“De plus en plus d’artistes, VJ's ou DJ's, affichent une volonté de jouer avec la notion d'espace en club”, explique Ana Ascencio, programmatrice du Mapping Festival de Genève, une manifestation internationale pionnière en matière d’innovation artistique dans le milieu des musiques électroniques. “Les gens n'ont plus envie d'être uniquement enfermés dans une salle obscure et d'être seulement stimulés par la musique. On voit se développer de nouvelles scénographies qui permettent d'habiller un espace et, si ce n'est de créer une immersion complète, en tout cas de dépasser le format club traditionnel.”


1/ “Spreads” par Dudley Smith et Nikitch

Plus qu’une installation scénographique, “Spreads” est un environnement visuel à part entière. Les DJ's et VJ's sont à l’intérieur d’une structure lumineuse hexagonale, composée de montants tapissés de LED synchronisées avec la musique. Créée par Dudley Smith (VJ) et du lyonnais Nikitch (son), cette installation travaille sur l’union synesthésique entre la lumière et le son. Pour Dudley Smith, “quand on comprend que la vidéo est avant tout de la lumière, tout devient possible. Avec les technologies LED, on peut la projeter sur le public, sur soi, jouer avec les couleurs et les ambiances sans la contrainte d’un support de projection. C’est de cette envie qu’est née Spreads.”


2/ “OX” par Romain Tardy/The Absolut Company Creation

Cette très belle installation cinétique est réalisée par l’artiste visuel Romain Tardy, en collaboration avec Tetro, le pôle créatif de l’agence Tetro (Lyon/Paris), pour The Absolut Company Creation. Elle a vu sa première présentation au mythique Ubu de Rennes en janvier dernier. Installation intelligente, OX est une structure modulable mêlant projections vidéo, bras robotisés et LED, asservis à un programme sensible qui analyse l’ambiance de la musique (enjouée, énergique, ou au contraire mélancolique) pour créer sa propre scénographie de façon totalement autonome : “L’idée était de ne pas forcément visualiser immédiatement la musique (à l’inverse d’une réaction immédiate du type EQ, où l’on relie des fréquences à un effet A, B ou C), mais d’essayer d’en extraire des émotions en allant vers quelque chose de plus profond. Une vraie analyse de la musique qui permette au programme de composer son propre tableau lumière et image”, explique Romain Tardy. Installation light “vivante”, OX accompagne les plus grands, d’Agoria à Sven Väth en passant par Vitalic ou Soul Clap (plus d'artistes ici).

OX sera présentée le 22 avril à l’Envers Club de Nancy, le 4 mai aux Nuits Sonores de Lyon (Le Sucre) et sur une dizaine de dates courant 2016. Toutes les informations sur le site officiel et sur Facebook.

OX absolut
© Andrea Aubert


3/ “Wings” et “Death Stars” par AV Exciters

AV Exciters - WINGS // Kinetic Sculpture from AVExciters on Vimeo.

AV Exciters est un collectif strasbourgeois qui existe depuis quatre ans. Composé d’un architecte, d’un VJ et de deux graphistes, le groupe (aujourd’hui une SARL) est actif en festival, en club et sur certaines manifestations d’arts numériques. Avec “Wings” et son pendant géant “Wings XXL” (présenté à Marsatac en septembre dernier), AV Exciters propose un environnement modulable bluffant à l’ambiance SF. Les “ailes” articulées et couvertes de LED colorées sont synchronisées sur le son. Pour “Death Stars”, le collectif alsacien innove encore en présentant une sphère géodésique de 6 mètres de diamètre suspendue au-dessus du DJ, sur laquelle sont projetés des light, du mapping, des stroboscopes. Pour Jérémie, fondateur d’AV Exciters, “ce type de dispositif prouve qu’aujourd’hui, les arts numériques s'immiscent dans les teufs”.

AV Exciters Death Star
“Death Star” par AV Exciters


4/ “Constellation 2.0” par Adrien Boulanger et Yon Aliaga. Projection par Mika Ventura (Studio Corium/Staminart, Lyon)

Présentée à l’occasion de la troisième édition du Mirage Festival de Lyon (le célèbre festival d’art numérique), “Constellation 2.0” est une version augmentée d’un projet réalisé un an auparavant pour le ZOO, le club de l’Usine de Genève. Il constitue l’archétype des nouvelles techniques de scénographie modulaire proposées aujourd’hui pour les espaces réservés à l’événementiel, clubs et festivals. L’installation lumineuse destinée à habiller le rooftop du Sucre à Lyon ce soir-là est un mélange de LED (plus de 60) et projections vidéos sur une structure en bois et sangles. Elle permet une immersion totale fascinante pour les danseurs, et sa légèreté rend son montage et démontage faciles. Un parfait mix entre efficacité et grâce.


5/ “Light Cubes” et “Sugar Cubes” par Symmetry Labs aka Alexander Green

Lightcubes (Origins) from Alexander Green on Vimeo.

“Light Cubes” ou (“Sugar Cubes”, selon la configuration choisie) est une sculpture cubique modulable qui combine habilement modélisation 3D et matrice à base de LED, destinée à de vastes scénographies variables en concordance avec la musique. Créées par l’artiste plasticien et numérique anglais Alexander Green au sein de la société Symmetry Labs, ces structures peuvent habiller un spectacle vivant (danse, concert) autant qu’animer un évènement, un club ou un festival. “Light Cubes” a déjà magnifié les live de Bonobo, notamment au festival Midway de San Francisco en 2015. Quant à “Sugar Cubes”, elle apparaît sous différents angles dans le très beau clip de “Generate”, signé par le producteur et DJ suédois Eric Prydz.

