Photo en Une : © Valentin Chalandon

Comment expliquer l’incroyable essor du Cabaret Aléatoire sur la saison 2015-2016 ? Les statistiques ne mentent pas. En 2015, le club recevait 33 000 payants pour 65 000 spectateurs au total – quelques évènements comme les soirées du toit terrasse étant proposés gratuitement. En 2016, sur les bases d'une projection réaliste, ce sont plus de 40 000 payants et 70 000 spectateurs qui devraient fouler le sol de l’ancienne friche industrielle. L’engouement est si marqué que certaines soirées ont du se dérouler à guichet fermé, étant sold out jusqu’à plusieurs mois avant le jour J.

Cabaret Aleatoire
© Florian Gallène

Une première raison de ce succès est la clarification de la programmation de la salle. En effet, avant 2014, l’équipe du Cabaret Aléatoire travaillait surtout sur des évènements pointus mais ponctuels. Un véritable générateur de souvenirs grandioses pour beaucoup de Marseillais, qui y ont vu en avant-première des artistes dont la côte de popularité a par la suite explosé. Difficile cependant de s’y retrouver dans cet agenda un peu brouillon, sans vraie régularité.

Cabaret Aleatoire
© Florian Gallène

En 2014, l’équipe du Cabaret lance le Cabaret Aléatoire V.2. L’idée ? Articuler la programmation autour de trois axes principaux : les exclusivités, les temps forts – soit le fait d’inviter de grands noms de la scène internationale, souvent très attendus – et la régularité. Depuis deux ans, le Cabaret Aléatoire revêt chaque vendredi sa plus belle tenue de Club. Un format qui permet à la direction artistique de promouvoir la jeune scène régionale, en lui proposant des dates aux côtés d’artistes plus importants. Le tout pour un prix super accessible de 5€ en prévente. 

Cabaret Aleatoire
© Marc Termine

Autre explication probable, l’amélioration des conditions d’accueil du public et des artistes. Fini le temps où nuit au Cabaret rimait avec acouphènes ! Trouver le bon système son a été un travail de longue haleine, comme nous l’explique Aurélien : ”On était très limité techniquement du fait de la configuration de la salle. Au début, les acousticiens nous conseillaient d’enlever les poteaux dans la salle, les alcôves, afin de recréer une salle rectangulaire. Mais on n’était pas du tout partant pour ce genre de travaux, qui ôtaient à la salle toute son esthétique. Autant changer de lieu ! Mais on n’en avait aucune envie. ”

"Ce n'est pas parce qu'une salle est équipée en Funktion One que c'est le système son qui convient à sa configuration."

À l’issu d’un appel à projet et de nombreux tests, le cœur du Cabaret Aléatoire balance finalement pour la marque Coda Audio. ”À l’époque c’était très peu connu, malgré des performances techniques vraiment dingue. C’était un peu un pari de notre part, il a fallu convaincre les artistes de nous faire confiance bien qu’ils exigeassent de jouer sur un autre système son dans leur fiche technique. Mais ce n’est pas parce qu’une salle est équipée en Funktion One ou L Acoustics que c’est le système son qui convient le mieux à sa configuration.

Cabaret Aleatoire
© Damien Chamcirkan

L’essor de l'unique scène des musiques actuelles de Marseille coïncide avec le réveil assez inattendu de la scène électronique de la Cité Phocéenne. D’après Aurélien, ce dynamisme nouveau a beaucoup à voir avec la nomination de la ville comme Capitale Européenne. ”Il y a eu beaucoup de critiques, mais parmi les effets positifs de cette nomination se trouve la redynamisation de la scène électronique marseillaise. Depuis 2013, on assiste à une multiplication d’événements réussis. Cette nomination a participé à l’amélioration de l’image de la ville et a redonné confiance aux acteurs.” 

