Qu’il se retire ou non (et vous verrez dans cet entretien que sa conception de la retraite n’est pas figée), cela nous fait réaliser que la carrière de Carl Cox, DJ depuis presque quarante ans, est passée par toutes sortes de phases et qu’il n’y a pas de raison pour qu’il reste cantonné à un seul rôle. Jouer du funk et du hip-hop avant que l’acid house ne cartonne, mixer sur trois platines à l’apogée des raves, faire des B2B avec Jeff Mills quand la techno est devenue mondiale dans les années 90, partager la scène avec des superstars de l’EDM : il a tout vu, tout fait. Pour parler de tout ça, on l’a abordé au plus mauvais moment, à la sortie de son set à Fabric. Epuisé, impatient de prendre du repos, il n’en est pas moins resté fidèle à sa réputation de « nice guy de la techno », évoquant des sujets aussi divers que les courses de voitures, la drogue et les spaghetti bolognaise.

À voir : son dernier DJ set d'ouverture au club Space à Ibiza, en juin dernier.


Alors, Ibiza, c’est vraiment fini ?

Les gens ont l’air de beaucoup se soucier de la question de ma retraite. Ils se ruent au Space pour venir me voir jouer avant la fin de ma résidence. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils sont fâchés mais ils ont du mal à concevoir que ce sera la dernière fois qu’ils m’y verront jouer. Cela dit, je ne quitte pas l’île, peut-être que j’y jouerai à nouveau. Mais ce club, ça fait quinze ans que j’y joue ! La plupart des gens tiennent environ cinq ans en sortant régulièrement à Ibiza, allez, peut-être six, mais c’est juste impossible de me suivre depuis quinze ans ! Donc c’est la nouvelle génération qui vient me voir et ils m’en demandent encore plus. Je me sens comme Benjamin Button. Le public rajeunit et j’ai l’impression de rajeunir avec ! Hier soir, à Fabric, c’était juste incroyable : on aurait dit que c’était la première fois que je jouais, alors que j’ai 54 ans. Personne ne voulait que je m’arrête alors qu'il était 4 heures du matin, un soir de semaine ! Je me rends compte que plus ça va, plus les gens s’intéressent à moi. Je tiens le coup grâce au public, qui me pousse à continuer de partager ma passion. Je ne travaille plus sur des échafaudages, je ne fais plus de peinture ni de décoration, et je suis toujours aussi heureux d’être DJ.

Carl Cox il y a quelques jours au festival Love Family Park Festival 2016.


Donc vous ne prenez pas vraiment votre retraite mais vous levez juste un peu le pied ? Qu’allez-vous faire de ce temps libre ?

Je fais des tas de choses en dehors de la musique. Je suis fan de courses de moto. Ça fait trois ans que je soutiens de jeunes pilotes Ducati, en Grande-Bretagne. Ils conduisent des Panigale 899 et s’en sortent très bien. Comme je vis en Australie, j’ai eu la chance de parrainer une équipe de course de side-cars. J’adore ça, j’ai même créé ma propre équipe et je vais les envoyer au Isle of Man TT (la plus grande course de moto du Royaume-Uni, ndlr) dans quelques semaines. L’année dernière, on s’en est bien sorti, on s’est classés 11e sur 70. Désormais, on vise le top 10, histoire d’attirer un peu l’attention. Et tout ça sous le nom de Carl Cox Motorsport.

Je suis aussi un collectionneur de vieilles voitures, en particulier les grosses américaines et les anglaises classiques. J’en détiens 17 : des vieilles Mustang, des Pontiac GTO, des tas de moteurs incroyables des années 60 et 70 et j’ai aussi 70 motos, que des anciens modèles. Donc quand je ne fais pas de musique, je conduis mes voitures et mes motos, et je fais de la course avec une MK1 Capri de 1972, un V8 de 2 000 chevaux. Ça va très très vite, ça fait très très peur, mais j’adore ça. Donc oui, je consomme beaucoup de pétrole (rire) mais d’un autre côté, il y a ma musique. Il faut toujours un équilibre, un yin et un yang. Si je ne faisais que de la musique, je serais dans une relation presque incestueuse que certains DJ’s peuvent avoir, et je n’aurais rien d’autre comme sujet de conversation.

Pensez-vous que le fait de ne pas vous focaliser sur la musique à 100 % a contribué à votre longévité ? On voit tellement de DJ’s qui passent leur temps dans des avions, en tournée, qui n’ont plus de recul et qui perdent pied.

Oui, alors qu’il n’y a rien de pire que de faire de la musique dans un avion. On devrait en profiter pour se reposer. Eux se sentent obligés de le faire parce qu’ils veulent arriver à destination et pouvoir dire : « Je viens de composer ce morceau et ça va être un tube. » Le problème, c’est que ça tourne à l’obsession et que s’ils n’arrivent pas à faire ce fameux hit, ils dépriment. La musique devient de plus en plus commerciale et accessible, ces DJ’s pètent les plombs. Ce n’est pas du tout mon but, j’ai fait beaucoup de musique, sorti pas mal d’albums en étant toujours sincère et je veux continuer à faire ça. Je ne cherche rien, je fais juste de la musique parce que j’en ai envie et parce que c’est une partie intégrante de qui je suis.

Retrouvez la suite de l'interview dans le numéro d'été de Trax (en kiosque ou ici) avec nos articles sur les mafias de l'ombre d'Ibiza, nos reportages en Palestine, à Los Angeles ou les dernières bêtises de Cassius. Le sommaire détaillé par ici.