Après les attentats de vendredi dernier, et la nécessaire période de deuil, les clubs parisiens vont rouvrir cette semaine. Le Rex lève le rideau mercredi, le Badaboum jeudi, Concrete et le Zig Zag vendredi. Parce qu'il faut bien continuer à vivre. "On est tristes, on a perdu beaucoup de gens, mais le public a besoin d'avancer, il faut se relever, explique Aurélien Dubois, le patron de Surpr!ze (qui gère Concrete et le Weather Festival, dont l'édition hivernale, les 18 et 19 décembre, est maintenue). "On a du boulot, surtout pour mettre en place les nouveaux principes de sécurité."

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Evidemment, tous les lieux culturels de la capitale ont dû revoir dans l'urgence
leur politique de sécurité. Tous s'accordent sur un renforcement des contrôles à l'entrée, une augmentation du nombre d'agents de sécurité, et des fouilles de sac et palpations systématiques. Alors qu'on entendait de plus en plus de personnes se plaindre d'être fliquées en club, on voit mal qui s'y opposerait cette semaine.

Dans un communiqué envoyé lundi soir, la Chambre syndicale des cabarets artistiques et discothèques de France (CSCAD) a listé les conseils de la préfecture aux établissements. Elle recommande “aux organisateurs de rassemblements dans les lieux privés de les différer ou de renforcer les mesures de sécurité, notamment en matière de contrôle d’accès et de filtrage, aux entrées de ces établissements […] Notre préconisation est de veiller à utiliser le moins possible l’espace public (files d’attente, espace fumeurs…).”

Faut-il des hommes armés devant les clubs ?


Concernant Concrete, Aurélien Dubois, qui est également le porte-parole de la CSCAD, estime qu'il faut sécuriser au maximum le quai. “Chez nous, on a la chance d'être en contrebas, donc on va renforcer les filtrages sur le quai, plus aucun véhicule ne circulera.” Concernant une présence des forces de l'ordre devant les clubs, le club situé port de la Rapée “a sollicité les pouvoirs publics”, tout en gardant à l'esprit que la majorité des policiers et militaires est concentrée autour des établissements publics.

Sur ce sujet délicat, les avis sont partagés. Au Zig Zag, Eric Labbé, le responsable de la communication (qui a par ailleurs réagi dans un communiqué avec d'autres acteurs de la nuit), n'est pas pour la présence de policiers devant le club, même si l'avenue des Champs-Elysées (le Zig Zag est situé dans une rue perpendiculaire, la rue Marbœuf) risque d'être saturée d'uniformes. Des gens, parmi le public et les professionnels, réclament des forces de police devant l'entrée. Je ne suis pas sûr que ça changera quelque chose face à des gens avec des ceintures d'explosifs et des kalachnikovs. Sauf à mettre cinq militaires avec un lance-roquettes, mais ce serait intenable.” Pour Valéry Bastide, le directeur adjoint du Rex Club, il n'y aura pas de flics et militaires devant le club […] Le plus compliqué à gérer, ce serait des mouvements de panique, mais on a les issues de secours. A nous d'être très vigilants”. Aurélien Dubois, lui, aimerait bien avoir une patrouille, c'est rassurant. On a fait une demande particulière à la préfecture de police, on attend leur réponse. On espère pouvoir être accompagnés de façon intelligente, sur une période définie.”

Et les artistes ?


Les clubs doivent aussi faire face à quelques annulations d'artistes venus de l'étranger. Ce n'est pas encore une vague, mais les programmateurs sont un peu anxieux. Au Rex, Tobias et Sandrien ont annulé leur venue jeudi pour la soirée Delighted.

"A l'étranger, ça doit faire peur, explique Valéry Bastide. C'est la seule annulation cette semaine, on n’a rien pour la semaine suivante, mais je pense que ça va se calmer. On va montrer qu'on est ouverts, qu'on est là, que Paris n'est pas mort."

Le Zig Zag et le Yoyo ont aussi subi “quelques déprogrammations”, surtout concernant les events corporate. The Magician vendredi, Riva Starr et Technasia samedi sont confirmés. Eric Labbé : “En général, ce sont plutôt ceux qui viennent de loin. Les Belges, Anglais et Allemands ont moins peur de venir que les Américains, qui ont l'impression que Paris est en feu.”

Les coûts de la sécurité


Le renforcement de la sécurité va évidemment grever le budget des clubs, avec sans doute moins de monde sur les dancefloors. “En termes d’économie, ça risque d’être compliqué, on va tous avoir des frais supérieurs et des recettes bien inférieures”, explique Eric Labbé du Zig Zag, qui n'est pas sûr de pouvoir bénéficier du “fonds d’aide exceptionnel” destiné aux structures et aux acteurs de la sphère musicale parisienne, annoncé lundi par le ministère de la Culture : “En général, ce sont les établissements déjà subventionnés qui y ont accès, comme les salles de concerts. Le clubbing a toujours été le parent pauvre de la culture parce qu’il est considéré comme une activité rentable, ce qui n'est pas toujours le cas.”

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Côté CSCAD, on est plus optimiste. Aurélien Dubois : “Fleur Pellerin a parlé d'une aide spécifique sous 48 heures. Le syndicat est en relation avec le ministère. Pour tous les lieux qui ont été affectés, on espère avoir une aide pour compenser les pertes du week-end dernier. Si on reçoit quelque chose, on le réinvestira dans le personnel de sécurité qu'on va devoir embaucher dans les semaines qui viennent.”