Photo en Une : Flavien Prioreau

Le premier souvenir remonte à mon enfance. Les relations entre mes parents n'étaient pas bonnes. Ma mère était terrible avec mon père. Il fallait que je trouve un moyen d'échapper à tout ça. J'ai choisi la musique évidemment, mais la situation a permis d'accélérer le processus. Ma mère avait une grande collection de disques, notamment de disco. C'est assez marrant de se dire que j'ai produit mes premiers tracks en samplant ses vinyles. De son côté, mon père était vraiment à fond dans la technologie. Il possédait un lecteur reel-2-reel, tout un tas de machines et même des lumières de discothèque dans le salon. Je me souviens de chaque élément avec précision, même de leur odeur. Il avait aussi des enceintes dans la salle de bains, « for God sake ». Personne ne faisait ça ! Mon père a donné aux hommes anglais l'excuse parfaite pour squatter la salle de bains.

"C'est assez marrant de se dire que j'ai produit mes premiers tracks en samplant les vinyles de mon père."

Le mouvement roller disco est un autre souvenir important. À l'époque, je m'étais fait virer d'une soirée parce que je jouais de l'acid house, alors que le terme n'existait même pas. Pourtant, ce son fonctionnait super bien avec le roller.



Je me souviens également des jams hip-hop dans lesquels je jouais de la house, des soirées avec les Jungle Brothers dans des clubs déserts de Brighton. Ensuite, il y a l'époque Kiss FM à Londres et les fêtes avec John Peel et Colin Faver…

"À l'époque, je m'étais fait virer d'une soirée parce que je jouais de l'acid house, alors que le terme n'existait même pas."

Et puis il y a cette période de ma vie où je me suis lancé dans le management de label. J'ai monté Magnetic North en 1992, jusqu'au moment où je me suis rendu compte que je ne serai jamais pas un bon manager. Je n'avais pas suffisamment de temps pour m'occuper d'autres artistes. Alors j'ai arrêté.

"Sans John Peel, j'aurais été un DJ branché."

C'est sans conteste John Peel qui a été l'élément le plus décisif dans ma carrière. Sans lui, j'aurais sûrement été un DJ branché et je ne serais pas là à vous parler ! Il m'a donné le support et la foi. John a été le premier à jouer ma musique sur Radio 1. Dans les 90's, tu gagnais 82 ou 85 pounds pour un passage radio ! John a tellement joué mes tracks que je me suis dit : « Cool, je vais pouvoir investir dans mon studio. » Mais finalement, j'ai reçu seulement 45 pounds. Un producteur de John Peel m'a refilé une imprimante pour que je puisse envoyer à la PRS (la Sacem anglaise, ndlr) la bonne déclaration et j'ai reçu un chèque de 850 pounds, avec lequel j'ai acheté de l'équipement. C'était une sacrée somme pour moi. Plus tard, John a animé une autre émission. Là, j'ai carrément reçu 1 000 pounds !

Cinq disques essentiels ?

Me demander de citer une poignée de disques pour illustrer ces moments catalytiques de ma carrière, c'est comme demander mon whisky favori ou demander à un fan de jazz de choisir ses morceaux préférés. C'est impossible ! Mettre des artistes en avant est une démarche sympathique, mais ça suppose aussi d'en éloigner d'autres. Et je ne suis pas très à l'aise avec ça. Si le journaliste insiste, je peux me transformer en gros connard. Mais en général, je me contente de donner une liste de tracks totalement improbables et je suis tranquille.