Depuis les années 50, le LSD est associé à la musique. Ce sujet intéresse d'ailleurs de nombreux musicothérapeutes. À l'Imperial College de Londres, Mendel Kaelen et son équipe de neuro-scientifiques se sont penchés sur les drogues psychédéliques en tentant de découvrir les valeurs thérapeutiques de ces dernières lorsqu'elles sont associées à certaines musiques bien précises. Ainsi, pendant plus de six mois, le chercheur britannique a construit une playlist qu'il a mixé lui-même. Il en partage aujourd'hui quelques morceaux et explique comment il les a sélectionnés.

Avant de poser une paire d'écouteurs sur les oreilles du premier venu sous LSD, Mendel s'est inspiré de la psychothérapie des années 60 pour dégager l'hypothèse suivante : “Les drogues psychédéliques améliorent-elles la sensibilité émotionnelle à la musique ?"

L'étude menée par la team de l'Imperial College consiste à regrouper dix personnes volontaires écoutant cinq morceaux dans deux situations différentes : un premier groupe de patients était sous l'effet du LSD tandis que les autres avaient ingéré un placebo. Mendel déclarait à Motherboard à quel point il est important que "la musique soit inconnue par le patient, sinon, il aura déjà plus ou moins vécu une expérience avec le morceau en question". Par la suite, le chercheur en neurosciences explique que "si la musique joue un rôle important pour quelconque méthode thérapeutique, nous devons nous poser les bonnes questions afin de faire avancer notre domaine et s'assurer d'une compréhension empirique du rôle de la musique".

Il était ensuite demandé aux patients de répondre à un questionnaire, sur lequel ils indiquaient à quel point ils ont été affectés par la musique et quels types d'émotion ils ont ressenti.

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"Les conclusions renforcent l'idée que la qualité et la signification de la musique s'intensifient sous l'effet de drogues psychédéliques", assure Mendel. Ce qui pourrait s'avérer utile d'un point de vue thérapeutique.

L'expérience des patients est une première conclusion intéressante mais Mendel et ses collègues ne sont pas arrêtés là. Comme la chercheuse Amanda Feilding l'a fait en début d'année 2016, l'équipe de Mendel a réalisé une imagerie par résonance magnétique (IRM) afin d'observer la relation entre le LSD et la musique au sein même du cerveau de l'homme. Cette deuxième étude, publiée dans l'European Neuropsychopharmacology, montre que, sous LSD, le flux d'informations entre l'hippocampe (la partie du cerveau liée à la mémoire) et le cortex visuel diminue. Par contre, lorsque l'on ajoute de la musique pendant un trip de LSD, la communication entre ces deux parties du cerveau ne cesse de croître. 

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Les surfaces en jaune représentent les connexions entre l'hippocampe et le cortex visuel. De gauche à droite : état normal, LSD avec musique, LSD sans musique, placebo avec musique.

Selon le scientifique britannique, "il arrive souvent que les gens voient des images très vives en ayant les yeux fermés. Ce n'est pas comme lorsque l'on regarde une image sur un écran. il s'agit là d'une véritable interaction personnelle avec l'image". 

"Au début, je pensais mettre principalement des morceaux de néo-classique puissants émotionnellement, très évocateurs. Puis, en tenant compte du challenge auxquels les patients faisaient face avec la présence d'un scanner IRM, j'ai fini par insérer des morceaux relaxants avec une atmosphère plus positive. Notamment plusieurs morceaux ambient de Robert Rich. Son travail avec Lisa Moskow, qui joue du sarode (instrument indien proche du sitar), me semble correspondre parfaitement au genre d'ambiance que je recherchais. C'est-à-dire une mélodie claire que les gens peuvent suivre facilement. Par ailleurs, le travail de cet homme est une des raisons pour laquelle je me suis intéressé aux effets de la musique dans mes recherches."

"J'ai construit ma playlist en fonction de l'expérience que l'on a avec la drogue : de la montée jusqu'au sommet puis la déchéance. Pour chaque phase différentes de la playlist, la musique doit accompagner un sentiment précis. Je ne peux pas prendre le risque de publier ma playlist intégrale car je compte la réutiliser. Et mes patients futurs ne doivent pas se familiariser avec la playlist sinon, les prochains résultats seront faussés", confie Mendel. Pour standardiser les données scientifiques, il avait fait le choix de passer la même playlist à tout le monde. Mais après son expérience, il en résulte qu'une playlist adaptée à chaque personne serait plus appropriée. Selon lui, "l'idéal serait d'établir un lien fort avec le patient pour pouvoir le connaître parfaitement et constituer une playlist en conséquence". À suivre.