus, mais aussi à plusieurs bars dotés d'une bonne carte (petite préférence pour le Jack Daniel's / Ginger Ale). Il y a même un bureau de tabac, qui vend des paquets de cigarettes faits d'un matériau biodégradable, et qui ne sont pas plus chers que partout ailleurs en ville.

Mais tout ce confort a un prix, et les automates à CB délivrant des jetons seront probablement votre pire cauchemar quand vous serez de retour chez vous et que vous aurez retrouvé la force de vérifier la santé de votre compte en banque. Petite mention pour les taxis néerlandais qui sauront vous faire relativiser les tarifs parisiens...

LA PREUVE : le reçu Uber le plus exorbitant qu'il m'ait été donné de payer (le chauffeur s'est trompé de sortie d'autoroute, j'ai été remboursé de la différence entre-temps).



8/ Dekmantel a une audience bien particulière. Mais elle pourrait changer à mesure que sa notoriété augmente.

Le festival semblait tout à fait étranger à la plupart des habitants d'Amsterdam à qui j'ai parlé, mais les lieux étaient toujours bondés. Contrairement à Nuits Sonores à Lyon, qui prenait le contrôle de toute la ville avant que le festival ne soit contraint de se déplacer dans le quartier de Confluence – sans doute afin de le rendre un peu plus attrayant –, Dekmantel n'a vraiment pas lieu en ville. Et il n'y a pas de promotion pour le festival dans le centre d'Amsterdam. Il faut aussi compter de bonnes grosses dizaines de minutes depuis le centre pour trouver le site principal, et ne comptez pas sur la signalétique.

Par contre, le public by day était vraiment incroyable. Des visages amicaux partout, des blondes somptueuses qui lâchent de grands sourires et des high five au hasard : bref, on se marre et on profite bien tous ensemble.Mais j'ai aussi vu bien plus de bros anglais torse nu que ce à quoi je m'attendais. Et ça, c'est généralement pas une bonne nouvelle pour l'année suivante... Ceci dit, et c'est assez rare pour être signalé : je n'ai pas vu une seule baston ou altercation sur tout le week-end.

LA PREUVE : encore une photo !



9/ Zéro tolérance sur la drogue !

Soyez malins ! Beaucoup de gens penseraient que c'est OK de venir avec ses munitions à Dekmantel, mais ce n'est pas le cas. Si la sécurité vous choppe, elle confisquera vos réserves, et bonne chance pour trouver des trucs sur place !

À vrai dire, j'ai été assez surpris du peu de gens défoncés sur le site. Probable qu'ils n'aient pas envie de ressembler à de vieux toxs du port, desséchés par le soleil en plein après-midi...

LA PREUVE : une bonne photo par @tmighty sur Instagram !

10/ J'ai vu à Dekmantel certains des sets de musique électronique les plus fous de toute ma vie.

OK, j'ai pris un peu de temps avant d'en arriver là, mais remettons les choses au clair : je me suis pris une méchante claque sonore à Dekmantel. J'ai dansé sur un set monstrueux de DMZ comme je le faisais il y a huit ans, au point que c'en était presque émotionnel. J'ai vu Objekt redéfinir le mot techno. J'ai vu Call Super gagner le cœur du public et vider les autres scènes depuis sa Selector stage, et Voiski (dernière signature en date du label) livrer en live une grosse dose de MDMA sonore, sur une scène UFO qui était presque trop petite pour contenir tout le monde qui venait le voir.

J'ai frissonné pendant le live de Holly Herndon. J'ai vu The Black Madonna faire sauter tout le public de la Green House sur un vocal edit du "Dope" de Butch.

Je me suis posé trente minutes avec une de mes idoles, Adrian Sherwood, juste avant qu'il monte sur scène avec Lee Scratch Perry. On a parlé de ses enfants et de l'état de l'Union européenne, et aussi de la façon dont il utilise les échos à bande. J'ai fumé une clope en discutant avec une Helena Hauff nerveuse et belle à tomber – pendant que Ben Frost mettait un point final à un live impressionnant de violence – juste avant qu'elle s'apprête à monter sur scène pour un B2B inoubliable avec DJ Stingray...

J'ai ri avec Randomer et Clouds, dansé avec Isa de Syracuse devant la scène RedLight Radio, alors que le festival fermait ses portes. J'ai aussi enfin pu mettre un visage sur l'alias du Français Kangding Ray et j'ai pu parler avec le légendaire Traxx de la façon dont la destruction d'une culture amène à la naissance d'une autre.

J'ai dansé sur Ricardo Villalobos et Jeff Mills, et sur bien d'autres sets… J'avais mes amis avec moi, même si j'étais parti là-bas seul, et je me suis senti en permanence connecté au moment présent. Je pense que j'ai vécu la meilleure expérience de festival de toute ma vie.

LA PREUVE : toutes les photos ci-dessus.

11/ Dekmantel est sans doute l'une des expériences de musique électronique les plus complètes du moment.

Il n'y a pas grand chose à ajouter : peu de festivals en Europe (dont Nuits Sonores, Sonar, et quelques autres bien plus anciens) ont su donner naissance à un événement aussi intéressant. Le crew Dekmantel l'avait annoncé dans sa communication : "We’re upping the mixture, but keeping the quality." Et ils l'ont fait. Vraiment.

Les sound-systems sont parfaits, les artistes sont au top de leur forme et impliqués dans le succès du festival. Chaque détail est pris en compte pour que vous passiez le meilleur moment qui soit, avec la musique comme avec les autres festivaliers. Et c'est sans doute la meilleure raison pour laquelle vous devriez venir danser avec moi pour l'édition 2017 de Dekmantel.

LA PREUVE : voir les 10 précédentes.

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