Nordik Impakt par Gregory Forestier

Ah la chambre 104… Pour tout dire, nous n’aurons pas vu grand-chose de la première soirée de Nordik Impakt. Nous avons pénétré à l’Alhambra sur les coups de 4h30 pour assister au set de haut vol du Sonic Crew, suivi d’une excellente session techno allemande, voire industrielle, de Conformance dans un bar-boîte un peu vulgos aux premiers abords. Néons en coin, demi à 5 €, public clairsemé (il est tard). Seule la musique (et les serveuses) nous ont fait rester jusqu’aux aurores. "Can you dig it ?"

Samedi, à l'inverse de ce premier jour en forme de guet-apens, on prend le chemin du festival en avance. Après un agréable set de Weval (les deux Néerlandais à l’origine de la musique de la pub de Schweppes) en plein centre-ville, on se met en route pour le main event au Parc des Expositions. En chemin, notre duo se retrouve entouré de deux, cinq, puis d'une quinzaine de fêtards déterminés. "On vient de se faire un cocktail maison, le masterchef, je ne te dis pas ce que c'est mais on est bouillants !" Ça tombe bien, nous aussi.

Nordik Impakt par Gregory ForestierSuperpoze

À 21h30, devant l'entrée, ça planque les bouteilles de mélanges et on fume une dernière clope avant la guerre. Mais c'est Superpoze qui nous accueille en douceur. "Un dernier morceau avant la fête et la techno ?" dit-il timidement au micro. On a envie de répondre que la fête a déjà commencé et que Gabriel fait déjà bien chauffer les moteurs. Les filles s'enroulent sur les voluptueuses nappes du jeune producteur français, on lève les bras sur l’épique "Home Is Where I Am".



Niveau organisation, c'est plutôt positif. Les accès sont bien disposés, les stands répartis à l'extérieur autour d'un grand espace, les lumières et les décorations visuelles dans les salles dynamiques et originales… Un détail important : le coin VIP et presse, isolé et sonorisé rock old school est au poil et les journaleux ont même un espace de travail avec bureaux et café à dispo. Et oui, ça compte !

La Klub Stage, l'une des trois scènes destinées aux Nordik, se chauffe sur le set d'Okaïde. Sa techno acide et rapide, à l’ancienne, fait dangereusement remuer les genoux : les boucles sont toujours aussi efficaces et ça fait vingt ans que ça dure. Pas uniquement old school, Okaïde flirte aussi avec une techno trancy, un peu kitsch, et gonflée aux plug-ins. Dommage.

Nordik Impakt par Gregory Forestier

"Hey! c'est où Recondite ?", gueule un fêtard. On montre le grand mur de béton : "De l'autre côté, dans la salle principale." Mentale, lente, sombre, la techno néanmoins surpuissante de l'Allemand a tout pour faire vriller les quelques milliers de danseurs qui se massent devant la grande scène. La température monte. Son live est millimétré, rodé sur les multiples scènes qu'il squatte chaque week-end. Pour ceux qui l'ont déjà vu et ceux qui ne "montent" pas, on passe assez vite de l'enthousiasme à un léger ennui. C'est très propre, la scénographie est magistrale (Recondite surplombe le public d'une dizaine de mètres sous une structure de lumières impressionnante), la musique hypnotique, mais ça manque de folie ou de fun. Une belle autoroute à cinq voies, à fond de quatrième.

Nordik Impakt par Gregory ForestierRecondite

La troisième salle, la Bass Stage, saute sur le set de Vitalic, remplaçant au pied levé les Skip & Die forfaits. On passe de grossièretés en banger électro-techno : l'efficacité semble être le mot d'ordre. On oublie vite le trippy et classieux Recondite ; ici, on revient quelques années en arrière, et ça transpire.

À l'autre bout, Weval, aperçu quelques heures plus tôt, enveloppe la Klub Stage de ses mêmes rythmes et nappes groovy. Mais passer après un Okaïde gonflé à bloc donne le temps à certains de faire une pause.

Derrière, dOP enchaîne : vocaux soulful de JAW sur deep house consensuelle. Le public est soit conquis, soit parti. Le chanteur a peut-être fait fuir les plus énervés, tout comme Weval.

Nordik Impakt par Gregory Forestier

Et c’est devant Madame que nous retrouvons les énervés. Rythmes booty ou techno, Madame, nouveau rejeton de Boys Noize, ouvre un nouveau chapitre au genre électro qu'on croyait disparu avec le label allemand. ?? On a à nouveau 17 ans et, parfois, ça fait du bien. Pour le coup, le set souffre certainement du même mal que son parent : de l'énergie oui, mais à la longue, on s'épuise. Heureusement le jeune homme mixe vite, un morceau par minute, et ses transitions sont efficaces. On reste scotchés aux morceaux suivants et si l'on baisse parfois les bras, la minute d'après nous convainc à nouveau. "Chapell" de Barnt, ça se regarde et ça gonfle les joues.

Nordik Impakt par Gregory Forestier
Logiquement, Boys Noize arrive derrière et balance un remix des Chemical Brothers, joue le tube underground de l’été, "I Wanna Go Bang"… Il sert en somme le plat de résistance à un public friand de sauce samouraï extraforte. Ça arrache et ce n'est pas servi dans une assiette en porcelaine.

Nordik Impakt par Gregory ForestierBoys Noize

4 heures, la fatigue se fait ressentir, mais Michael Mayer fait ce qu’il faut avec, ici, un set techno à la Kompakt, donc varié, étrange, coloré et efficace. Ce soir, c’est bien le boss du label de Cologne qui va le plus nous surprendre musicalement. Intelligent, son set passe de la minimale mentale raffinée au kick techno puissant, avec une énergie qui est bien plus rock que techno 2015. Merci.

Sur la grande scène, Rødhåd, le Viking de Dystopian, a pris la place de Boys Noize. Rien à voir, l'Allemand reprend là où Recondite en était resté : du mental, de la puissance et du sombre. Oui, son set est techniquement parfait, pourtant, le tout manque un peu de violence à cette heure si tardive. Il gagnerait à être diffusé plus fort avec un meilleur système son.

Nordik Impakt par Gregory Forestier

Un dernier saut sur la scène Bass devant ce groupe d&b à la basse qui tâche (Calyx & Teebee Ft. Lx One), et ce sera tout pour nous. Enfin, au Parc des Expos ! De retour au bercail, il faut arroser les dernières heures qui nous séparent du lever du jour, fermer les yeux pour le principe, avant de repartir au front : l'after estampillée Concrète vient de débuter au Cargo, et Behzad & Amarou, Antigone et Francois X ne sont pas venus pour plaisanter.

À force de traîner en chemin, le long du canal où chillent au soleil – désormais haut – les plus téméraires des festivaliers, on manque de peu le duo parisien, et c'est maintenant Antigone qui passe un savon aux caissons. Pour un after, la scéno est léchée : un grand dôme surplombe les platines à l’intérieur duquel sont projetées d'abstraites vidéos. A priori, le système est automatisé puisque le mec de la régie a passé toute l'heure à faire des selfies et Skyper avec ses proches (oui, ça balance, mais ça nous a bien fait marrer). Antigone, quant à lui, est toujours aussi bon, jonglant diablement bien entre morceaux hypnotiques et efficaces : on décolle. Sur la route du retour, c’est maintenant clair : Caen, le Nordik Impakt, on reviendra.

Nordik Impakt par Gregory Forestier