Astropolis

JOUR 1 : Où l’on travaille notre pied marin, entre croisière et raz-de-marée techno 

En arrivant à Brest, on a toujours un peu envie de parler météo. Mais les Bretons vous rappelleront avec plaisir que c’est inutile : tout peut basculer du pire vers le meilleur – et inversement – en une poignée de minutes. À l’arrivée en gare, on sourit quand même aux quelques rayons de soleil qui percent entre les nuages. Allez les gars, restez faire la fête avec nous ! En chemin pour la croisière qui ouvre les festivités du week-end, on est déjà suffisamment inquiet quant à notre capacité à danser sur un bateau pour avoir à se préoccuper de la pluie.

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Accueillis par les joyeux moussaillons à béret des collectifs Br|st et Echap, on s’émerveille devant la déco très anniversaire du bateau et les festivaliers qui ont déjà pris le bar d’assaut, s’en échappant les bras chargés de pintes. C’est sûr, le mal de mer ne sera pas seulement dû à la houle. À mesure que l’on s’éloigne du port, le dancefloor se réveille avec le très bon live de Jeanville et se déchaine devant le b2b de Carlton et Pierre Grall.

L’ambiance est joyeuse et amicale, malgré un évènement dans la queue des toilettes qui ne rassure personne quant à la solidité des estomacs pleins de bière de l’équipage. Le closing se fera en grande pompe sur fond de hardcore et drum’n’bass acidulée. Les pirates hurlent un hymne peu compréhensible pour nos oreilles de marins d’eau douce : bololo haha, bololo haha haha ! On s’échappe tout sourire, imprégné de cette énergie très familiale et terriblement prometteuse pour la suite des évènements.

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À la Carène, on s’étonne de trouver la salle vide à 22h30. Une petite vingtaine de personnes assistent au début du live du duo Co.Exist. Le complexe a pourtant pour réputation d’être plein à craquer lors du week end d’Astropolis. Mais peut être que le label belge R&S invité pour la soirée n’a pas encore conquis la pointe du Finistère. La température monte tout de même devant le live de Space Dimension Controller, qui mélange avec aisance groove, techno et sonorités orientales. On s’échappe prendre la température de la Suite pour le début du set de Mad Rey.

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Au vu de la queue à l’entrée, il va falloir jouer des coudes pour se faire une place dans le club étroit. La déco pailletée de la salle crée une ambiance bien différente du béton brut de la salle des musiques actuelles juste en face. La chaleur et la house un peu trop décolorée du Parisien de D.KO nous conduisent cependant à préférer l’air frais. D’autant qu’Alex Smoke commence bientôt son live de l’autre côté du trottoir, à la Carène, où la file d’attente commence aussi à se faire longue. La soirée est donc bien complète, et les bretons ne devaient pas avoir tout à fait fini leur apéro à notre premier passage tout à l'heure.

La house mentale de l’Écossais fait s’agiter la foule, et on se doit d’applaudir l’ingé lumière qui gère les visus comme un véritable pianiste. Après s’être fait repeindre les chaussures par un petit jeune au foie fragile, on se sent près pour la boucherie Paula Temple qui fait déjà trembler les murs de la grande salle. Un vrai tsunami de basses techno donc, qui ne semble se calmer que lors de courts breaks silencieux très bien placés. On emprunte avec plaisir cette autoroute de l’épuisement qui se finira dans nos lits au Vauban.

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JOUR 2 : Où l’on découvre que les Bretons sont aussi imperméables que fêtards

Alors que les petits gars du collectif brestois TBD ont posé leurs platines vinyles sur la terrasse du Vauban, on fait une croix définitive sur notre sommeil et partons arpenter les rues de Brest. Premier stop, l’Astroboum de la Place de la Liberté, réservé aux enfants. Bah oui, nous aussi on aime boire des smoothies et jouer au twister musical. Niveau ambiance, on aurait difficilement pu faire plus familial. Quelques marches plus haut, un couple en tenue de mariage et les spectateurs de leur cérémonie observent avec émotion les tout-petits qui s’agitent devant la house de Blutch & Cuthead. On s’échappe de ce petit monde de braillards pour aller retrouver les cris des basses à Beau Rivage.

