Photo en Une : © François Pgm


Zekid est un artiste originaire du graffiti, ses premiers coups de bombe remontant au lycée. Comme ses premières soirées, d’ailleurs. L’idée de conjuguer le graffiti avec l’un des objets phares des musiques électroniques lui est donc venue plutôt naturellement. « Je partais à Bruxelles pour une soirée Floorplan au Fuse, raconte l’artiste, et une amie m’accueillait pour le week-end. J’étais aux puces avec mon père, comme ça m’est très souvent arrivé dans ma vie, et je suis passé devant un stand de vinyles. Je me suis dit que j’allais lui en peindre un pour la remercier de m’héberger. » 

Ce qui lui plait tant dans le résultat est très lié au design du vinyle. Pour créer du contraste, Zekid décide en effet de poser des bouts de scotch sur le disque, gardant intacte la couleur noire de ce dernier. « J’utilise les vinyles à cause de leur noir. Ce n’est pas un noir sombre, il est au contraire très lumineux, vivant. Je comprends mieux tous ces DJs pour qui le vinyle est comme une drogue. Sans même parler d’électronique, qui n’intervient que lorsqu’on pose le disque sur une platine, c’est physiquement et mécaniquement l’un des objets les plus aboutis que je connaisse. C’est tellement parfait au niveau des finitions ! » Alors que beaucoup lui reprochent l’impossible utilisation du vinyle après son passage sous les bombes à peinture, Zekid s’amuse : « Les vinyles que j’utilise sont déjà hors d’usage, je ne gâche pas l’objet au contraire, je lui donne une seconde vie. »

Les musiques électroniques ont un rôle à jouer jusque dans la réalisation des œuvres de l’artiste. Zekid peint en dansant, rythmant la musique par des jetés frénétiques de peinture sur ses disques. « Une session peinture peut durer de huit à dix heures, nous explique-t-il, c’est important pour moi d’avoir quelques sets sous la main que je puisse mettre en fond sonore. Pas des morceaux qui s’enchainent, parce que le changement d’univers peut être dérangeant. Quand tu écoutes un set au contraire, tu t’émerges dans le monde du DJ et l’histoire qu’il veut raconter. »

"Les vinyles que j'utilise sont déjà hors d'usage, je ne gâche pas l'objet au contraire, je lui donne une seconde vie"

Et c’est un top 5 de bouncer que nous présente Zekid : Seth Troxler, Jamie Jones, Floorplan comme Robert Hood, Octave One, on ne peut pas dire que le jeune homme ait le cœur à l’ambiante. Il est d’ailleurs si courant que Seth Troxler accompagne ses sessions peintures que Zekid s’est même décidé à lui dédicacer un vinyle.

Zekid

Outre sa résidence chez le disquaire House Monkey Records, les vinyles de Zekid se sont invités dans de multiples soirées de part et d’autre de la métropole. Invité au Batofar par l’association Soundsystems, par Sorbonne Community au Gala Electronique, par Parallele, Pulsart, aux Mains d’Oeuvre par les Hydropathes… « Le noir réfléchissant du vinyle est particulièrement adapté aux lumières stroboscopiques. Elles donnent une nouvelle dimension aux peintures et aux histoires qu’elles racontent, chaque lumière exacerbant une couleur. C’est l’avenir de l’art d’être immergé dans le clubbing et l’évènementiel nocturne. » 

"C'est l'avenir de l'art d'être immergé dans le clubbing et l'évènementiel nocturne" 

Ce concept d’exposition-club a trouvé son aboutissement dans le v2v, soit « vinyles to vjing », qu’il met en place avec un ami, dans le cadre d’une soirée organisée par le collectif Parallele. « Avec un pote qui fait du Vjing, Antonin Dony, on a inventé le v2v qui est la fusion de mon art plastique et de son art visuel. C’est la mécanique qui se mêle à la vidéo. J’avais posé mes vinyles en forme d’oiseau et Antonin avait mappé ses projections en losange tout autour. Le jeu entre ses lumières et la matière de mes vinyles était impressionnant. »

Et pour ceux qui se poseraient la question, les vinyles de Zekid ne sont pas à vendre. « Mon premier vinyle a été conçu dans une optique de don. Par la suite, on m’a fait deux commandes qui me sont un peu montées à la tête. On m’achetait quatre vinyles pour 500€. J’étais très heureux pendant cette période mais je peignais peu, et quand je peignais je pensais seulement à rentabiliser le temps que je passais sur chaque vinyle. Je pensais thunes vs création et ça a un peu tué ma créativité. » Qu’il s’agisse de son tout premier essai de peinture sur vinyle ou de celui, plus abouti, dédié à Seth Troxler, c’est l’idée que ses œuvres soient destinées aux dons qui ouvrent à Zekid les voies de l’inspiration. 

« On m’a souvent demandé si j’étais autodidacte, conclut Zekid. Mais ce n’est pas de l’autodidactie, c’est l’école du graffiti. À ceux arguant que le graffiti n’est pas de l’art, je réponds qu’il est bien plus que ça : il est une véritable école. À force de tagger, tu développes un trait, une ligne, tu réfléchis à la manière dont tu veux représenter ton identité à travers la typo de ton blaze. C’est comme ça que j’ai trouvé Zekid. Ce nom vient de mon histoire personnelle d’abord, parce que j’avais un gros retard de croissance quand j’étais au lycée, mais il est aussi représentatif de ma personnalité. L’imagination, le fait de ne pas se soucier de la réalité et de vivre dans l’abstraction, d’où mon style très abstrait d’ailleurs. »

En exclusivité pour Trax, Zekid a accepté de réaliser les bases de sa dernière œuvre sous les yeux de nos caméras, dans son spot secret de la Courneuve.


Montage par Antonin Dony.

Pour le résultat final, il faudra patienter un peu mais en voici un aperçu :

Zekid