Il y a deux semaines, l'Infamous Armada réunissait quelques 15 000 fêtards sur trois scènes et 12 hectares en Bretagne. Autorisée par les autorités, ce rassemblement fut un succès sur tous les plans. Aucune plainte du voisinage, un site rendu propre, des raveurs heureux... Ce bilan glorieux a permis au soundsystem T.Lesco.P, auteur de cette rave démesurée, de se poser les bonnes questions – ou plutôt de les écrire, dans une tribune publiée sur le site du Télégramme, intitulée “Laissez-nous faire nos fêtes !”

Aftermovie de l'Infamous Armada 2016 :

 Après avoir dressé le bilan de l'Infamous Armada, Mathieu, l'auteur de la tribune, demande : "Peut-on encore reléguer les participants [de cette rave] au rang de marginaux uniquement attirés par la drogue et l'alcool, lorsque des pans entiers de la jeunesse bretonne se retrouvent chaque week-end dans les raves qui foisonnent aux quatre coins de la région ?"

Une question pertinente. Aujourd'hui, la free party est un des mouvements culturels les plus populaires de France, avec des dizaines de milliers de danseurs qui répondent à l'appel toutes les semaines des Cévennes au Finistère, de Montpellier à la Belgique. Pourtant, le mouvement reste stigmatisé par les autorités, qui refusent toujours de le considérer comme une culture légitime, en atteste le nombre infime d'autorisations accordées aux organisateurs.

“L'expérience montre pourtant que lorsque les autorités prennent le parti d'accompagner l'organisation des raves comme ils le feraient pour n'importe quelle autre manifestation plutôt que de systématiquement opposer une fin de non-recevoir, la grande gagnante est la jeunesse, qui peut faire la fête sans être contrainte de se rabattre sur les lieux les plus reculés, parfois dangereux.”

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Après cette comparaison, Mathieu loue la capacité de dialogue des autorités du Finistère, qui hébergeait trois des quatre raves autorisées l'année dernière : "Dans le Finistère, nous avons la chance d'avoir des interlocuteurs ouverts au dialogue, qui vont au-delà des a priori que nourrissent nombre de décideurs publics." Il poursuit : "Lorsque sont créées les conditions d'un dialogue constructif et dépassionné, il est possible de s'entendre et de prévoir en amont les dispositifs permettant l'accueil d'un grand nombre de participants." 

Dans sa tribune, Mathieu des T.Lesco.P en appelle clairement à une prise de conscience de la part des autorités, les priant de donner à la free party l'importance qu'elle mérite. Aujourd'hui, l'ampleur que prend ce mouvement n'est plus compatible avec l'attitude menée par l'État. Pour le collectif, il est temps de rentrer dans une nouvelle phase d'acceptation, si ce n'est de soutien, de la free party. Alors qu'une réunion interministérielle à ce sujet est prévue mardi prochain, Mathieu tend la main au nom des organisateurs de raves : "L'appel est lancé à une grande concertation avec les élus locaux pour que la free party puisse trouver sa place dans le paysage culturel français."