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Les pelouses qui surplombent la rade brestoise sont noires de monde. Les anciens du festival hallucinent de l’évolution de cet événement qui ne comptait que 300 personnes au départ. Maud Geffray s’installe à la suite de David Martinez pour un set déstructuré qui soulève les milliers de ravers assis dans l’herbe, au milieu des bières vides. Un sample de croassement de grenouille accompagne son premier track, annonçant la tempête acid à venir.

Les bourrasques ne sont d’ailleurs pas prêtes de se calmer puisque c’est la parisienne AZF qui se voit confier le closing de cet apéro estival transformé en énorme (pré) rave. Et la jeune femme ironise en terminant son set sur le célèbre hymne house de Marshall Jefferson : house music, all night long ! Pas sûr que ce soit ce qui nous attende au Manoir de Keroual…

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La tenancière de la crêperie Blé Noir située le long du célèbre chemin menant au Manoir nous laisse engloutir une galette en vitesse. Sa hâte de fermer l’établissement est certainement liée à la horde de festivaliers qui se pressent vers l’entrée du site principal.

En y pénétrant, on découvre la scénographie hallucinante de La Cour, de loin la plus belle scène du festival. Elle est entourée des tours du Manoir de Keroual, dont les pierres de granite reflètent la lumière bleue des projecteurs. Le duo Côme & Djoh Dellinger amplifie l’ambiance film de suspense avec une techno breakée très hypnotique. On en oublierait presque l’absence d’Abdulla Rashim – due à l’annulation de son vol – dont on attendait le live de pied ferme.

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Tant pis, on file voir celui des Suédois SHXCXCHCXSH. La scène Mekanik se vide doucement, les amateurs de rythmes 4x4 et de hardcore fuyant la musique vaporeuse de ce live très expérimental. Nous, on se laisse emporter les yeux fermés, savourant d’autant plus cette montée en tension qu’on la sait sans but : le duo coupera le son au summum du suspense. On sort du chapiteau comme d’une rétrospective de Hitchcock, les visuels spectaculaires de Pedro Maia justifiant d’autant plus la métaphore cinématographique.

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Sous le chapiteau de l’Astrofloor on retrouve Shed, l’artiste aux multiples alias. Son live exploite bien cette pluralité d’identités puisque l’artiste pioche dans toutes ses prods, déconstruisant ses morceaux les plus célèbres. À quelques minutes de la fin, le chapiteau se remplit brutalement. En s’en échappant on découvre que l’affluence n’est malheureusement pas due au début du set de Len Faki mais à une autre invitée que l’on espérait pas voir arriver si tôt : la pluie.

Les festivaliers ont l’air de bien s’en moquer et l’on soupçonne les Bretons d’avoir la peau aussi imperméable que le foie : c’est une véritable foule qu’on retrouve devant le quatuor Unforeseen Alliance. Le live est tout simplement magique, la pluie se reflétant en paillettes au travers des lasers lumineux improvisés par la régie lumière.

C’était peut être le seul moment un peu classe d’Astropolis, d’ailleurs, le site se transformant petit à petit en champ de boue et les festivaliers commençant à sentir sérieusement le chien mouillé. Désolé Emmanuel Top, mais Manu joue sous le chapiteau…

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Les amateurs de football vous diront combien l’ambiance est plus folle lorsque le match est joué à domicile. Pourtant, le public de Manu le Malin était relativement calme face au set hardcore radical délivré par ce maître en la matière. C’est que le chapiteau est plein à craquer et l’on est déjà bien trop serré pour lancer un pogo, d’autant que la boue nous arrive aux chevilles et nous empêche de décoller les pieds du sol.

Dehors, le petit jour se lève et Andrew Weatherall commence son set de closing. Après une petite heure avec ce Merlin l’Enchanteur des musiques électroniques, on est assuré de laisser les festivaliers entre de bonnes mains. On traîne nos godasses trempées jusqu’à la sortie, à tâtons pour ne pas glisser dans cette gadoue qui ne pardonne pas, déjà bien contents de ne pas y avoir laissé une cheville – ce qui n’est pas le cas de Maud Geffray que l’on croise en fauteuil roulant à la gare le lendemain.

Finalement, la seule chose qu’on n’aura pas vu dans cette immense rave qu’est Astropolis, c’est le traditionnel drapeau breton brandi par la diaspora ouestrienne dans tous les autres festivals de France.

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