[Mise à jour] Faisant suite aux attentats du vendredi 13 novembre, l'événement est maintenu, bien qu'étant réduit à la négociation. Quant aux manifestations publiques, le gouvernement vient de les interdire : "Après les attentats du 13 novembre, l’exécutif a décidé de ne pas autoriser les manifestations prévues pour les 29 novembre et 12 décembre. Une solution de rechange, dans un lieu fermé, pourrait être proposée aux organisateurs des manifestations." (source : Le Monde, 18/11/15)

Réduire son impact carbone pour lutter contre le réchauffement climatique est une problématique qui ne laisse plus indifférent. Aujourd’hui, cette question cruciale touche toutes les strates de la société et particulièrement les jeunes générations, amenées à devenir des acteurs du changement. Des organismes familiers des musiques électroniques réfléchissent depuis plusieurs années à de nouvelles méthodes pour allier leur passion à une réflexion environnementale proactive.

Initiatrice du festival écoresponsable We Love Green, Marie Sabot détaille sa démarche : "Le public des musiques électroniques est jeune, dynamique et naturellement curieux face aux changements actuels. On les a donc obligés à passer devant la scène de conférences (le think tank, ndlr) avant de rejoindre la scène musicale pour qu’ils puissent rencontrer des personnalités que l’on ne voit pas habituellement dans les festivals, des pionniers, des penseurs, des membres d’ONG et beaucoup d'entrepreneurs sociaux qui sont souvent de la même génération."

cop21

Labellisé par la COP21, We Love Green s’est donné comme mission d’être un relais d’opinion pour mobiliser les publics en mettant son expertise au service d’événements satellites. Tout aussi engagé, Raphaël Bosch, président de 22e Siècle (une société qui encourage l’innovation) et membre du conseil administratif de Technopol, ajoute : "Malgré un vide juridique patent, la COP21 sert à mobiliser la société civile. Depuis que le protocole de Kyoto est entré en vigueur (en 2005, ndlr), nous savons que les avancées écologiques majeures se font grâce aux réseaux des villes et aux actions locales."


"Un événement qui devient une nuisance est voué à disparaître."

Marie Sabot, directrice de We Love Green


Pour allier son amour de l’électro à son intérêt pour le climat, Raphaël Bosch, qui mixe depuis vingt ans, s’est tourné vers l’innovation et a proposé dès 2009 de confronter les cultures électroniques aux questions du réchauffement climatique lors de la soirée AgisSONs EvoluSONs, éco-organisée dans le cadre des Nuits sonores : "Nous souhaitions faire réfléchir sur l’empreinte écologique d’un événement. À l’époque, ça paraissait dingue d’utiliser des gobelets recyclés et de penser en circuits courts."

Le concept a séduit, et quelques années plus tard, ses idées ont germé pour donner naissance au Trans-Porteur, un camion qui tourne au biogaz (fermentation de nos déchets) utilisé comme outil de promotion écologique lors de la dernière Techno Parade : "Nous sommes dans un système d’économie circulaire, on utilise des déchets et des panneaux solaires pour se fournir en énergie. Aujourd’hui, la technologie existe et il faut la promouvoir. L’un des défis du Trans-Porteur était de montrer que le stockage de l’énergie existe, poursuit Raphaël Bosch. Les artistes ont halluciné, ils étaient fiers de jouer sur le Trans-Porteur. Ce projet a fédéré des acteurs majeurs des cultures électroniques, il y avait des représentants des Nuits sonores, d’Astropolis, de Concrete, de Technopol. On a réussi l’expérience et on réitère le jour de la Marche pour le climat (29 novembre). L’idée est, comme en 2009, de semer l’exemplarité !"



