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“We are Europe !”

par Vincent Carry

“Pour les digital et european natives que nous sommes, la lecture quotidienne des médias prophétisant la fin du projet européen résonne comme un cauchemar de politique-fiction désormais ancré dans notre réalité, ou a minima dans le champ des possibles de notre avenir à court terme.

Miné par l’absence de vision, sacrifié sur l’autel du tout financier et de la supposée “technocratie”, étouffé par le manque de courage politique des dirigeants nationaux, attaqué par les populistes et réacs de tous crins, le rêve d’une Europe au destin commun, solidaire, unie, cohérente et ouverte sur le monde s’éloigne à grands pas.

“Combien Sonar, Time Warp, ADE ou Melt ont-ils fait bouger de jeunes européens sur ces vingt dernières années ?”

Pour notre génération, cette idée n’est ni supportable sur le plan philosophique, ni acceptable sur le plan politique. Elle est aussi à rebours de tout ce qui a fondé l’esprit de notre communauté musicale et culturelle électronique, indépendante, underground, à vocation universelle et fédératrice.

Depuis qu’elles sont apparues au monde à la fin des années 80, la techno et la house nation originelles ont constitué des moteurs surpuissants de la culture et de la mobilité européennes. À travers le maillage de ses clubs, de Berghain à Fabric, du Sub Club de Glasgow au Drugstore de Belgrade. À travers ses labels, ses médias, la figure de ses DJ’s globe-trotters, héros mobiles et téléportés d’une capitale européenne à l’autre, parfois au bord de l’ubiquité.

À travers ses festivals surtout ! Combien Sonar, Time Warp, ADE ou Melt – parmi quelques milliers de festivals – ont-ils fait bouger de jeunes européens sur ces vingt dernières années ? Quelques dizaines de millions. Combien d’artistes, combien de professionnels, d’agents, de journalistes, ont galopé sur le continent européen, à la poursuite de la musique électronique, cette fameuse “dernière grande épopée culturelle du XXe siècle” ?

“C’est en grande partie dans la diversité de notre continent qu’elle s’est épanouie.”

La génération Easyjet et Airbnb, celle du city break de 48 heures, ne va plus visiter Francfort, Lisbonne et Barcelone pour leurs cathédrales gothiques et leurs musées d’histoire naturelle, mais pour le Robert Johnson, le Lux ou le Nitsa. Nous sommes l’Europe ! L’Europe, c’est cette génération, née avec un passeport européen, Schengen et la disparition des frontières. La génération post-mur de Berlin.

En décembre dernier, nous avons lancé le projet We Are Europe avec Arty Farty. Un projet qui rassemble huit festivals européens, tous à l’initiative d’un forum ou d’un espace de réflexion prospectif sur le futur de la culture : Nuits sonores donc (avec European Lab) mais également Sonar à Barcelone, C/O Pop à Cologne, Reworks à Thessalonique, Insomnia à Tromso, Elevate à Graz, Resonate à Belgrade et TodaysArt à La Haye.

L’objectif de We Are Europe : précisément la valorisation de cette culture commune et la mise en avant de cette génération d’artistes et de porteurs de projets culturels européens. Car si la culture techno n’est pas née en Europe, c’est en grande partie dans la diversité de notre continent qu’elle s’est épanouie. L’Europe lui a donné sa légitimité culturelle et son histoire, loin de la dégénérescence EDM aujourd’hui omniprésente sur d’autres continents, de Coachella à Shanghai.”

Vincent Carry est directeur de l’association Arty Farty : festival Nuits sonores (Lyon, Tanger), forum European Lab (Lyon, Paris), conseil stratégique de la Gaîté lyrique (Paris), direction artistique du Sucre (Lyon), management d’artistes (dont Laurent Garnier), projets internationaux…