Photo en Une : Peugeot Fractal

Quand nous l'avions rencontré il y a quelques mois, Amon Tobin nous avait parlé d'une collaboration secrète avec un constructeur automobile français. Le voile a finalement été levé en septembre, avec l'annonce du Fractal, un concept car Peugeot-PSA dont le design sonore a été confié au producteur brésilien. Ce petit coupé cabriolet, véritable bijou high-tech, a été entièrement pensé à travers le spectre du son. Peugeot est allé jusqu'à concevoir un habitacle constitué d'éléments imprimés en 3D pour réduire au maximum les bruits parasites et l'écho. À la base, l'idée était de donner l'illusion au conducteur qu'il pilote avec le son. Le GPS et les commandes des écrans tactiles répondent donc à leur propre code sonore.

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Mais le principal défi pour Amon Tobin a été de mettre au point une diffusion inédite du son. L'auteur d'ISAM a donc travaillé avec l'entreprise française Focal afin de développer une technologie de spatialisation audio, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du bolide. Le résultat : un module 9.1.2., dont le Brésilien a également créé la signature sonore. Ainsi, chaque fonction (accélération, ouverture des portes, marche arrière...) correspond à une fréquence, générée et diffusée en 3D dans l'habitacle. Les feux de détresse, par exemple, déclenchent une ambiance qui vient tourner autour des passagers, un peu comme une barrière protectrice. Pour prévenir le monde environnant, le son évolue également au gré des manœuvres et des informations reçues par le GPS. Par ailleurs, le système embarque des caissons infrabasses SubPac. Dans le cas du Fractal, ils sont intégrés aux sièges et produisent des vibrations ressenties physiquement par le pilote et les passagers. Fini les enceintes à papa, désormais, le son est directement envoyé à l'oreille interne.

Bien entendu, ce concept car ne sera certainement jamais commercialisé. Mais au-delà du coup marketing, le constructeur français laisse présager de sa nouvelle stratégie. Selon un rapport de l'agence Transparency Market Research, plus de 64 millions de modèles électriques circuleront dans le monde d'ici 2019. L'avenir de l'industrie automobile est ici et pas ailleurs. Pourtant, derrière ses nombreux avantages, ce type de véhicule pose tout de même un sérieux problème de sécurité. L'absence totale de bruit, aussi réjouissante soit-elle, s'avère dangereuse pour les piétons et les cyclistes, lesquels ne sont plus en mesure d'entendre les voitures.


"L'idée est de donner l'illusion au conducteur qu'il pilote avec le son"


Conscient du problème, le Parlement européen a donc voté, en 2014, l'obligation pour les constructeurs d'intégrer un avertisseur sonore labellisé AVAS (Acoustic Vehicle Alerting Systems). Initié en 2011, ce label n'était jusqu'alors qu'une simple recommandation. Mais au 1er juillet 2019, il sera obligatoire pour tous les véhicules électriques circulant en Europe. Les directives techniques définitives seront dévoilées d'ici juillet 2017 par la Commission européenne, mais les grandes marques n'ont pas attendu pour s'adapter. D'ailleurs, aux États-Unis, l'avertisseur est obligatoire depuis 2012. Il faut dire que le pays est en avance sur les modèles électriques et hybrides. Toyota fut l'un des premiers en équipant sa Prius V d'un avertisseur sonore. Nissan fut également précurseur avec l'Infiniti M35h (dont le pare-chocs contient un haut-parleur intelligent) dès 2010, puis avec la Leaf. De son côté, l'Opel Ampera mise sur un second klaxon connecté. En France, la Renault ZOE est équipée d'un système qui diffuse des ambiances, tant que la voiture ne dépasse pas les 30 km/h.

En attendant une harmonisation finale, les projets alternatifs commencent aussi à émerger. Au Japon, Roland s'est associé à GLM Co, un constructeur spécialisé dans les sportives électriques grand public, afin de concevoir un système audio nouvelle génération. Basé sur le synthétiseur SuperNATURAL, ce module générera des sons virtuels en fonction des mouvements de la voiture. L'option sera disponible pour la GLM ZZ avant la fin de l'année. En Europe, Audi développe le concept e-sound pour équiper la gamme e-tron.

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Contrairement aux autres projets, celui-ci émule les bruits de moteur classique. Chaque modèle possède sa propre identité sonore et le son évolue en temps réel, grâce à différents capteurs. Plus poétique, le projet Fuzzy Logic vise, lui, à transformer les voitures électriques en instruments roulants. Imaginé par l'artiste Marta Santambrogio, le concept a d'abord été testé à New Delhi. Sachant que chaque voiture diffuse le son d'un instrument indien différent, la route pourrait se transformer en concert harmonique mobile et autonome. Génial !

L'artiste italienne, qui ne manque pas d'idées, souhaiterait maintenant adapter la « musique » des voitures à la vitesse de la circulation, à l'heure de la journée et même aux conditions météorologiques. Personne ne sait si ces concepts seront un jour commercialisés, mais une chose est sûre : au-delà de la sécurité, les voitures électriques de demain seront équipées d'équipements audio tellement puissants et intelligents que l'écoute en voiture pourrait devenir une véritable expérience en soi. Mieux : il sera certainement envisageable de se connecter au système, par exemple pour faire du son. Et peut-être même à plusieurs voitures, dans un bouchon totalement connecté.

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