Photo en Une : © Minh-Son Nguyen


Mais bon Dieu, qu'est-ce qui leur a pris ? Fraîchement revenus de notre week-end pascal, nous découvrions avec un sourire béat une vidéo d'un jeune collectif messin, Sutter Event. Pour le dimanche de Pâques, près de 500 teufeurs ont investi la nef de la basilique Saint-Vincent entre 8h et 20h pour la troisième édition de la Metz électronique. Derrière des platines installées dans l'abside, une série de DJ's locaux et d'autres venus pour l'occasion depuis Strasbourg voire Nice, se sont succédé avec un seul mot sur les lèvres : techno. Les heureux élus ont ainsi pu profiter des performances musicales du collectif strasbourgeois Mercure (Robin Dupont, Halès, Itako), de Qatataq, Madar, du Niçois Mehdi C, ou encore Gaudens.

Affichant au compteur près de 200 000 vues en à peine plus de 72 heures, la vidéo de leurs exploits est très rapidement devenue virale, et il y a de quoi :

La Metz Electronique

Ici c'est Pâques By Sutter Event

Posted by Irenee Sutter on Sunday, March 27, 2016


Un acte profane ? Non, si l'on en croit l'historique du lieu : désacralisée en 2010 faute d'un nombre suffisant de fidèles, la basilique a vite été réhabilitée “en centre culturel accueillant des événements de mars à octobre”, raconte Hacène Lekadir, adjoint à la culture de la mairie de Metz, qui tient à préciser que c'est également le cas pour d'autres monuments patrimoniaux de la ville, “à l'image du couvent des Trinitaires, qui a d'ailleurs accueilli en décembre dernier la deuxième édition de la Metz électronique”.

Mais pourquoi ce mélange de religion et de musique ? “Ce n'est absolument pas l'essence du concept”, assure Irénée Sutter, à l'initiative de l'événement. Il explique que “le nom existe seulement grâce à un bon jeu de mots”, et que le couvent et la basilique constituaient simplement deux lieux insolites qui s'intégraient parfaitement au contexte. “La première édition a été organisée dans une maison d'étudiants”, précise-t-il. C'est en imaginant le potentiel scénique de la basilique que l'idée de transformer l'endroit en un temple éphémère de l'électronique a germé dans l'esprit d'Irénée : “On a vu qu'un groupe de rock s'était produit dans la basilique, alors on s'est dit : pourquoi pas nous ?”

La Metz Electronique (nef) ©Minh-Son NguyenAu premier plan, Irénée Sutter. © Minh-Son Nguyen

Lui, c'est un peu la tête pensante de l'opération. Président-fondateur d'une association d'événementiel portant son nom, Irénée Sutter a déposé les statuts il y a environ deux ans, quand il s'est lancé – avec d'autres – dans l'organisation d'une série de manifestations liées à la musique électronique. Entouré d'un solide noyau d'une dizaine de personnes et d'une trentaine de bénévoles, difficile de coller une étiquette sur ce jeune DJ et technophile convaincu, arborant fièrement la vingtaine, étudiant à l'Institut d'administration des entreprises (IAE) de Metz, mais aussi et surtout patron d'une marque de prêt-à-porter, Twenty-Too 22.

“De manière illégale, on ne l'aurait jamais fait”

Concernant le déroulement de cet improbable after diurne, Irénée assure que “tout s'est passé comme sur des roulettes”. “Il n'y a eu aucun dégât, ni aucune violence”, dégaine-t-il, avant de prendre un ton soudain plus mystique : “C'est comme si l'énergie du lieu pouvait à elle seule expliquer le bon déroulement de l'événement, tu me suis ?” Et d'enchaîner aussitôt sur une anecdote qui, selon lui, illustre parfaitement la magie du moment : “À la fin, vers 20 heures, il ne restait plus qu'une cinquantaine de personnes, et un groupe de musiciens jouant du didgeridoo est arrivé. Je les avais croisés quelques jours plus tôt en marchant dans la rue, et par instinct, je leur avais demandé de venir jouer lors de la Metz électronique. Ils sont venus et ça a été incroyable, on ne pouvait pas rêver d’une meilleure clôture. C’était un très bon coup de poker !”

Dijeridoo à la basilique

Posté par Irenee Sutter sur dimanche 27 mars 2016


Et qu'en pensent les badauds ? Un risque subsiste, celui qu'une telle manifestation en plein cœur d'un ancien lieu saint choque une frange de la communauté croyante. “Déjà, nous n'avons eu aucun retour de religieux haut placés. Autour de l'événement, je dirais que nous avons reçu environ 75 % de remarques positives, et le reste de négatives. Des croyants ont adoré, d’autres non, et c'est le même constat du côté de personnes athées. Dans tous les cas, ça a créé une polémique et c’est très bien. On veut faire bouger les lignes”, clame fièrement le jeune entrepreneur.

Même son de cloche du côté des élus locaux : “Il faut rappeler que l'événement a eu lieu en journée et non la nuit. Objectivement, ça s’est bien passé avec les riverains et avec le tissu associatif local. Nous avions anticipé les choses, en imposant la présence d’un nombre conséquent d'agents de sécurité, et à ce jour il n'y a eu aucune remarque négative”, fait entendre l'adjoint au maire Hacène Lekadir.

Irénée tient à souligner : “Le lieu de culte a été désacralisé, le bâtiment est public et classé monument historique, et pourtant il est presque laissé à l'abandon. Bouygues a même fait une offre pour le démolir ! Je pense qu'un projet comme le nôtre est bon pour la basilique, et la ville est très sensible à ce genre d'idées.”

La Metz Electronique - Mehdi C ©Minh-Son Nguyen
Mehdi C aka Maudit célébrant l'office de la Metz électronique. © Minh-Son Nguyen

La suite ? La fibre entrepreneuriale transpire chez ce jeune Messin, qui voit les choses en grand : “En juin, nous devions normalement organiser une nouvelle édition de la Metz électronique. Mais grâce au buzz médiatique dont a bénéficié la soirée de dimanche, on va peut-être essayer de voir plus gros et de lancer un festival sur trois jours autour de la basilique Saint-Vincent. Avec des musiques électroniques, bien sûr, mais pas seulement. On pourrait même imaginer prendre contact avec des associations de soutien du lieu, et leur reverser une partie des bénéfices, afin de restaurer et réhabiliter ce lieu absolument magnifique.”

Des projets qui concordent avec la volonté des édiles d'intensifier le rayonnement culturel de la ville. “Metz est engagée dans une politique de fond visant à se démarquer comme la ville des musiques et des arts, dont font partie des initiatives comme le Centre Pompidou, le TCRM Blida (une friche industrielle convertie en laboratoire de start-up artistiques et numériques), ou encore le festival Ondes messines, qui allie musique et numérique et qui se déroulera en juin prochain”, explique Hacène Lekadir. “Nous voyons d'un bon œil les initiatives comme celles de Sutter Event, puisque les dernières éditions se sont très bien déroulées. Il n'y a aucune contre-indication à ce qu'ils réutilisent la basilique Saint-Vincent à une date ultérieure.”