Il y a déjà quelques semaines, du 4 au 8 avril précisément, le grand raout hivernal britannique prenait comme chaque année possession d'une partie de la petite station autrichienne de Mayrhofen. Et comme chaque année, des milliers de ravers européens s'y retrouvaient pour fêter la cuvée 2016 de têtes d'affiches internationales sur poudreuse – surtout destinées à ravir nos amis d'outre-Manche – avec pas moins de 16 scènes et près de 50 artistes.

Dans le désordre ? Craig David, Fatboy Slim, Groove Armada, The Prodigy ou Skepta pour l'affiche brittanique, mais aussi Marcel Dettmann, The Martinez Brothers ou Noisia pour le versant continental. Cinq jours de débauche au cœur du Tyrol autrichien qui sur le papier pouvaient faire craindre à une mauvaise copie d'un Cancún à l'européenne, et révélait plutôt sur place une chaleureuse ambiance de chalet d'après-ski. Ou presque. 



Après quelques heures d'avion et quasiment autant de voies rapides et sinueuses, laissant le temps au raver de passage d'échanger sur la difficulté des locaux à s'adapter à la récente fermeture des frontières face à l'arrivée des réfugiés en leurs terres, c'est une mignonne petite station qui ouvre ses bras. Descendant l'artère principale, les deniers skieurs revenus des pistes croisent les regards complices et alcoolisés de leurs camarades, restés eux se déhancher devant les DJ sets tech-house de l'hôtel principal de la ville.

Fatboy Slim, maître en son igloo

À peine le temps de poser son sac qu'il faut prendre le courant à contre-pied : la fin de journée se déroule là-haut, et le téléphérique pour y conduire le fêtard n'attendra pas. La câble de la cabine dessine une ligne directe vers ces nuées déjà trop près du sol pour se perdre dans la brume. Les oscillations de l'équipée en apesanteur et les chutes de bloc de neige sur le toit s'occupent de l'ambiance, si bien que lorsque les portes glissent à l'arrivée, il faut à notre tribu plusieurs minutes pour retrouver de l'allant et aborder les heures qui suivent en toute sérénité. 

"Le retour est prévu dans 4 heures, indiquent formellement les moniteurs dépêchés pour l'occasion à la petite équipe, et personne ne doit revenir aux cabines d'ici-là." Nous voici bloqués au cœur d'une nuit qui tombe aussi vite que les flocons de neige fraîche. Après une courte escalade glissante, la destination se précise : un véritable igloo se détache du paysage, accompagné sur son flan d'un bar extérieur où deux enceintes crachent déjà les rythmes balancés depuis l'intérieur par le vétéran Fatboy Slim.Derrière la glace de l'abri éphémère, la température monte aussi vite que les bières – peu chères ! – se descendent. Et bientôt, malgré la tempête qui dehors fait rage, il s'agit plus ici d'un véritable club entre nouveaux amis qu'un quelconque exercice de survie en milieu hostile. Le plafond dégouline et les sourires irradient. La descente se fera aux sons de grands éclats de rire, l'ambiance pour la soirée est lancée. 

Ça sent le sapin

De sèches chaussures aux pieds, c'est en bordure de ville que la soirée se poursuit : là, le chalet Brück’n’Stadhl s'est mu en dancefloor, et accueille ce soir Marcel Dettmann et Bicep. Toujours aussi bons, on en oublie vite tout ce qui nous entoure pour retrouver quelques vieux réflexes primaires et autres pas de danse habituels. La veille Henrick Shwarz s'était ici occupé des corps et des esprits, mais de l'avis général c'est ce soir que l'ambiance est au poil.



Plus bas en ville, d'autres merveilles nocturnes font rage. À l'Arena, "vrai" petit club de centre, on fera l'impasse sur le classique combo néons-tables-à-bouteille-kékés et autres poncifs du genre pour accueillir la vibe avec toute la générosité que l'expatriation permet. De toutes les façons, comme les Krafty Kuts aux platines, nous ne sommes pas là pour se prendre la tête, n'est-ce pas ?

Dans la plus pure tradition anglaise

Par contre, c'est bien en contrebas de la ville que le monstre se cache. Dans cette gigantesque salle portant le doux patronyme de Racket Club, rien de moins qu'un décor de lights en tout sens, une sonorisation non-réglementaire en nos contrées et une large scène où défilent les plus grands du week-end. Et une masse de danseurs polymorphes – déguisés, moitié-nus, suants et survoltés, bref dans la plus pure tradition anglaise – comme public.

Là, alors que la veille les Martinez Brothers jouaient la version tech-house d'Autobahn pendant 3 heures, c'est ce soir le plateau Craig David (sous son alias de DJ UK garage TS5, une tuerie), Skepta (la grande figure actuelle du grime), et Shy FX & MC Stamina (soit la légende de la drum'n'bass accompagné de son fidèle MC) qui convainc. On ne sait plus vraiment si l'acme de la nuit fut atteint avec le "7 Days" de Craig David ou le "Shut Up" de Skepta, mais la jouissance collective est palpable.

Faut-il rajouter là que la journée suivante pouvait être consacrée à danser en piscine ou sur les pistes, puis pouvait très bien se finir à l'orée de la ville, dans les sous-bois de la scène Forest avec The Prodigy survoltés en guest ? Certes, la pluie fine et globalement le temps plus que maussade du week-end n'étaient pas les meilleurs compagnons de route, mais l'insatiable énergie des ces fous d'Anglais était on ne peut plus communicative. On ressortira à l'envi du frigo les quelques souvenirs de ces fraîches hauteurs du Tyrol lorsque cet été on mendiera pour une once de glace. Avant d'y retourner l'année prochaine.