Les initiatives soucieuses de verdir l'énergie festive ne manquent pas. En 2008, la marque néerlandaise Energy Floors concevait des dancefloors écolos pour que nos pas guidés par le beat illuminent le sol et la salle. Un danseur peut par exemple produire entre 5 à 20 watts. Une énergie naturelle et salvatrice qu’utilise, d’une autre manière, Sound Solar System (sonorisation mobile en énergie), qui cumule énergie solaire et vigueur humaine :

"À l’époque des raves, on s'est rendu compte que le photovoltaïque était une vraie alternative. Ensuite, c'est l'énergie sociale, celle des fêtards et des DJ’s, qui a porté le développement du projet. Les gens pédalent pour alimenter les platines, ce qui nous permet de tenir jusqu'au bout de la nuit. Nous avons fait des fêtes dans des bois, sur des plages, en montagne, dans des parcs, complètement déconnectées du réseau… Au début, Sound Solar System était clairement underground et petit à petit, nous nous sommes greffés sur des événements officiels." raconte Rubens Ben, membre du Sound Solar System.

Il insiste sur la portée de ce projet : "Notre réflexion est beaucoup plus large et s'étend à des recherches sur les nouveaux réseaux électriques en passant par le crowdsourcing et les innovations énergétiques oubliées répertoriées sur paleo-energetique.org."



Depuis plusieurs années les festivals montrent patte verte. Certains ont été pionniers, comme le Burning Man, fondé en 1986 aux USA sur le principe d’autogestion, de solidarité et de respect de l’environnement. En Europe, les Néerlandais propagent leur éducation écologique, insufflée par les voisins allemands, au cœur de manifestations festives telles que le DGTL.

Manager de ce jeune festival, Jorrit Huijsman s’enthousiasme à l’idée de révéler chaque année de nouvelles initiatives issues de leur programme Révolution DGTL, qui stimulent l’écoresponsabilité tout en impliquant les festivaliers : "Nous avons des bénévoles, appelés Trash Army, qui gardent le festival propre et interagissent avec les visiteurs pour les sensibiliser. Nous construisons sur le site une usine Révolution DGTL où nous recueillons tout le plastique pour le recycler. En 2016, nous prévoyons d’utiliser des énergies vertes provenant de sources locales, en collaboration avec l'entreprise Greenchoice. Grâce à un partenariat avec Stadsboeren (un groupe d’agriculture urbaine), nous allons aussi ouvrir notre DGTL Green House et cultiver nos légumes que nous intégrerons dans nos plats avec l’aide de grands chefs. D’ailleurs, nous travaillons sur une innovation hyper cool avec Waternet pour extraire le phosphate des urines, reconnu pour être un très bon engrais !"



Plus pertinent qu’un bilan carbone optimal, le ton est à l’innovation pour nourrir un cercle vertueux. Marie Sabot témoigne : "On n’est pas dans une recherche de neutralité absolue en carbone, on souhaite justement pousser les prestataires français à se lancer dans l’investissement de nouvelles technologies, comme pour les groupes électrogènes solaires. Notre objectif est de créer un réseau où s’échangent les idées, comme au sein de nos workshops. C’est la seule manière d’avancer, c’est du bon sens. L’ADE nous a d’ailleurs mis en relation avec d’autres festivals avec qui l'on discute à l’année. Maintenant, on est dans un réseau où l'on échange sur des choses très techniques. L’année dernière, on s'est posé la question de la gratuité de l’eau, cette année, les débats se porteront sur la manière d’engager les festivaliers dans une logique de développement durable. Toutes ces réflexions permettent d’évoluer en harmonie et aident les festivals, qu’ils soient éco-organisés ou pas, à perdurer grâce à une même logique, car un événement qui devient une nuisance est voué à disparaître !" La révolution est en marche.

FESTIVALS & INNOVATIONS

Shambala
Location : Secret Country Estate, Northamptonshire, Royaume-Uni
Dates : 27 - 30 août
Innovation : Leur scénographie féérique recyclée-recyclable.

Into The Great Wide Open
Location : Harlingen, Pays-Bas
Dates : 4 - 6 septembre
Innovation : Leur champ de panneaux solaires et éoliennes.

Roskilde
Location : Roskilde, Danemark
Dates : 25 juin - 2 juillet
Innovation : Leur « beer cycling » (transformation d’urine en engrais).

Tollwood
Location : Munich, Allemagne
Dates : 24 novembre - 31 décembre
Innovation : Leur restauration locale, bio et bonne.

Fuji Rock
Location : Yuzawa, Japon
Dates : 24 - 26 juillet
Innovation : Leurs bouteilles en plastique recyclées en veste pour le staff chaque année.