Xavier Jamaux et Alex Gopher

Air

La rencontre avec Alex a été importante pour moi. Nous étions dans la même classe, en seconde ou en première. C’est lui qui m’a présenté Jean-Benoît. Ils faisaient déjà un groupe ensemble et Alex voulait que je les rejoigne. À 16 ans, j’avais eu un petit quatre pistes et je commençais déjà à faire des maquettes avec des boites à rythmes, des guitares, des synthés. D’ailleurs un des synthés m’avait été prêté par Xavier Jamaux. On se faisait donc écouter nos petites maquettes. À notre lycée, le lycée Jules Ferry à Versailles, il y avait aussi Etienne de Crécy, Arnaud Rebotini. On étaient tous très motivés et on échangeaient beaucoup de trucs, d’astuces de home-studio. À l’époque, on a fait Orange, un groupe rock, avec Alex, Jean-Benoît, Xavier et Jean de Reydellet, un ami de Jean-Benoît, qui habitait dans le même immeuble que lui. Sa mère était anglaise et il chantait donc en anglais. Le groupe a duré deux/trois ans, le temps du lycée. Arrivés au bac, on a envoyé nos cassettes aux maisons de disques… et on s’est fait jeter de partout car ils voulaient qu’on chante en français. 

Jean-Jacques Perrey

Air

Quand Jean-Jacques Perrey est venu chez moi, il rentre dans l’appartement et il me dit : “Tiens, il y a eu un chat dans cette maison !", alors que je n’en avais pas. Mais il sentait la présence d’un chat qui avait vécu dans cet appartement, avec un autre propriétaire. Alors je ne suis pas étonné quand je vois qu’il a fait cette photo avec un chat ! Jean-Jacques Perrey, c’est lui qui nous a appris à nous servir du Moog Prodigy. C’était un Moog avec un ruban. Il le mettait à la verticale. Il faisait un son avec l’oscillateur et jouait avec le ruban. De manière pas du tout conventionnelle. Jean-Jacques Perrey est un de nos inspirateurs. Nous avons grandi avec ses sons, toutes les musiques d’animation sonore qu’il a faites pour la télé. Il faisait de la musique instrumentale et électronique de manière ludique. Et il y a aussi un côté sens de l’humour dans la musique de Air. Nous faisons une musique profonde et parfois mélancolique, avec toujours des sons plus ludiques ou des mots pour éviter d’être trop dans le pathos, d’être trop sérieux. Nous avons besoin de cette dose de légèreté. Avec Jean-Jacques Perrey, nous avons fait deux morceaux. Il y a "Remember", sur l’album Moon Safari, que nous avions composé pour lui, sur lequel il a voulu ajouter le mot Remember, auxquels nous avons accolé Forever et Together. Comme une sorte de pacte de rencontre entre nous trois. Puis nous avons composé ensuite ensemble "Cosmic Bird", pour la compilation Source Lab 3 Y. La maison de disques Source a organisé notre première rencontre qui a eu lieu… à Euro Disney. Il avait composé la musique de la parade du parc. Et un matin, nous avons pris le RER avec Jean-Benoît pour aller le rencontrer là-bas. C’est plutôt marrant comme rencontre.

Thomas Mars

Air

Nous avons été contactés pour faire la musique de The Virgin Suicides, le premier film de Sofia Coppola, et je m’étais juré de ne pas faire une musique de générique de fin avec une chanson. Je trouvais ça vraiment ringard. Nous avons alors fait la musique et toutes les bandes étaient parties à Los Angeles. Nous avions rendu tout le matériel qu’on avait loué. Et, au dernier moment, on nous appelle de L.A. pour nous dire qu’il fallait une chanson pour le générique de fin. On était un peu embêtés. C’était un samedi, on a appelé Thomas en catastrophe. Heureusement Phoenix n’était pas en tournée. Thomas vient de Versailles dans notre studio, fait la batterie sur le morceau qu’on réenregistre totalement dans sa tonalité vocale. Et il chante sur le morceau. En un après-midi, c’était fait et c’est formidable car "Playground Love" est devenu un petit classique de la musique. Comme Thomas n’aime pas faire de featuring, il a pris ce pseudo, Gordon Tracks, pour rester caché mais avec le temps tout le monde sait que c’est Thomas Mars qui chante sur le morceau. Après, nous sommes allés avec Thomas au festival de Sundance où le film était présenté et c’est là qu’il a rencontré Sofia Coppola. La musique du film a été à l’origine de leur rencontre et d’une belle histoire d’amour !

Sofia Coppola

Air

Elle avait adoré Moon Safari et nous a contacté pour la musique de son film. Je me souviens quand nous avions fait Moon Safari il y avait une incompréhension, notamment en France. On prenait Air pour une espèce de produit marketing de maison de disques, au rayon lounge. Beaucoup de gens pensaient qu’on était DJ. Nous étions déçus car nous avions fait cet album avec des instruments et beaucoup d’émotions. Avec la bande son de The Virgin Suicides, nous avons montré en quelque sorte le côté sombre de Moon Safari, avec une couleur totalement nouvelle puisque nous n’avons utilisé aucun des instruments joués sur Moon Safari. Cette bande son a prouvé qu’Air était autre chose qu’un phénomène de mode et n’était pas un produit marketing. 

Alessandro Baricco

Air

Le disque qu’on a fait avec lui, City Reading, était un projet complètement underground. Cinquante minutes de musique avec cet auteur de théâtre italien. Et c’est marrant parce que c’est en faisant la musique de cet album qu’on a trouvé les accords et la mélodie de "Cherry Blossom Girl". C’est donc en faisant un projet underground qu’est né un de nos plus grands succès commerciaux. Comme quoi il n’y a pas de règle. Avec Air, nous avons toujours fait de la musique avec le cœur et les conséquences en ont toujours été positives. Nous avons toujours suivi notre instinct. 

Beck

Air

Nous avons découvert Beck avec son album Odelay, qu’il a fait avec The Dust Brothers. J’adorais tout ce qu’ils produisaient : un album de Tone Lōc, Paul’s Boutique des Beastie Boys. Quand on est allé à L.A., on a rencontré Beck. À l’époque, notre maison de disques nous poussait à faire une tournée mais on n’avait pas de musiciens. On faisait nos disques juste tous les deux dans mon appartement à Montmartre. Du coup, Beck nous a proposé de nous prêter son groupe. C’est comme ça qu’il nous a présenté tous ses musiciens et qu’ils sont devenus notre groupe de scène. Avec en plus les deux musiciens de The Moog Cookbook, un groupe culte que m’a fait connaître Thomas Bangalter qui faisait des reprises de classiques rock uniquement au Moog. Avec Beck, nous avons fait plusieurs collaborations : il est venu chanter deux morceaux sur notre album 10 000 Hz Legend et il a remixé "Sexy Boy". Beck et ses musiciens, ce sont nos amis californiens. On ne s’est jamais perdus de vue depuis cette époque !

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