Sugar Cubes @ Heron Arts from Alexander Green on Vimeo.


6/ “Deep Web” et “GRID” par Robert Henke (aka Monolake) et Christopher Bauder

Deep Web : développée par le producteur et développeur allemand Robert Henke (Monolake) ainsi que l’artiste Christopher Bauder pour la Fête des Lumières de Lyon en 2015, “Deep Web” (en co-production avec l'agence Tetro) est une spectaculaire installation de douze lasers de haute précision et d'une cartographie de 175 ballons en mouvement gonflés à l’hélium. Elle permet de composer différentes sculptures tridimensionnelles à base de lignes et de points flottants dans l'espace au-dessus du public. La chorégraphie est synchronisée sur une partition musicale lue sur huit canaux surround. L’ensemble, qui prend son inspiration dans la philosophie du Net avec ses éléments apparemment disparates et pourtant liés, est un des exemples de la renaissance de la technologie laser et de son esthétique dans les clubs.

Plus d'infos ici

“GRID” est une installation cinétique (qui fait appel au mouvement) pour performance audiovisuelle, également développée par le duo Robert Henke (Monolake) et Christopher Bauer pour l’agence Tetro. Présentée pour la première fois à la Fête des Lumières de Lyon en 2013, “GRID” se compose d’une structure de 50 triangles motorisés dont les tiges sont recouvertes de LED ; l’ensemble couvrant près de 200 mètres carrés. En situation, “GRID” plane au-dessus des spectateurs, ses triangles changeant constamment de position et de couleur en réponse directe à la musique jouée en live. Chaque son déclenche une impulsion visuelle et produit des altérations et des mouvements de “GRID”. Pour Robert Henke, interrogé par le magazine Wired, “GRID est une façon de questionner la relation entre la nature et la technologie. Commencée comme une simulation 3D sur ordinateur, elle a évolué vers une installation massive presque vivante. Ici, les objets et les surfaces générés par ordinateur ont une réalité dans l'espace physique”.


7/ “La Pyramide” par Minuit Une

Minuit Une est une jeune start-up parisienne qui propose “des solutions scénographiques immersives, design et inédites” en mixant nouvelles technologies et arts visuels. Parmi leurs prestations les plus fameuses, on trouve “La Pyramide”, un produit commercialisé mêlant technologie lasers et synesthésie son et lumière. La spécificité de “La Pyramide” vient, comme son nom l’indique, de ses fins projecteurs lasers utilisant la technologie lumière à 360° qui la diffusent de façon à pouvoir habiller n’importe quel espace pour une expérience immersive. L’ensemble, léger et entièrement modulable, permet d’associer plusieurs pyramides synchronisées, laissant la liberté de créer des configurations originales et, surtout, d’organiser l’espace selon de multiples points de vue en jouant sur les angles de projection. Parmi les heureux élus qui ont eu la chance de tester “La Pyramide”, on retrouve Jeff Mills, Nina Kraviz, Sven Väth ou Tale of Us. Pas mal !


8/ La scénographie du dernier Peacock Society Festival (édition hiver) par Franz & Fritz

Franz & Fritz @ Peacock Society

En matière de scénographie, l’édition hivernale du Peacock Society Festival à Paris en a laissé plus d’un bouche bée, et cela sans parler des sets de Danny Daze, Daniel Avery, Andrew Weatherall, Daphni, Rrose, Motor City Drum Ensemble, Zombie Zombie ou encore Clara 3000. On doit ce travail lumineux à l’agence française Franz & Fritz, également un temps derrière les lumières du live de Gesaffelstein, The Do, SebastiAn ou The Hacker. Douches lumineuses, géométrie de tubes fluorescents, panneaux de LED en mouvement, Franz & Fritz ont offert un déferlement de lumières non-stop, inventives et innovantes. Chapeau.

Franz & Fritz @ Peacock Society

Franz & Fritz @ Peacock Society

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9/ “Sonik Cube” par Pierre et Joël Rodière (Trafik)

Le “Sonik Cube” est un dispositif multimédia participatif réalisé par le bureau Trafik, fruit de l’imagination de Pierre et Joël Rodière. Ces deux frères autoproclamés light art designers, utilisent la lumière pour transformer l’architecture urbaine, mais aussi les galeries d’art ou les festivals. Issu d’une collaboration entre Trafik, le Centre national de la création musicale de Lyon (Grame) et l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de la même ville (ENSBA), le “Sonik Cube”, surnommé “lampe sonore” par ses créateurs, se compose de multiples micros qui captent les interactions sonores du public et les retransmettent par le biais de jeux de couleurs sur les parois du cube.


10/ “Kontakt” par RDV Collectif

“Kontakt” est une installation monumentale réalisée par le collectif lyonnais RDV. À propos de “Kontakt”, Nicolas Paolozzi, cofondateur et concepteur, explique : “Avec cette pièce, nous nous rapprochons d’installations architecturales. C’est une structure robotisée, à base de LED, très lourde et très haute (3 tonnes, 6 mètres de haut). Cela nécessite plusieurs bureaux de contrôle, près d’une quinzaine de personnes, etc. Nous cherchons à développer une dimension immersive, différente de ce que nous vivons en soirée. Nous manions aussi d’autres temporalités. Il ne s’agit plus d’envoyer pendant cinq heures pour un public qui ne se concentre que sur la musique, mais de proposer une autre approche, plus artistique.”