La douceur de l'automne amène encore quelques bribes estivales dans les esprits des Nantais. À l'entrée, la billetterie affiche complet et cela présage de bonnes choses pour les festivités de la nuit. Il faut avouer que l'équipe de DJs annoncée ne laisse pas indifférent. Au menu : Discord, Mr Jones, Louisahhh!!!, Maelstrom et Dave Clarke, cinq férus de techniques précises et de basses qui tonnent !

La salle Maxi n'a pas encore ouvert ses portes, le hall de Stereolux sert d'avant-garde. Le public déjà présent encadre le bar, jette un coup d'œil à l'exposition d’illustrations de Nadia Nakhlé et palabre entre une clope et un verre. Éclectisme des âges. Différence des styles, quelques costumés (jeunes aficionados des Sweatlodge Party dont l'association éponyme organise la soirée), du classique, du punk, des nanas bien sapées, des mecs en jeans, et vice versa.

Louisahhh & Maelstrom

Les portes s'ouvrent et le warm up sonne de facto. Discord (GND), DJ Nantais connu également sous le pseudo Redux, est aux platines et entame alors une séance sonore qui annonce une épopée qui s'écoulera jusqu'au milieu de la nuit. La fosse se remplit au fur et à mesure, les corps commencent à se mouvoir sévèrement sur une techno au beat régulier et frappant. Il lance la RAAR Party d'entrée de jeu sur une tonalité hardcore poussive. À l'ambiance acid du son de Discord s'ajoute une atmosphère visuelle alimentée de lasers, parcourant la salle de part et d'autre, boostant le mouvement de la foule, des individus et des fréquences sonores jouissives.

Mr Jones

Le néerlandais Mr Jones prend la passation – sans rupture de son. Le DJ balance une techno dark, profonde, qui remue les tripes au point de se laisser happer totalement dans le flot ondulatoire de la fosse devenue une seule grosse masse mouvante. Les effets visuels saturent la salle de lignes vertes, rouges et bleues, la fumée traverse les faisceaux en des planches de nuages coupées ; les regards scotchent, se ferment, se tournent vers la scène où le plateau se trouve quadrillé par des lignes luminescentes dessinant un ring fluctuant autour du DJ.

Mr Jones

Dave Clark arrive, les deux DJs se passent le flambeau en toute connivence. Le lien qui les lie se retrouve notamment dans leurs productions respectives sur le label The Public Stand (Rotterdam), ainsi qu'au sein du label RAAR avec le projet —Unsubscribe—. « The Baron of Techno » entame un set qui durera plus d'une heure trente. Un jeune homme derrière moi énonce : « Putain, ça tabasse, ça tabasse ! » En effet, il y a matière à s’essouffler ! Dave Clarke encense la salle sur des basslines pêchues. Il enchaîne les rythmiques, du deep au breakbeat, chavirant les sonorités technoïdes pour une fosse déjantée. Ça tape du pied, c'est dirty à souhait, ça éclabousse comme les spotlights furtives frappant la salle Maxi.

Dave Clarke

Puis... Louisahhh et Maelstrom entrent dans le cercle. Grosse ovation. Première pause dans la séquence sonore de la soirée. Une lumière rouge encadre les deux DJs et quelques secondes de latence nous font nous concentrer davantage sur le set – d'une petite heure – qui arrive. On sait que la fin est proche, et cela ajoute à la magie du moment. Louisahhh – DJ américaine signée chez Bromance Records (celui de Brodinski et Manu Barron) – lance le bal de clôture sur une base de pure techno, calée, équilibrée et prenante. Maelstrom – Nantais du label Zone (celui de Gesaffelstein et The Hacker) – prend le relais et délivre ses sonorités sombres et métalliques sur des lignes de basses à temporalité hardcore. Leurs productions communes ("Holy", "Roijacker") évoluent entre leurs deux mondes.



Les DJs nous livrent ici un show teinté de complicité, résultat d'une collaboration qui fonctionne. La création du label RAAR montre bien le désir des deux artistes à approfondir les connections au sein de la sphère électro, expérimentale à forte tendance technoïde.

À la fin du set, la cadence s'enflamme. Les stroboscopes découpent la fosse en black & white pour quelques dizaines de secondes encore. 3h40, le son se coupe, les cris fusent. La salle Maxi de Stereolux tremble sous les applause du public. On aurait désiré continuer plus avant, à sauter de la sorte sur les rythmiques hachées de cette techno de grand crû et à se laisser porter loin dans la transe. Il y en aura d'autres ; sans aucun doute, vu cette RAAR Party qui a tenu son pari : être une fameuse nuit de techno.

Louisahhh & Maelstrom