Mardi 2 juin, le conseil municipal de la mairie de Saint-Jean-du-Gard votait le rejet de l’autorisation d’organisation du World Trance Festival Plein Air – prévu pour les 2 et 3 juillet prochain. Il s’agit d’un nouveau coup dur pour la société Pléiade Production à l’origine de l’événement, qui se voit contrainte d’annuler le festival pour la deuxième année consécutive.

Le rejet du projet par le conseil municipal du 31 mai paraît surprenant. « Nos rapports avec la mairie de Saint-Jean-du-Gard ont toujours été bons et le sont d’ailleurs toujours, nous a expliqué Pléiade Production. Pour tout vous dire, ce sont eux qui nous ont contactés et qui soutenaient le projet World Trance suite à l’annulation de l’année dernière. » Du côté de la mairie, M. Kevin Dambrosio – chargé des Festivités, de la Jeunesse et des Sports – nous a confirmé l’enthousiasme de la majorité pour le projet : « La mairie soutenait le projet à 100 % et ce dès le départ. Même notre maire de 70 ans était à fond pour. »

World Trance Festival

Nos interviews de M. Dambrosio et de Pléiade Production nous ont fournit le détail des difficultés rencontrées lors de l’organisation de l’événement. Difficultés qui auraient conduit à la frilosité de la majorité – issue d’une liste sans étiquette partisane – à voir passer le projet. Le premier de ces obstacles intervient il y a quelques semaines lorsque l’organisme de protection de l’environnement Natura 2000 s’élève contre l’installation du festival sur le premier lieu proposé par la mairie – cet espace étant classé zone naturelle protégée.

Pléiade Production : « [La mairie] nous a trouvé un terrain superbe appartenant à la ville et avait accepté le festival. Deux mois avant l’événement, nous nous sommes rendus compte que le terrain proposé faisait partie du réseau Natura 2000 et que la mairie n’était pas réellement au courant de ça. Nous avons donc dû changer de lieu le plus vite possible et la municipalité nous a soutenus dans cette démarche. Un lieu plus petit mais nous avions accès à une rivière et il nous permettait d'avoir une deuxième scène. En revanche, il fallait repasser devant le conseil municipal, le lieu étant proche du centre-ville et d'une maison de retraite. Tout s'est bien passé et dans une bonne ambiance générale avec un des responsables de la maison de retraite qui nous a répondu que ça les occuperait pendant une semaine. Nous devions avoir une réponse définitive le 2 juin, tout était bien parti pour une réponse positive. »

D’après l’adjoint, la maison de retraite avait même accepté que le projet ait lieu. Il s’agissait d’une solution d’urgence et le festival aurait pu s'installer dans un endroit plus adapté les années suivantes. Seulement, cette proximité avec les riverains aurait soulevé l’opposition qui estimait la norme de décibels impossible à respecter. Toujours selon M. Dambrosio, les partis socialiste et communiste faisant face à la majorité étaient déjà très réticents à ce que la ville accueille le festival, du fait des « problèmes de drogue ». Dans son communiqué, l’adjoint au maire révèle que ces mêmes élus ont tenté d’effrayer les administrés en prévenant la population qu’il s’agissait en fait d’accueillir une « rave party ».

World Trance Festival

Selon cette version des faits, se serait alors mêlé à l’histoire un groupuscule d’activistes anti-loi Travail, bien connu dans la région puisqu’à l’origine du barrage du petit train à vapeur de Cévennes. D’après le communiqué de la mairie, ils auraient menacé de « mettre le feu » si le nouveau lieu était voté par le conseil.

Suite à ces menaces, la mairie a tenté de prévenir la police nationale. Kevin Dambrosio : « Ils nous ont répondu : “Ne comptez pas sur nous.” Ils avaient peur de se faire muter en cas de débordements. Le problème est que la préfecture ne les soutient pas et qu’en cas de problèmes lors de l’intervention, c’est à eux d’assumer les conséquences. »

Sans ce soutien, les élus municipaux auraient craint d’être rendus responsables si les menaces étaient mises à exécution. D’après l’adjoint au maire, certains se sont rétractés car ils ne voulaient pas risquer la prison. On ne souhaitait pas non plus que la responsabilité de Pléiade Production soit engagée en cas d’incident.

Et justement, à propos de responsabilité, un problème supplémentaire semble avoir été évoqué lors du conseil municipal du 31 mai, qui a acté l'annulation du World Trance Festival. Le procès-verbal de ce dernier révèle un échange entre les membres de l’opposition et M. Dambrosio quant aux capacités de Pléiade Production à assurer le festival. La réponse de M. Dambrosio est assez étonnante :

Extrait du procès-verbal :

« Emile MOREAU (un élu de l'opposition, ndlr) indique qu’il est anormal de représenter cette convention [de location du site] car il y a quatre jours, on nous indiquait que la manifestation était annulée car ils ne trouvaient pas d’assureur. Ce n’est pas très professionnel !

Kevin DAMBROSIO répond qu’ils devaient assurer le spectacle et le public et que l’assurance du public posait problème. »

Or, Pléiade Production, société en charge de nombreux évènements, assure prendre soin de souscrire tous les ans une assurance à l’année couvrant l’intégralité de ses festivals et soirées.

Les incohérences s’additionnent lorsque l’on interroge l’adjoint au maire sur sa réponse lors du conseil municipal décisif : « Le problème est que, l’événement approchant, Pléiade Production commençait à sérieusement s’inquiéter car une décision trop tardive de la municipalité aurait compliqué les procédures administratives, entre autres en termes de responsabilité civile. Une convention de partenariat votée par le conseil et signée par le maire était nécessaire au déclenchement de toutes les procédures administratives. »

Sauf que les documents que nous a fournis Pléiade Production attestent bien de l’existence d’une assurance de ce type sur la période de mars 2016 à décembre prochain. Il n’a donc jamais été question de procédures administratives à déclencher de leur côté.

Sous couvert de menaces extérieures, il semblerait que les raisons de cette nouvelle annulation ne soient pas bien différentes de celles de l’an passé. D’après les responsables du World Trance Festival : « Il est de plus en plus difficile d'organiser dans le Sud de la France (ou même en France) des événements qui dépassent une jauge de 5 000 personnes. Trouver un terrain n'est pas compliqué ; trouver un terrain avec le maire qui vous suit et avec un préfet qui accepte le dossier est une autre paire de manches ».

Si les conséquences financières de l’annulation sont moins importantes cette année, les implications pour l’association restent non négligeables : «  Il a fallu licencier un membre de l'équipe, ce qui nous touche bien plus encore car nous sommes tous très proches. On se pose beaucoup de questions pour l'avenir de ce festival. Malgré nos belles soirées en parc d'expo, organiser un festival la tête dans les étoiles reste magique. Deux années de suite, c'est dur. Nous perdons de la crédibilité aux yeux de nos festivaliers qui nous suivent depuis quelques années et qui sont de plus en plus nombreux. »

Pour ne pas laisser les festivaliers en reste l’association World Trance organise une soirée gratuite à la Villa Rouge de Montpellier – le dimanche 3 juillet. Un système de dons sera mis en place pour ceux voulant apporter un soutien financier. On retrouvera certains artistes initialement prévus au festival : Neelix, Grouch, Durs. Et comme la passion de la musique ne s’arrête pas face aux murs dressés par la politique, World Trance annonce le lancement de son label avec comme première sortie un EP de Moontrackers