Si l’Angleterre a voté pour le Brexit, ce n’est pas le cas partout : à Londres, en particulier, la tendance est plus à la mixité et à l’espoir d’un changement positif, en forte opposition avec l’image d’Angleterre puritaine que d’autres régions revendiquent. La capitale n’est pas seulement pro-européenne, elle vient aussi d’élire à sa tête Sadiq Khan, dont la campagne a célébré la force et la diversité culturelles de la ville et sa dimension internationale.

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Ces dernières années, pendant le mandat du maire conservateur Boris Johnson, la priorité a été clairement donnée aux intérêts des banques et du business et le reste a été largement délaissé. Le boom de la spéculation immobilière a, quant à lui, provoqué une hausse démentielle de l’immobilier. Des communautés bien établies ont été priées de déménager et des salles très populaires ont dû fermer leurs portes afin de permettre ce développement.

"Je souhaite que tous puissent fêter ce qu’ils aiment dans leur ville."

Khan, au contraire, a fait savoir lors de sa campagne qu’il comprenait l’importance de la culture club à Londres en allant jusqu’à parler de la situation de ses voisines européennes : "Je ne veux pas que nos Londoniens jeunes et créatifs quittent notre ville pour aller à Amsterdam, Berlin ou Prague juste parce que là-bas, on soutient les clubs et on leur donne la place d’exister, déclare-t-il. "Je souhaite que tous puissent fêter ce qu’ils aiment dans leur ville." Il est allé encore plus loin en promettant de faire assumer les coûts liés à l’insonorisation des salles et des clubs aux résidences qui s’installeraient à côté, au lieu de les imputer aux lieux qui, bien souvent, ne parviennent pas à payer les factures. Il a aussi promis de nommer un "Tsar de la nuit", comme Mirik Milan, le maire de la nuit d’Amsterdam qui a réussi à créer le dialogue entre les clubs, les riverains et les entreprises.

Sadiq Khan

Reste à faire le tri entre les promesses électorales et ce qu’il compte réellement mettre en oeuvre. Toutefois, certains sont optimistes. J’ai parlé avec Alan D Miller, président de la Night Time Industries Association (NTIA), une organisation fondée en 2015 pour que l’industrie musicale parle d’une seule voix, et à Dan Beaumont, qui a travaillé pour la NTIA et qui s’est particulièrement investi dans la discussion en tant que gérant de Dance Tunnel, qui a dû fermer, alors que le Dalston Superstore peine à survivre. Pour Beaumont, "Sadiq comprend les enjeux autour des clubs, en termes de diversité et de mobilité sociale. Il sait qu’une forte culture club sera bénéfique pour Londres". Miller, quant à lui, se dit "optimiste mais réaliste", car il sait bien que les problèmes des clubs ne sont pas isolés et que "c’est le devoir des politiques d’adresser les questions de logement", afin que le milieu de la nuit se sente protégé face au développement immobilier.

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En revanche, ils sont tous deux convaincus que l’élection de Khan est une porte ouverte, mais que le vrai travail commence maintenant. Miller me rappelle que le maire est seul face à tous les quartiers de Londres qui disposent chacun de leur force de police, qu’il faudra convaincre une à une, et que le travail de la NTIA est la fois local et international. Beaumont espère de son côté que « l’incroyable pépinière de talents londonienne pourra exprimer son potentiel pleinement et que nous en bénéficierons tous ». Sadiq Khan semble avoir compris cela, contrairement à son prédécesseur. Va-t-il parvenir à protéger ces idées des enjeux économiques ? Cela reste à voir. À Londres, nous avons de bonnes raisons d’avoir peur, mais aussi de s’enthousiasmer à l’idée d’un avenir meilleur.