Cabaret Aleatoire
© Valentin Chalandon

Ces acteurs représentent d’ailleurs le gros de l’effort de redynamisation des nuits marseillaises. Bien que la ville de Marseille soutienne de plus en plus de projets, les initiatives restent plus souvent privées. ”Marseille a ce côté un peu système D, explique Aurélien, les acteurs ont l’habitude de devoir s’associer entre eux dans les situations difficiles. Mais il y a une évolution positive. À la Friche par exemple, nous avons co produits l’événement This (is) not Music de 2013 avec des partenaires publics. Le fait d’avoir un centre d’expo a permis d’investir dans le lieu et de lui donner une plus grande visibilité. Tout un public a découvert le Cabaret parce que les politiques s’en sont emparés. Mais le gros de l’énergie vient des petits collectifs qui font de l’évènementiel comme du développement d’artistes, qui créent des concepts de soirée innovants. La région est une pépinière de ce genre d’acteurs dynamiques.” 

Cabaret Aleatoire
© H:R:T

 Entre Distropunx, le label Metaphore, Paradox, Caisson Gauche Records et le collectif Laboratoire des Possibles, c’est d’autant de partenaires de la SMAC qui se professionnalisent et prennent en légitimité. Pour Aurélien, ”avant ça vivotait, il y avait un ou deux collectifs qui sortaient du lot. Aujourd’hui, beaucoup vont au-delà de l’expérience évènementielle classique. Ce ne sont plus des amateurs. On peut aussi penser à nos amis de WeArt, qui se sont associés à DanceCode pour sortir de la simple organisation d’évènements et se porter sur le développement d’artistes.

"Marseille a ce côté un peu système D, les acteurs ont l’habitude de devoir s’associer entre eux dans les situations difficiles."

Mais cette effervescence créative est-elle bien durable ? L’équipe du Cabaret Aléatoire est confiante : ”On est passé par des périodes peu rassurantes, nous raconte Aurélien, et d’abord parce qu’il n’y avait pas de lien intergénérationnel entre la vieille et la nouvelle scène électronique. Aujourd’hui, les collectifs ont une meilleure culture quant à ces musiques là. Quand on sait que 50% de notre public a entre 18 et 25 ans, mais qu’on arrive quand même à afficher complet sur des soirées comme Metroplex qui invitent les pères fondateurs de cette scène, c’est super rassurant pour l’avenir.” 

Cabaret Aleatoire
© Damien Chamcirkan

Et le Cabaret Aléatoire pourrait avoir un rôle important à jouer dans la perduration de ce dynamisme. Les organisateurs souhaiteraient en effet porter l’identité du Cabaret Aléatoire en dehors de ses murs. Et il ne s’agit pas d’un simple passage en open air. La SMAC cherche en fait à collaborer avec d’autres opérateurs afin de proposer une vision nouvelle de ses évènements. Il s’agit de créer des réseaux entre les acteurs, mais aussi de participer à la circulation des artistes, de permettre à la scène locale de se produire en dehors de la région.

Cabaret Aleatoire
© H:R:T

On a commencé à faire ça le 3 juillet avec Dixon, au parc Valmer de Marseille, raconte Aurélien. Dixon n’était jamais venu à Marseille, sa seule date ayant été annulée. Le projet était un peu particulier puisque caritatif, et nécessitait donc un lieu à la hauteur. C’est le genre de projet qui n’aurait pas pu avoir lieu dans la salle du Cabaret, il nous fallait un lieu original et en plein air. On s’est donc mis en coproduction avec un autre opérateur, en plus de notre partenariat avec l’association Autour de l’Enfant et on a choisi ce parc surplombant la corniche, en bord de mer.”

Cabaret Aleatoire
© H:R:T

Cet événement est d’ailleurs l’un des temps forts de cette saison, aux côtés du live mémorable de Moderat et de la soirée 30 ans de Metroplex, label pionnier de la techno à Detroit, invitant pour la première depuis des années Kevin Saunderson, Juan Atkins (le fondateur) et Derrick May, qui ont joué sur la même scène (leur interview croisée réalisée lors de cette soirée mémorable est à lire ici). Une saison historique donc, mais aussi pleine de promesses pour la suite...