Photo en Une : ©Rex Club

Le Rex Club

"La première fois que j’ai mis les pieds dans le Rex Club, c’était le bordel ! Une soirée du magazine Actuel avait eu lieu dans la nuit. Rien n’était rangé. Je me souviens des banquettes en velours rouge, des miroirs, des néons de couleur. Les restes de la déco transpiraient de cette nuit d’orgie." Cette première vision du Rex, en mai 1984, va marquer le jeune Christian Paulet (il n’a alors que 20 ans). Son histoire d’amour avec le club du boulevard Poissonnière ne fait que commencer.

Avant de devenir un club de musiques électroniques en 1995, l’un des premiers en Europe, le Rex Club a eu plusieurs vies et brassé plusieurs styles de musique. La discothèque est un sous-sol du Grand Rex, une salle de cinéma parisienne qui ouvre en 1932. Ce lieu dévoué au septième art est une folie du riche producteur Jacques Haïk, pilier du cinéma des années 1920-1930, également propriétaire de l’Olympia. Le Grand Rex, conçu par l'architecte Auguste Bluysen et l’ingénieur John Eberson, est un modèle réduit du Radio City Music Hall de New York. Il représente l’extravagance de ces années d’entre-deux-guerres : une capacité hors-normes (3 000 spectateurs) et un plafond culminant à plus de 30 mètres représentant une voûte étoilée lumineuse.

Le Rex Club

Art déco

Le charme du Grand Rex s'affirme d’emblée avec sa façade, réalisée dans le style Art déco et classée comme monument historique. D’autres bâtiments parisiens, comme la Piscine Molitor ou le Palais de Tokyo, ont aussi été érigés dans ce style. Sous l’imposant cinéma se cache un club, le Rêve. Ce dancing chic du quartier des Grands Boulevards est alors animé par un orchestre.

En 1973, privé de son orchestre, le Rêve devient le Rex Club et épouse la mode disco. En 1984, l’arrivée du producteur de concerts Garance, avec Christian Paulet comme régisseur, fait évoluer la programmation : la boîte devient une place forte du rock alternatif et des musiques indépendantes (new wave, punk, funk). Les stars montantes et les nouveaux groupes s’y succèdent sur scène comme Prince, Red Hot Chili Peppers ou Dead Can Dance, mais aussi Kas Product, Minimal Compact, Mantronix ou The Housemartins (avec Norman Cook, futur Fatboy Slim, à la basse). "Mes meilleurs souvenirs de concerts ? Fishbone, la Mano Negra et Tower of Power », confie Christian Paulet, qui complète : « Il y avait aussi alors tout un tas de soirées : rock, musiques blacks, les fêtes d’Actuel, etc."

Le Rex Club

Les Anglais changent la donne

"C'est devenu de plus en plus difficile de faire des concerts au Rex car le son des balances perturbait les séances du cinéma au-dessus", se souvient Christian Paulet. Au culot, le jeune homme propose alors au patron du Grand Rex de transformer sa petite salle de concerts exclusivement en discothèque. Il en devient même le gérant en 1986, à seulement 22 ans, et accueille rapidement une troupe d'Anglais qui lui propose une soirée acid house baptisée Jungle. "J'ai été fasciné par ces sons révolutionnaires. Tout était fascinant, en fait : la musique, le public, la déco, l’ambiance. Les gens étaient super happy."

Les Anglais de Jungle débarquent alors à Paris avec dans leurs valises un jeune DJ français qui travaille à Londres : Laurent Garnier. La suite de l'histoire du Rex Club s'écrira en partie avec lui et ses mythiques soirées Wake Up, de 1992 à 1994. Christian Paulet fera prendre ensuite un virage tout électronique dès 1995. En misant sur un sound-system costaud et avec un changement majeur dans la salle : la scène pour les concerts est démontée et remplacée par le DJ booth. C'était il y a tout juste vingt ans : la discothèque devenait un club.

Le Rex Club

Bonus : La petite histoire

"Avec ses soirées Wake Up, Laurent Garnier voulait inviter les fondateurs de la house et de la techno. Des DJ's comme Derrick May, Lil Louis, Carl Cox, Ron Trent ou Jeff Mills, se souvient Christian Paulet. Les Américains étaient peu connus dans leur pays mais sont devenus très exigeants en Europe. Ils étaient alors suivis par des fans. Il leur fallait des limousines, des grands hôtels. Et certains sont devenus très cons. Mais au final, on a réussi à tous les faire venir au Rex… Sauf un : Frankie Knuckles." Christian Paulet