La Suède, si proche et encore si vague pour nous autres Frenchies... Pourtant, les connexions entre nos deux nations sont anciennes et profondes. Car sans parler de l'app Tinder “viking”, très populaire dans la Normandie du IXe siècle après J.-C., les Suédois vivent encore sous un roi descendant de la révolution française, le général Bernadotte. Mais avouons-le, Suède rime aujourd'hui trop souvent avec IKEA, grandes blondes et Krisprolls dans nos frileux esprits méditerranéens... C'est dommage, car en matière de musique électronique contemporaine, la Suède n'a rien à nous envier, et ce de l'échelle la plus commerciale à la plus underground.

Pour mieux appréhender ce nébuleux voisin, un nouveau rendez-vous va peut être changer les choses : avec le Into The Valley (photo en Une) dont la seconde édition à débuté hier, la Suède s'offre, dans un lieu de rêve, son premier grand festival électro populaire. Un projet à la direction artistique dans les canons berlinois, somme toute, mais encourageant pour l'avenir. Alors oui, on retrouve sans surprise Nina Kraviz, Levon Vincent, Villalobos et la plupart des habitués à l'affiche, le tout conséquemment agrémenté d'une ribambelle de DJ pour la plupart encore inconnus hors de leurs frontières.

C'est la partie copinage du projet, la plupart de ces derniers étant en fait des organisateurs de soirées, des bookers, DJ's locaux, ou barmans. Au final, ITV, c'est un peu aux gens de Stockholm ce qu'est Calvi On The Rocks pour les Parisiens. Mais après tout pourquoi pas, la Suède regorge de personnalités musicales fortes, et à terme ce festival pourrait bien devenir la meilleure plateforme pour les présenter. Coup de projecteur sur cinq héros locaux (et vagues cousins !) qu'on souhaite un jour y découvrir.

Mr. Tophat & Art Alfie

Top Suède Artiste

Stockholm est historiquement une terre de disco, et ce pour bien d'autres raisons qu'ABBA. Mais alors que la techno a pris le pouvoir dans la capitale suédoise, l’hétéroclite duo Mr. Tophat & Art Alfie creuse un sillon deep house dont la simplicité et la personnalité n'a eu de cesse de s'amplifier ces cinq dernières années.

À la tête des labels Karlovac et Junk Yard Connections, Rudolf et Oscar bossent un son qu'on pourrait rapprocher de la démarche de notre S3A national. Mais s'il puise également dans la disco, le duo se fait ici plus minimaliste et peut être encore plus direct : de cultures et générations distinctes (dix ans les séparent!), Mr. Tophat & Art Alfie font cohabiter une démarche véritablement expérimentale à un imparable sens du dancefloor que Djul'z n'a pas manqué de célébrer au détour de leurs deux maxis pour Bass Culture.

Albion Venables

Top Suède Artiste

Si la disco est à l'origine de bien des vocations à Stockholm, elle y est encore bien présente et constamment réinventée, notamment par Svenska Disco Kyrkan ou les Rollerboys (présents cette année à ITV), mais son plus fidèle ambassadeur demeure Albion. Esthète digger depuis toujours, organisateur du festival disco-hippie-barré Camp Cosmic, Albion est surtout auteur d'une myriade d'edits puisant dans les directions les plus bizarres, au service d'un dancefloor psyché.

Cette année le Camp Cosmic se délocalise en Allemagne après quatre éditions dans la nature suédoise, mais Albion est devenu une sorte de parrain pour nos Macadam Mambo nationaux qui publient désormais nombre de ses sorties. Son nom devrait bientôt se faire plus présent sur les affiches de l'Hexagone.

Daniel Araya

Top Suède Artiste

Tout aussi périphérique mais en passe de s'installer au cœur de la scène, Daniel Araya est une figure éternelle de la scène de Stockholm. Responsable du système Buchla et de l'entretien des machine de l'Ircam local (EMS), on croise Daniel aussi bien dans les squats de concerts noise que dans les raves forestières les plus festives de la capitale, toujours souriant et placide. Le bonhomme est un pur passionné de musique et de machines, avant même de s'intéresser à la techno.

C'est pourtant bien la techno qui risque, enfin, de lui faire dépasser les frontières : ayant accès à un arsenal de machines inimaginable, il prolonge les aventures acides de TM404 dans des contrées aussi sombres que sexy, et les sorties se multiplient depuis 2015 sur des petits labels locaux (et maintenant aussi sur Kontra Musik !). Véritable génie des machines (Jonathan Fitoussi & Clemens Hourrière ont enregistré leur magnifique album pour Versatile sous sa discrète houlette !), Daniel Araya est une sorte de geek ultime mais cool, un talent brut qui s'ignore mais se révèle enfin, presque malgré lui.

Joachim Nordwall

Top Suède Artiste

Plus ancré dans l'expérimental, Joachim Nordwall n'en demeure pas moins l'un des musiciens les plus versatiles et candides de notre temps, et a déjà rencontré un large succès avec son projet Skull Defekts auprès de la scène indé/avant-garde/noise. Depuis 20 ans, son label iDEAL basé à Göteborg balise toutes les incarnations de la musique électronique, et notamment la techno abstraite de Ü ou RM, sans compter qu'il fut également à l'origine du label anarcho-techno Börft.

Mais depuis trois ans, avec ses projets solo pour Hospital et surtout ses sublimes Soul Music pour Entr'acte, on constate que le dancefloor se rapproche de ses préoccupations. Alors certes on n'est pas encore à Concrete (on le croise pour l'instant plus aux Instants Chavirés à Paris...), mais tout ça commence tellement à se ressembler (Low Jack?) que Nordwall pourrait bien finir par se retrouver invité à Ibiza par Richie Hawtin un de ces quatre.

Jean-Louis Huhta

Top Suède Artiste

On conclut avec le plus ancien, papa Jean-Louis Huhta, véritable pionnier de la techno suédoise (Lucky People Center), collaborateur régulier de Joachim Nordwall, squatteur professionnel, et plus récemment de retour sur le dancefloor avec son nouveau projet, le bien nommé Dungeon Acid. Expérimentateur forcené, ingénieur punk, dealer de bassline le plus cool de la terre, Jean-Louis est une sorte de réincarnation d'Armando, gardien de l'esprit intemporel de Chicago, constamment entre recherche et provocation.

Avec ses maxis pour Fit, Börft ou son propre label, il se révèle enfin au monde comme un égal de James T Coton et sa clique, aussi à l'aise dans le mix que dans le live, humble, passionné et passionnant, tellement en avance que la transmission est chez lui une seconde nature.