KOLORZ 2016 par Thémis Belkhadra

À flâner dans les rues de Carpentras, quelques heures avant le lancement du Kolorz Festival, on peine à imaginer comment un événement de ce type a pu naître dans le coin. Socialiste placée sous le couperet de nombreux députés FN, la ville pourtant si jolie poursuit une évolution decrescendo depuis plusieurs années. Moins de touristes, moins de business... La ville dort toute la journée. Il est 14 heures, le soleil tape mais les rideaux de fer sont tous abaissés. Les restaurants ne servent plus de déjeuner depuis une trentaine de minutes déjà. Dans les rues vides, une boutique attire notre oeil et notre instinct de journaliste prend le dessus. Une jeune dame prête à accueillir les rares clients passant au-travers de sa vitrine s'habille de son plus beau sourire. Réalisant que nous ne sommes pas là pour acheter des chaussons, elle entame une discussion avec nous. La commerçante finira par nous avouer : "Carpentras, c'est la désolation", ressassant toutes les raisons qui lui font penser que l'avenir à quitté son village.

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Le service et la vie urbaine de Carpentras ne reprendront qu’à 19 heures pétantes, au moment où, à quelques kilomètres du centre-ville, le montpelliérain Luca Ruiz accueille les premiers festivaliers sous quelques tracks deep-house chaleureux.

Le temps de s’installer, de prendre ses marques sur ce qui semble être d’habitude une aire de repos pour automobilistes. Impression confirmée lorsqu’en s’approchant du Club Trax, on tombe nez-à-nez avec un restaurant d’autoroute grimé pour l’occasion en bar, et en fan zone puisque se joue ce soir le match des quarts de finale de l’Euro opposant le Pays de Galles à la Belgique.

Le match démarre alors que Dièse ouvre le Club Trax sur un live groovy, une parfaite mise en bouche avant la suite du programme concocté par nos soins. 100% frenchy, le Club Trax restera dans cette ambiance house, en explorant toutes les sonorités que ce style peut offrir.

Mais bien qu’on se sente parfaitement à l’aise sous notre étendard et les notes solaires de nos artistes locaux, il est temps d’assister à la géniale création de KiNK, en live comme toujours. Dès les premières notes, le producteur se saisit du dancefloor. Comme à son habitude, il produit une musique sans barrières, laissant libre cours à son imagination entre cinq ou six machines qu’il maîtrise à la perfection. Il n’est que 21 heures, le soleil commence tout juste à se coucher mais la foule est au rendez-vous, et KiNK fait monter la pression – le sourire aux lèvres – à grands coups de kicks et de mélodies. L’amour du Bulgare pour la musique et ses machines – qu’il prend le temps de présenter au public – transpire de tous les pores de sa peau, et participe autant au soulèvement du public que le son lui-même.

Retour au Club Trax alors qu’une tendance disco old-school s’empare du dancefloor sur le back to back de Theaz et Julien Holler. Jusqu’à la récupération du DJ booth par Flabaire, qui produira un live aux influences groovy plus subtiles. Ici, entre deux rangées d’arbres et le bar, l’ambiance est folle et plus intime que sur la scène principale, où Sam Paganini a récupéré les platines et balance les premiers beats techno de la soirée. Il sera suivi par Vitalic, puis Len Faki – chauves tous les deux. C’est Kosme qui clôturera le Club Trax du vendredi 1er juillet, en laissant libre cours à toute son énergie.

Retour à Carpentras, le temps de récupérer un peu et de se balader sur les berges de l’Auzon. Si la ville est calme, elle a l’avantage d’être plutôt agréable. Entourée de hautes fortifications, Carpentras nous offre une pause, bien loin de l’agitation parisienne. Mais pas le temps de profiter du cadre, il y a du son à se mettre dans les oreilles. Il est 21 heures, DJ Deep et Roman Poncet nous accueillent sous le sigle de leur duo Adventice, avec un live techno toujours aussi technique et puissant que lorsqu’on l’avait découvert au Weather Festival en 2015. Il sera suivi de Dave Clarke, que nous rejoindrons sur scène le temps de prendre une petite vidéo. Malgré son air bougon, le parrain nous invite à nous rapprocher et prendra même notre téléphone en main pour filmer au plus près les modulations qu’il applique à ses tracks violents.

Autant dire qu’après son passage, la foule est en jambes et se compacte de plus en plus comme pour s’approcher du soundsystem et de la scène – peut-être un peu trop éloignés du public. Quelques minutes seront nécessaires à l’installation de Stephan Bodzin et de tout son équipement. Venu pour se produire en live, l’ancien n’a pas chômé avec son fameux matériel customisé. Stephan Bodzin est au niveau au dessus. Jamais à court de surprises, le producteur crée sans cesse de nouvelles mélodies pour les tordre à l’infini et avec délicatesse, avant de retrouver le beat au moment précis où les cœurs chavirent. Du grand art.

À chaque fois, le passage de la scène principale au Club Trax donne l’impression d’avoir traversé un portail spatio-temporel. Des sonorités acides de Dave Clarke, nous passons aux beats ronds et décadents de Kartell. La révélation parisienne étale sa Roche Musique faite d’ambiances suaves et de sonorités old-school. La température grimpe et atteint son maximum alors que Kartell cède sa place à The Mekanism.

Il est alors temps de retrouver Nina Kraviz, qui nous persuadera une fois de plus qu’elle n'est pas une star seulement pour son physique. Elle fera sur la scène du Kolorz une démonstration de tous ses talents. Son set démarrera sur une ambiance introspective, qu’elle développera le temps que deux techniciens s’occupent de l’envelopper de rappels de son. Au bout d’une vingtaine de minutes, le grand trip techno a démarré, et Nina laisse couler quelques sonorités acides annonçant la couleur d’une prestation mémorable. Elle s’achèvera deux heures plus tard, sous la lune et la musique toujours plus captivante de Nina Kraviz – qui sait définitivement comment clôturer un festival.