Quand les premières Drøm ont secoué Paris, le retour de la rave en warehouse s’annonçait sous ses meilleurs jours. Près d’un an plus tard, la Drøm, devenue Off après une sombre histoire de propriété du nom, essuie un bilan moins brillant : un grave accident regrettable, une sécurité qui n'a su empêcher des vols d'objets aux vestiaires comme dans la foule, des murs qui dépeignent sur les vêtements...

En quelques mois, Off a connu plusieurs ratés qui ont déçu, ici et là, les jeunes raveurs. Pourtant, grâce à la fréquence de leurs soirées, à l’originalité de leurs différents lieux et line up, techno, très pointus, les Off ont su imposer leur style, un style warehouse à la dure.

Retour au squat

Elles étaient de retour à l’Atmosfaire samedi dernier, ce squat 2.0 situé à Saint-Ouen. Seule la salle du bas était disponible cette fois. En cause, des démêlés juridiques au terme desquels la mairie de Saint-Ouen a imposé ses conditions.

En arrivant au hangar, on retrouve ce lieu empreint de bonnes énergies, à l’image du nouvel underground parisien. Venu tôt, c'était là l'erreur. Les cinq premières heures de la soirée ont été dures. Être accueilli par les performances de Samuel Kerridge et Lakker n’était pas une mince affaire. Leurs lives expérimentaux, très techniques, sont arrivés trop tôt, alors que la foule, elle, semblait être prête à en découdre avec le dancefloor. Les moins motivés n’ont pas attendus, direction les vestiaires.

Ne dansant pas, donc, on observe. Après 20€ déboursés à l'entrée, seuls quelques canapés et spots rouges de MJC font le décor. Il y fait sombre, trop sombre, et ce même aux platines, où aucun light-show n’est assuré. Par contre, ici on laisse couler l’eau du tuyau d'arrosage (faute de vrais robinets d'eau) en continu. Et ce pendant plus de dix heures.

L'ensemble déçoit, surtout lorsqu'on se rappelle le travail visuel assuré par certains collectifs pour des prix bien moins élevés. On soupçonne même un certain mépris pour le public lorsque des danseurs arrivés tardivement se retrouvent bloqués devant la grille, munis de leur ticket, face à un vigile qui ne les laisse pas entrer.

Les plus courageux, après avoir traversé la tempête de saturation expérimentale, ont pu rejoindre Eomac et réanimer leurs corps avec des beats insolents et des mélodies planantes. Le kick réapparait peu à peu, réveillant muscles et oreilles.

Il est 7 heures du matin et Ontal partage sa géniale folie serbe avec les survivants et les nouveaux arrivants. Sans concession, il impose une techno post-apocalyptique aux rythmiques agressives et aux textures craquées. La tension redescend d’un cheveu avec Endlec, qui joue à maintenir les corps tout en fluidité pendant quatre longues heures. Du très méchant donc, du groove excitant, mais il aura fallu patienter jusqu'à 5 heures du mat'.

Quand on évoque les Off, les mots "meilleurs fêtes warehouse de Paris" sortent rapidement. Après tout, l’ambiance y est folle, les hangars toujours bien choisis, les programmations aussi. Pourtant, sur bien des points, un drôle de sentiment que ces fêtes semblent jouer avec les codes de l’underground sans, souvent, en respecter les règles, ne nous quitte pas.

Certains collectifs — moins en vue et plus en phase avec leur public — pourraient d'ailleurs largement leur faire de l'ombre (Possession, Fée Croquer, Parallèle...). Ces tarifs élevés exigent une autre prestation, et il est peut-être temps de le rappeler.