L'année dernière, la Red Bull Music Academy nous invitait à Strasbourg pour trois nuits de fête au Rafiot en compagnie de Juan Atkins, Jeremy Underground, Detroit Swindle, Âme ou encore Robert Owens... Cette année, après un passage à Lyon avec Pional, Superpitcher ou Barnt, la marque au taureau donnait les derniers rendez-vous événementiels de sa tournée d'inscription aux Toulousains et Montpelliérains.

Et c'est par une conférence de l'un des poulains du Club Cheval, Canblaster, conduite par DJ Slow, ancien élève de l'Académie et fondateur de Pelican Fly, que l'on attaque ce marathon. Aux Salons de la Compagnie du centre-ville de Toulouse, le garçon derrière ses lunettes et ses longs cheveux foncés paraît d'abord timide, mais une fois le micro allumé et la première question de Slow posée, Canblaster s'éveille, ravi de pouvoir partager sa passion pour la musique électronique qui, sur deux heures, l'a rendu bavard et lui aura même inspiré, en guise de conclusion, un beat fabriqué en direct qui aurait pu rendre jaloux Plastikman.

Canblaster & DJ Slow Red Bull Music Academy

Après un excellent magret de canard englouti, direction le Bikini, meilleure salle de concert/club installé en périphérie de la Ville rose. Nous n'avons pas encore pénétré à l'intérieur de la salle que c'est déjà une claque : long bar extérieur, baby-foot, palmiers, piscine et barbecue (qui, pour les deux derniers, ouvriront quand il fera meilleur, hein) sont nos premiers hôtes. Décidément Toulouse, tu nous gâtes. Mais le meilleur est à venir.

Red Bull Music Academy

Toulouse : tomber des nues au Bikini

Une fois devant la scène, c'est une immense fille qui nous reçoit. Entourée de deux musiciens, Sevdaliza, ancienne élève de la RBMA (et ancienne joueuse de basket professionnelle, nous glisse-t-on à l'oreille), se déhanche d'une manière mystique sur un R&B vaudou à la FKA twigs et fait résonner sa puissante voix dans chaque recoin de l'immense salle via un sound-system d'une rare qualité.

Red Bull Music Academy

C'est Romare qui prend la suite – on l'avoue, l'artiste que l'on attendait avec le plus d'impatience. Et nous ne sommes pas déçus : le Britannique, qui a signé l'un des meilleurs albums de l'année dernière transpire derrière ses machines (que l'on ne distingue malheureusement pas beaucoup), habité par le plaisir de rejouer en live ce formidable disque qu'il tord, triture, allonge ou sample, pour un résultat à la hauteur de nos espérances (et pourtant la barre était haute).

Projections se prend un surprenant coup de lifting façon 4x4 housy downtempo teintée d'africanisme, qui se termine en post-dubstep (son premier amour) avec l'un de ses premiers et meilleurs titres "Down The Line". Moment de grâce : quand Romare sort sa guitare sous les applaudissements – une grande première nous avouera-t-il après – pour un solo réservé, trop craintif encore pour atteindre le bord de l'avant-scène (il s'arrêtera à mi-chemin, intimidé).

Red Bull Music Academy

Après l'avoir vu en live pour la millième fois au moins depuis son album, le Français Superpoze prendra ensuite les platines pour un DJ set en forme de discours à propos de ses nombreuses influences. On y entend du Bonobo, du Jamie xx remixé par John Talabot ou le toujours excellent "Doin Ya Thang" d'Oliver S joué au ralenti, le tout raccroché par une utilisation régulière de la réverbe inspirée de la technique de Floating Points. La soirée se termine dans une catharsis générale avec le B2B à mille à l'heure de Canblaster et DJ Slow qui n'hésitent pas à conclure avec du Rihanna.

Superpoze Red Bull Music Academy © Jacob Khrist

Red Bull Music Academy

Montpellier : entre grandeur et déception

Pas de repos pour les braves. Vendredi, nous arrivons sous le soleil à Montpellier, frais (ou presque) pour la conférence de l'artiste français Ivan Smagghe. DJ hors pair, fondateur de Kill The DJ et des Disques de la mort, animateur de la fameuse émission Test sur Radio Nova et vendeur chez le disquaire Rough Trade, Ivan Smagghe fait partie de ces artistes qui vous bousculent par leur évident génie artistique mais qui semblent n'y accorder aucune importance. Impossible, pendant sa passionnante conférence de deux heures, de ne pas desceller une certaine mélancolie – au mieux –, et une lassitude – au pire – vis-à-vis de la musique. Ce qui a donné lieu à quelques bonnes punchlines bien senties :

Red Bull Music Academy © Jacob Khrist

Le soir venu, avant son passage tardif que nous attendions avidement, le Rockstore se remplit devant le bon set nu-disco de Clément Aswefall puis le live de l'ancienne élève de la RBMA et Berlinoise d'adoption rRoxymore. La jeune fille, déjà passée par le Panorama Bar, y sert une techno mentale minimaliste qui a presque tout pour séduire (originalité des textures, solides rythmiques à la Villalobos...) mais qui, dans un live, manque encore de fluidité et de liant entre les morceaux/phases. DJ Koze, à la suite, n'arrange pas non plus l'affaire avec un set globalement décevant par son manque de finesse et d'exigence, soumettant aux Montpelliérains une house équipée d'un peu trop de vocals pop. Ce n'est pas grave, les magnifiques lights spécialement ramenées par Red Bull font le travail.

Red Bull Music Academy © Jacob Khrist

Smagghe arrive aux platines et, soulagement, il reste dans une veine musicale "club". Les plus avertis savent qu'un set d'Ivan Smagghe, c'est comme aller en after : on ne sait jamais comment ça va se passer. Et ici, miracle, nous assistons à un set d'une rare perfection. Calme, remuant légèrement le bassin d'avant en arrière, il effleure les boutons de la table de mixage et de ses trois platines sans rater une seule transition. Impossible de savoir quand arrive ou termine un track, il y a constamment deux platines qui tournent ensemble. Question effet, aucun. Aucune fioriture avec lui, à l'ancienne. On croirait voir un chaman, comme Villalobos mais en bien moins clinquant et terriblement plus disco. Les disques qu'ils jouent ont tous "le truc" qui vous agrippe au dancefloor. Des disques rares qui font échouer notre Shazam, s'inscrivant dans un style qu'on pourrait qualifier de dark nu-disco ou "psyché froid". Soudain, l'application s'active finalement et trouve un remix de Red Axes. Nos yeux louchent sur la montre, il est temps de rentrer.