Photo en Une : © Luc de Lagonterie

Les Allemands nous font rêver avec leurs fêtes dans des friches indutrielles, mais les Français ont également des arguments. C'est ce que se sont dit les organisateurs de Château-Perché, qui ont envoyé du pâté de licorne au château de Buzet, près de Vichy, pendant 24 heures les 16-17 avril. La déontologie m'oblige à vous dire que j'y étais booké pour un mix et une sorte de conférence sur le thème "Techno et engagement politique", mais je vais faire de mon mieux pour vous raconter quand même l'événement de façon objective.

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Cadre de rêve

L'arrivée sur le spot donnait le tournis, malgré un petit crachin qui a persisté pendant au moins la moitié de la fête. Imaginez un immense château Renaissance, avec donjons de conte de fées, terrasse à colonnades, couloirs interminables, salons de réception et jardin à la française. Et pour peupler tout ça, quelque 2000 teufeurs souvent déguisés et très excités d'être là, dont des Auvergnats, des Lyonnais et beaucoup de Parisiens en goguette dans le sillage du

Camion Bazar. Déjà, on se demandait comment le propriétaire avait pu accepter d'accueillir un tel barouf chez lui. "Le château, qui a longtemps appartenu à la famille Bourbon et où Henri IV est venu plusieurs fois, a été racheté par un Suisse il y a 18 ans", raconte Samy, l'un des organisateurs. "Il est aujourd'hui transformé en hôtel, mais il a longtemps accueilli de grandes réceptions et son propriétaire voulait renouer avec cette tradition. Il avait invité une soixantaine d'amis et de membres de la famille Bourbon, je l'ai croisé de temps en temps et il avait l'air de bien s'amuser."

Effectivement, depuis la salle-à-manger on distinguait à l'heure du dîner derrière une porte vitrée une assemblée de gens plus âgés, entre 50 et 60 ans, d'ailleurs encore plus lookés que la majorité des festivaliers...

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Un château en Fusion

Pour l'occasion, le château avait un petit air de Fusion, le fameux festival allemand, avec son énorme dragon métallique, son globe en forme de planète, ses nuages, ses mongolfières, ses boules à facettes, ses guirlandes multicolores et son nounours qui regardait la fête depuis un toit... "Nous sommes un collectif franco-allemand, explique Samy. J'ai passé un an à Berlin et, l'été dernier, on est allé à Fusion, Plötzlich am Meer et Wildemöre. Avec ma copine décoratrice, qui est berlinoise, on s'est inspiré du côté bois et récup de tous ces festivals.

On a eu la chance de trouver des planches, des meubles et des bibelots inutilisés qu'on a pu utiliser pour la déco. On était une vingtaine, plus quelques pros, à bosser pendant une semaine pour tout mettre en place. Il y avait les collectifs  l'Atelier Anthracite, Dove Perspicacius, Luftschloss et Léonard Condomina , nous étions une vingtaine, plus quelques pros, à bosser pendant une semaine pour tout mettre en place."

Franco-allemand

La programmation de Château-Perché comptait environ 80 artistes, dont une grosse vingtaine d'Allemands. Pas de stars, mais des artistes underground "qui font tout aussi bien et avec les tripes", comme le dit Samy, le tout avec l'aide de 150 bénévoles, ce qui a permis de proposer l'entrée à 40 euros, un tarif conséquent mais honnête au vu de ce qui était proposé. On n'a pas pu tout entendre de la programmation, qui allait de la deep house à la techno franchement appuyée, mais on se souviendra du ping pong entre Harri Bärd et Marius, deux jeunes Berlinois qui envoyaient une house d'after délicieusement ouatée, en lévitation sur des vagues flottantes à la Nathan Fake.

Le Secret Floor accueillait un certain Lady Shadow, tout de même très barbu pour un tel nom de scène, qui a joué une bonne house pendant une demi-douzaine d'heures. Le lyonnais Herr Bärchen nous a  également régalés dans la Grange avec un set de deep house délicate et confortable à souhait, avant de durcir le ton. Dans le Camion Bazar, qui bénéficiait d'une énorme sono au beau milieu de la Cour d'honneur, Romain Play ajoutait son habituelle touche de légèreté avec sa variété chamallow, dont son traditionnel Money for nothing de Dire Straits, et sa house funky curieusement moins scratchée qu'à l'ordinaire, tandis qu'Evyl nous a gratifié de bonnes séquences de house tribale.

Dans l'Orangerie, où nous n'avons jamais pu rester plus de cinq minutes d'affilée en raison de sa programmation techno trop appuyée pour nos tendres oreilles, tout le monde s'accordait à dire que Kobosil, du label Ostgut, avait tout déchiré. Nous avons également raté, en after sur la Terrasse, le duo Savaggio qui voyait Tom Upton jouer du violon au milieu des danseurs dans les interstices de la deep house minimale de son acolyte Simon Duprée aux platines, mais heureusement notre ami François Guichard a filmé la scène.

Le Cirque Électrique avait également délégué un groupe de rock avec batterie et beatbox enflammés, agrémenté d'un fakir et d'une stripteaseuse burlesque, mais j'étais en train de préparer mon mix. En marge de la programmation musicale, il y avait également quelques artistes qu'on a aussi manqués mais qu'on est content de citer pour souligner l'effort, en particulier un magicien et, dans une pièce où l'on ne pouvait rentrer que seul avec un appareil photo en prêt, un performer nu comme un ver qui adoptait la pose demandée, avant que le cliché obtenu ne soit exposé sur un mur.

Quelques couacs

Et puisqu'on est censé être aussi impartial que possible, on relèvera tout de même quelques erreurs de jeunesse : les toilettes sèches en nombre insuffisant et dans un état apocalyptique dès les premières heures de la fête, le manque d'eau en accès libre malgré les deux robinets mis en place par les organisateurs. Et surtout les vigiles qui empêchaient les gens partis faire un tour dans leur voiture de revenir dans le château après 11h30, soit presque trois heures avant la fermeture, mais il s'agissait apparemment d'un problème de communication.

Cela dit, rien de suffisant pour ternir ce festival organisé avec tant de cœur et de talent dans un site franchement hallucinant. La prochaine édition de Château-Perché aura lieu du 13 au 15 août dans un autre château d'Auvergne, on vous la conseille chaudement.