Par Arnaud Wyart

Adapté du roman Quand on rêvait de Clemens Meyer, Le Temps des rêves se focalise sur les aventures d'une bande de cinq amis d'enfance, qui, après avoir connu la rigueur du régime communiste, se retrouvent livrés à eux-mêmes : vols de voiture, courses-poursuites et bastons avec des skinheads, trafics, allers-retours au commissariat. Andreas Dresen dresse le portrait sombre d'une jeunesse totalement perdue face au processus de réunification allemande au début des 90's. Un sentiment de désillusion que le cinéaste, âgé de 53 ans, a lui aussi vécu. Mais toute une génération va trouver dans la techno un exutoire à ses angoisses existentielles.« L'atmosphère qui régnait dans la ville était vraiment spéciale et tout nous semblait possible, se souvient-il. Mais nous avons aussi compris que pour aller vers plus de liberté, il fallait accepter des règles. C'était une forme de contradiction pour nous. D'un côté, le monde semblait ouvert. Et de l'autre, de nouvelles règles apparaissaient. Celles de l'Ouest, économiques et sociales. C'est pour cette raison que beaucoup de jeunes gens ont voulu s'échapper de cette réalité. C'était donc un moment parfait pour l'émergence de la techno et de cette nouvelle culture. Elle ouvrait une porte vers d'autres mondes, notamment grâce à ce rythme répétitif et cet état de transe dans lequel elle t'embarquait. »

L'axe Detroit-Berlin


Berlin a été la première ville européenne à comprendre le son techno provenant de Detroit (et d'ailleurs). Pour Andreas Dresen, la connexion est évidente, car après la chute du mur, Berlin a connu elle aussi une rupture industrielle (à Detroit, c'était effondrement de l'industrie automobile). « Les gens ne savaient pas du tout ce qui allait se passer. Le contexte social était terrible et la techno est vite devenue un mouvement important à Berlin-Est. » De nombreuses scènes du film dévoilent ainsi l'ambiance incroyable de lieux comme le Tresor ou le Bunker à l'époque. Des clubs bien souvent illégaux et généralement situés dans des immeubles insalubres. Un univers idéal pour s'abandonner, assez loin de ce que sont devenus le Panorama Bar et le Berghain, même si, pour Andreas Dresen, la scène techno Berlinoise reste underground et créative. « Il suffit de trouver les bons endroits. »Le cinéaste voulait, avec ce film, montrer aux plus jeunes spectateurs le contexte social dans lequel la techno allemande est née. « La plupart des clubbeurs qui viennent ici sont des touristes et tout cela n'a plus rien a voir avec les débuts. Parce qu'aujourd'hui, nous avons la chance d'être libres. Mais il est important de comprendre d'où vient cette musique. Ce n'est pas anodin. Le mouvement techno, ce n'est pas simplement faire la fête tout le temps. Évidemment, à Berlin, tu peux commencer le vendredi après-midi et finir le lundi matin. Mais la base de ce mouvement, c'était vraiment une déclaration contre la société. »

Quelques tracks entendus dans le film :

Frankie Lymon & The Teenagers - Why Do Fools Fall in Love
G.B.H - No Survivors
Dave Clarke - Wisdom To The Wise
Jeff Mills - The Bells
Josh Wink - Higher State of Consciousness
Marusha - Rave Channel
Moderat – A New Error
Ramirez - La Musica Tremenda
Roxette - Spending My Time
Underground Resistance - The Seawolf

A écouter ici.