Photo en Une : ©Maxime Dart

En évoquant le festival Les Nuits Secrètes entre amis – ou avec ces rares cousins mélomanes lors d'un annuel banquet familial – deux réactions sont à prévoir. La première est une moue figurant l'ignorance de l'interlocuteur en la matière. La seconde : un sourire complice et deux pupilles clignotantes. La raison ? Il y en a plusieurs.

Au tournant des années 2000, la petite commune d'Aulnoye-Aymeries, située dans ces terres agricoles autant qu'industrielles de l'Avesnois, dans le département du Nord, était alors rythmée par le feu d'artifice du 14 juillet, sa ducasse – la fête foraine locale – de la mi-août, et le pot d'honneur offert par sa performante équipe de basket. Un calendrier fort raisonnable et relativement bien accepté par une population locale vieillissant paisiblement.

Mais c'était sans compter sur un jeune trublion, Olivier Connan, amoureux des musiques plus ou moins actuelles, déterminé à réveiller la commune de son enfance à coups de concerts populaires et exigeants, accompagnés d'une dizaine de bonnes idées. Le voici proposant un festival pour tous, qu'apprécieraient ses amis, amateurs éclairés, comme les familles de ses copains de collège. Challenge accepté par la mairie d'alors, le première édition des Nuits Secrètes est programmée pour l'été 2002. 

Près de quinze plus tard, le festival est devenu l'un des rendez-vous incontournables de la région, drainant un public venu de Belgique comme de la moitié supérieure de la France. Sa force est contenue dans une recette simple, et pourtant nulle part reproduite ailleurs. 

Les Parcours Secrets

Un grand concert populaire et éclectique sur la place de la ville (cette année Alain Souchon b2b Laurent Voulzy, The Shoes ou 2 Many DJs) ; une prog plus exigeante et électronique dans le jardin de la ville (Soulwax, Flavien Berger, Vitalic, Thylacine, Mr. Oizo, FKJ...) ; le club pointu La Bonaventure (The Hacker, Andre Bratten, La Mverte, Arnaud Rebotoni en live) et les fameux Parcours Secrets.

Hormis l'atmosphère bon enfant qui règne dans le bourg pendant toute la durée du festival – on croise les doigts pour que la ducasse soit elle aussi à nouveau de la partie – ce sont ces parcours mystérieux qui font le charme des Nuits Secrètes. Pour les non-initiés, imaginez un bus tout teinté de noir, décoré de toute part de telle sorte à faire oublier que l'engin se déplace. Le festivalier est invité à acheter sa place, sans connaître la destination du voyage. Ni l'artiste qu'il rencontrera ce soir.

Il est ainsi arrivé de voir le bus déposé ses invités devant un ancien tribunal pour y assister à un concert blues-rock, dans une ferme pour voir les Brigittes faire concert, le public assis sur des bottes de foin, ou encore de débarquer devant un château monumental. À l'intérieur, la grande chanteuse Neneh Cherry avait mis la table et préparé un repas de son cru, chantant son dernier album et ses classiques devant ses convives du jour atablés... Inoubliable.

Cette année, les Parcours Secrets sont toujours aussi énigmatiques quant à leur programmation. Au gré du hasard, il sera donc possible de se retrouver né à né face à Flavien Berger, General Elektriks, Mansfield TYA ou François and The Atlas Moutain. Impossible de savoir dans quel décor par contre. Même les propriétaires des lieux sont sommés de ne point en parler à leurs proches...

La programmation électronique de l'édition 2016 

Nous le disions, bien qu'éclectique, la programmation des Nuits Secrètes 2016 offre quelques rendez-vous électroniques à ne pas rater. Le grand Arnaud Rebotini, fondateur du label Black Strobe et génat du live techno sur ses machines et ses innombrables synthés, Mr Oizo, qui signe son grand retour avec l'album All Wet prévu pour automne 2016, mais aussi le solide The Hacker, dont nous avions enregistré le set au Rex en octobre dernier, et chez qui nous avions passé quelques jours il y a peu...

À voir, notre docu En balade avec The Hacker, dans sa ville de Grenoble

À ne pas manquer non plus, le Parisien La Mverte. Ancien bassiste, ila d'abord connu le succès avec le duo Anteros & Thanaton avant cette renaissance, saluée par la Red Bull Music Academy – où il fut invité en 2015 – où il distille au synthé ses influences cold-wave dans des sets techno funèbres. On vous en parlait déjà dans le Trax #187 (novembre 2015).

La Mverte - Where Is The Line feat. Alejandro Paz (Her Majesty’s Ship)


Également à l'affiche, les frères belges Dewaele, qui se produiront sous leurs deux noms de scène, Soulwax et 2 Many DJ's, le groupe psyché australien Jagwar Ma, dont le prochain album est attendu pour l'automne 2016, la synth-pop mélancolique de Flavien berger et le groupe français électro pop et funk General Elektriks.


France toujours via l'explorateur électronique tout en finesse Thylacine, qui a joué les ambassadeurs de l'Hexagone lors du French Miracle Tour, le très jeune producteur Petit Biscuit, considéré comme un représentant du future beats à la française et le picard Verlatour du label Bon Temps, dont le dernier titre "Ton Souffle" est à écouter ci-dessous.

Verlatour - Ton Souffle feat. Mia Loigerot