Photo en Une : © Patrick Joust


Extrait d'un 'article paru dans TRAX#192 (Festivals de demain, mai 2016)

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Baltimore, entre les lignes

Scottie B-Lawrence (Keem Griffey)
©Keem Griffey

Au volant de sa nouvelle Hyundai Sonata (la dernière était trop abîmée par les routes défoncées), alors que l'autoradio crache du Travis Scott et du JPEGMAFIA, l'un des rappeurs en vogue de la ville, Lawrence se souvient de ces sales nuits d’insomnie.

“Ce n'était pas le chaos dans toute la ville, mais les émeutes étaient concentrées dans ce quartier, Penn North, où je vivais. Des hélicoptères survolaient ma maison toute la nuit, j'entendais les flics qui parlaient dans des talkies. Ça faisait flipper d'être entouré de Humvees et de mitraillettes, des trucs que tu ne vois que dans les jeux vidéo. Mon beau-père a un magasin dans la ville, je voulais aller l'aider à le fermer, mais la garde nationale bloquait les deux côtés de la rue avec des flingues et boucliers. Tu ne sais pas si tu peux traverser, tu te dis que tu peux te faire tirer dessus à n'importe quel moment.”

Baltimore (Patrick Joust)
© Patrick Joust

Pour lui, le soulèvement de l'an passé pendait au nez de la ville. “Il y a eu un million de Freddie Gray. La différence, c'est que son arrestation a été filmée. C'est la goutte qui a fait déborder le vase. Sa mort aura servi à réveiller les gens contre le système. Quand tu sors de chez toi, tu vois des maisons vides et tu dois éviter les seringues sur le chemin. Autant dire que tes journées commencent mal, tout le temps. C'est la réalité de beaucoup de gens ici. Comment tu veux qu'une personne réagisse dans cet environnement ? Il y a aussi un ras-le-bol autour de l'impunité des flics avec les Noirs. Ils font ce qu'ils veulent, ils sont partout, ils harcèlent.”

Baltimore (Patrick Joust)
© Patrick Joust

À Baltimore, tous les Blacks ont une histoire de flics à raconter. Lawrence reste marqué par sa première arrestation, à 13 ans, quand lui et ses copains, après avoir fait éclater des pétards, ont été alignés les mains sur la tête par des flics arrivés toutes sirènes hurlantes. Ici, les forces de l'ordre tuent des gens presque tous les jours. Chaque matin, deux ou trois faits divers sanglants émergent dans les pages du Baltimore Sun. “Hier soir, par exemple, la police a tué deux personnes. Pour nous, c'est super normal.” Les policiers se sentent tellement tout-puissants qu'ils se sont vexés l'an passé après les critiques autour de l'affaire Freddie Gray. En représailles, ils ont décidé d'arrêter de patrouiller les rues et de ne plus répondre aux appels d'urgence. Résultat : la ville a connu un record d'homicides (344 en 2015).

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Baltimore (Patrick Joust)
© Patrick Joust

En redescendant sur Inner Harbor, dans le centre-ville, où se tient le Light City Festival premier du nom, les lumières de la zone commerciale de la ville sont éblouissantes. On est loin de l'éclairage quasi absent de Penn North. Entre deux voiliers posés sur la rivière Patapsco, couples à poussette et touristes en goguette se pressent autour des concerts et autres spectacles de lumières. Sur le McKeldin Square adjacent, squatté en 2011 par les suiveurs du mouvement Occupy Wall Street, les rappeurs DevRock et Son of Nun donnent de la rime sur le beat de “Drop It Like It's Hot” de Snoop Dogg. Entre les punchlines se glissent une dédicace à Freddie Gray et la promo du mouvement LBS, Leaders of a Beautiful Struggle, un think tank qui tente de faire progresser les politiques publiques et de défendre les intérêts des Noirs dans la ville. [...]

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