Avant de se transformer en symbole hédoniste d'une jeunesse en rébellion, le smiley apparaît dans sa forme actuelle au début des années 60, dans des pubs ou des programmes TV pour la jeunesse. A l'origine, le graphiste américain Harvey Ball l'avait dessiné pour une compagnie d'assurances mais n'avait pas déposé de copyright. Le smiley a donc pu circuler librement aux USA, pour d'abord devenir l'émanation mainstream d'une naïve quête de rédemption après la guerre du Viêt Nam et le Watergate.

Le smiley, symbole de la culture rave

Au début des années 70, une vague de produits dérivés arborant le smiley déboule en Amérique : mug, t-shirt, stickers, bijoux…Le petit bonhomme jaune s'écoule par dizaine de millions, au point d'être rejeté par la contre-culture hippie à qui il semblait à l'origine destiné.

 

Au même moment, en France, Franklin Loufrani dépose le smiley à l'INPI (Institut national de la propriété industrielle) et profite encore aujourd'hui des royalties via sa société Smiley World Ltd. Outre-Atlantique, quelques incarnations négatives commencent à surgir.

Le smiley, symbole politique

Le dessin devient le symbole d'une Amérique qui ferme les yeux face à l'horreur de la guerre tout en engageant la société dans la voie d'un individualisme forcené. Les Talking Heads et les Dead Kennedys ornent les pochettes de leurs tubes “Psycho Killer” (1977) et “California Über Alles” (1980) d'un smiley retors. En 1973, DC Comics (éditeur de Batman, entre autres) avait lancé Prez, une série sur un ado hippie devenu président des USA qui doit affronter le leader d'une milice fasciste, un personnage doté d'un smiley en guise de tête ! Mais peu à peu, ce symbole trouble et suranné finit par tomber en désuétude.

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Ressuscité par l'acid house

Sans crier gare, il renaît en 1986 sous la plume de l'Anglais Alan Moore (et Dave Gibbons) au sein de la BD Watchmen : héros d'un univers parallèle aux 70's américaines, les Watchmen n'ont trouvé le salut que dans la retraite, le capitalisme et le giron de la CIA. Dans un ultime sursaut de conscience, face à l'imminente et funeste issue de la Guerre froide, les lignes bougent. Société paranoïaque et dépressive, l'Amérique trouve réconfort dans le symbole d'un smiley porté en badge par le Comédien, ancien héros reconverti en tueur à gage aussi cynique qu'encombrant. Grand succès critique et commercial des quarante dernières années, la série entraîne une révolution dans le monde de l'édition et constitue les prémices d'une nouvelle contre-culture populaire complétée par le Batman fascisant de Frank Miller dans The Dark Knight Returns et V pour Vendetta du même Alan Moore.

 

Watchmen

En Angleterre, tout le monde veut s'associer à Watchmen et c'est Bomb The Bass qui rend la chose officielle en plaçant un smiley ensanglanté au centre de la pochette du tube “Beat Dis” en 1988 ainsi que dans leurs clips de l'époque.

Le DJ Danny Rampling l'utilise ensuite pour des flyers du mythique club Shoom, et quelques semaines plus tard, l'acid house devient une nation dont l'étendard sera un cacheton d'ecstasy jaune et souriant, bien plus politisé qu'il n'y paraît.