On l’a dit, écrit, crié : la techno et ses variantes se sont aujourd’hui imposées partout – ou presque – comme la musique de la jeunesse. Festivals démesurés aux États-Unis, DJ’s superstars, films en série, drague intensive des marques, renaissance des pionniers et bourgeonnement d’une myriade de nouveaux artistes, apparitions ici de dizaines de nouveaux clubs, là d’une flopée de fêtes sauvages, la techno envahit tout, remplit même des Zénith, avec la bénédiction (encore fragile et irrégulière, chacun son rythme) des pouvoirs publics. Et partout, à la fois moteur et chambre d’écho du phénomène, le public, vous, nous, remplissant les salles, créant des groupes Facebook, des chaînes YouTube, des labels, devenant DJ's, producteurs, organisateurs, médias, à leur tour.

Comme toute niche underground devenue culture de masse, voilà la techno conquérant de nouveaux espaces. Le Louvre voit le pionnier du genre Jeff Mills (notre couverture du mois dernier) s’acoquiner avec pianiste classique, écrivain ou y réaliser un film, les projets hybrides d’expérimentations sonores et visuelles écrivent nos futurs proches, et la musique elle-même sort des gonds traditionnels pour imposer des sonorités inédites. Mais pour le danseur noctambule, il s’agit de conserver ce désir d’underground, d’exception, de braver les interdits, mais aussi de s’évader du monde. Or, si passer une nuit épileptique dans un club moite, en transe d’un mix assourdissant, pouvait sembler subversif il y a encore peu de temps, voilà que la chose est devenue des plus banales. L’affligé « Putain, j’ai croisé un pote de collège hier au Rex » est maintenant lieu commun. Le monde, tout le monde, a envahi le dancefloor.

Quoi de plus normal alors que de voir s’allumer ici et là les feux sauvages de tribus qui se veulent insoumises. Des cohortes quittent désormais les boulevards pour se perdre entre les entrepôts lugubres de zones industrielles impersonnelles et rejoindre des raves aux slogans et concepts chaque fois renouvelés (p.38). D’autres, plus expérimentés, ont détourné les codes et proposent l’alternative : la couleur, le prix libre, la poilade et la fête ensemble (p.54). Vrai que ça change ! Ailleurs encore, on investit les champs des free parties pour y déclamer le droit de tous, initiés ou non, amateur de hardtek comme de minimale, à festoyer les pieds dans la boue (p.45). La rave revient comme une nécessité, pour retrouver ce besoin d’évasion primordial. Alors même si l’on sait qu’il est peut-être déjà trop tard et que quelque chose a changé, qu’il y a déjà dans l’air comme un parfum d’artificiel, de calculé, et – pire ! – « d’accessible », reste ce sentiment inexpugnable que la culture techno trouvera toujours, après, une nouvelle façon de clamer sa différence.


SOMMAIRE CHOISI DU TRAX #189

P.03 : PHOTO DU MOIS

Et si la disparition majeure de ce début d’année était celle d’un véritable pionnier des musiques électroniques, Pierre Boulez, qui n’a eu de cesse de clamer toute sa vie : “Faites, agissez, surtout ne reproduisez pas” ?

P.14 : COURRIER INTERNATIONAL

Pékin, Barcelone, Detroit, Berlin, Mexico, Rome… Les correspondants internationaux de Trax nous font humer l’air de leur ville. Ce mois-ci, les Français de Montréal qui font pousser de la techno au Québec, et la plume électronique du Guardian anglais, Joe Muggs, qui nous invite dans ces nouveaux salons d’écoute électronique.

 

P.16 : BLOT JOB

Comme chaque mois, David Blot, co-fondateur des soirées Respect du Queen, aujourd’hui animateur de l’émission Nova Club (toute la semaine de 19h30 à 21h sur Radio Nova) laisse parler son cœur, ou son corps. En février, c’est l’art du timing d’un David Bowie qui aura mis en scène sa vie jusqu’à sa mort, qui inspire sa chronique.

 

P.18 : FAIRE LA FÊTE, C’EST LA SANTÉ

Oui il est possible de prendre soin de soi tout en faisant des nuits blanches devant les enceintes. Rencontre avec une nutritionniste noctambule qui nous dit quoi manger et boire avant, pendant et après la fête.

 

P.22 : STORYTELLING

Le smiley, emblème des raves ? Bien avant ce fut surtout un symbole hippie et... des comics américains et anglais. Toujours tout sourire.

Trax #189

P.32 : LE GRAND REPORTAGE : LISBONNE

À Lisbonne, il fait trop chaud pour aller en studio ou en club. Peu de techno ou de house donc, la suite du kuduro des Buraka Som Sistema ? Le zouk bass. On est parti voir ce que ça donne dans les rues de la ville.

 

P.40 ENQUÊTE : 2016, RETOUR AU PAYS DES RAVES

L’enquête du mois investit les hangars et gigantesques entrepôts de la région parisienne où se réunissent chaque week-end des dizaines de milliers de jeunes technoïdes, accros à une techno dur, aux lieux désaffectés et à un sentiment de liberté… encadrée. À l’instar des raves des 90’s ?

 

P.46 : LA GRANDE INTERVIEW : DAVE CLARKE

Discussion sans concession avec le Baron des raves anglaises. Alors, c’était vraiment mieux avant ? Pas si sûr.

 

P.54 : REPORTAGE : OTTO10

Et si une bonne fête, c’était avant tout pouvoir s’y amuser comme des gosses ? Plongée dans le grand terrier du collectif Otto10 qui font passer l’humour, l’amour et un brin de folie, avant tout le reste. Avec un succès grandissant.

 

P.58 : PORTRAIT : MASK GRAVOS, TEUFEUR EN CAMION

Comme beaucoup, Mask a choisi la route pour exprimer sa passion pour la techno et son besoin de libertés. On s’est arrêté un moment avec lui pour comprendre le pourquoi, et aussi le comment, avec de bons conseils pour partir vivre en camtar.

 

P.64 : PORTFOLIO : LA RAVE FANTÔME

Gabriel de la Chapelle est revenu de ses séjours au Burning Man avec d’étranges visions fantomatiques, pleines de poésie.

Trax #189 

P.68 : ENQUÊTE : LES HACKLABS DE FRANCE    

Ces discrets cercles de geeks sculpteurs, musiciens, et anarchistes pourraient bien travailler à notre futur à tous. Un futur éminemment technologique.

P.72 : UNE MACHINE, UNE HISTOIRE : LA ROLAND TB-303

Histoire d’un fiasco industriel qui se transforme en occase en or pour l’acid house et techno.

 

P.74 : LE JOUR OÙ… A ÉTÉ INVENTÉ LE MAXI

Ou comment un heureux accident transforma le vinyle grand format en machine à tubes disco, house, techno… Merci qui ? Merci Tom Moulton.

 

P.76 : DANSE : LE VOGUING

Derrière cette danse que tout le monde découvre aujourd’hui, des histoires individuelles où s’exprime, par le voguing, un besoin de clamer son jeu des genres, et de sa sexualité. Rencontres au pluriel.

Trax #189 

P.82 : CHRONIQUES, ETC.

Les chroniques subissent un profond lifting ce mois-ci : des longues reviews par de belles plumes, et un jeu de mots-clés pour savoir avec qui, quand et où écouter un disque, et avec quoi le mixer.

 

P.99 : LA DERNIÈRE FOIS DE… TRICKY

Vous voulez savoir à quoi ressemblait la dernière baston, la dernière défonce ou partie de jambes en l’air de Tricky ? C’est à la dernière page du mag.

Trax #189


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