Par Laure Stokober

Crédit photo : Rémy Golinelli et Laure Chichmanov

C'est effleuré par les chatouillements d'une brindille de mélancolie que l'on s'affale dans le Transilien en ce dernier samedi de septembre. Alors qu'on franchit le périphérique tout en écoutant les carillons d'un soleil dont on sait pertinemment que les bourdonnements cesseront bientôt de résonner, on sent déjà poindre à l'horizon les frontières d'octobre. Au calendrier, l'été n'est plus. Il s'est enfui, accompagné de sa pléiade de festivals et de chairs mordorées. Ce spleen fugace cessera de nous taquiner quelques courts instants plus tard, dès qu'on aura mis pied à quai. Station : Houilles/Carrières-sur-Seine.

Un bus à mackisards nous lâche presque aussitôt dans la nature. Quelques enjambées le long des serres et des maisons en meulière nous amènent sur un chemin filant droit au site du festival. Marchant au bord de la Seine, dans laquelle des saules pleureurs dégueulent leur feuillage filandreux, on a comme le sentiment d'avoir pénétré dans une toile impressionniste. Des ribambelles de breloques en tissus orangé et turquoise incarnent le passage dans l'enceinte du Macki.

macki music festival 2015

Certainement par réflexe, on s'approche de la scène sur-le-champ en se glissant entre les festivaliers prélassés dans l'herbe du parc communal accueillant l'événement. Bon Voyage Organisation réinterprète "Trans Europe Express" de Kraftwerk dans une version orientalisante, tandis que, sur la pelouse, un troupeau de moutons — au sens littéral — se faufile tranquillement parmi les festivaliers. On se décide alors à faire un tour du spot, en marquant un premier arrêt devant le Camion Bazar, en pleine conférence de loufoqueries. Au son du "Psyché Rock" de Pierre Henry, des divagations à propos de Daft Punk nous apprennent que le chien du duo casqué serait né à Carrières-sur-Seine.

Nous quittons Romain Play et sa bande de freaks qui aura fait danser le public durant deux jours pour poursuivre notre curieuse errance, dessinant plus précisément, à chacun de nos pas, l'atmosphère de kermesse délurée du festival. Ici, sont parsemés des fauteuils moelleux en cuir défraîchi et en velours élimé. Là, ça chill dans la piscine à balles. Plus loin, une horde de minots apprend à faire de la musique en tapant sur des fruits et des légumes. Les jeunes filles en fleurs se font couronner, alors que d'autres mackisards s'improvisent yogis ou maîtres de la slackline. En somme, il y a (largement) de quoi amuser la galerie durant deux après-midi.

macki music festival 2015

Côté scène, le flow dégoulinant et smooth du très bon Chester Watson rassemble une foule ondoyant doucement au gré des beats languides, pendant qu'un ballon translucide voltige dans un ciel où percent des éclaircies. S'ensuivra un set stellaire de Silk Rhodes, les premiers à réellement motiver les troupes lorsqu’ils joueront "Face 2 Face", qu'on écoutera en se prélassant sur le gazon, à l'instar du live psyché de la bande de Moodoïd, aux maquillages dorés.

Au soleil couchant, le très attendu nigérian Tony Allen, batteur du légendaire Fela Kuti, arrive vêtu d'une magnifique blouse violette et safranée. Trônant derrière ses percussions et une armada de musiciens, on ne voit que lui. Le regard plein de quiétude, le chaman afrobeat ensorcelle à coups de baguettes magiques un public fou de plaisir. Avant que cette première journée ne tire sa révérence, l'anglais Floating Points prend le relai avec un set ultra dansant, véritable polyptyque oscillant subtilement de la samba vers des sonorités disco et house, à la hauteur de ses mille influences.



Le lendemain, une vingtaine de minutes en RER suffiront pour atteindre la cité des Yvelines, et s'en retourner à la deuxième partie des réjouissances de cette fin de semaine carrillonne. En attendant le pousse-festivaliers, on attrape çà et là des bribes de conversations. Une nana se fait chambrer après qu'aient été publiées sur Facebook les photos de son "mariage", célébré la veille dans l'enceinte sacrée de la chapelle en papier irisé du Macki, tandis que d'aucuns, désorientés, se demandent s'ils ont assisté ou non au concert de Tony Allen : "Mais si ! C'est le DJ qui passait de la funk. Il portait des lunettes, comme Floating Points, qui a fait la transition direct après lui avec un set électro".

L'herbe grasse du parc communal incite tellement à la paresse qu'on s'y étend immédiatement parmi les nombreux oisifs, tout en contemplant le producteur George Evelyn, aka Nightmares on Wax, et sa team, en pleine session de soul chaleureuse. "You Wish", empruntant avec groove le sample ("Private Number" de Judy Clay & William Bell) qui avait servi à l'hymne de la Scred Connexion ("Partis de rien"), enverra au zénith notre rêverie bucolique.

D'ailleurs, en parlant de récits corrosifs, nocifs, c'est au tour du crew de hip-hop new-yorkais Onyx de prendre le mic’, et le Macki. Ça débite les lyrics, ça kick sec. Et le public d'y faire écho en chœur tandis que Sticky Fingaz grimpe sur les enceintes, crie "Put your guns in the air!", et évoque les dieux du Wu-Tang (Onyx remplaçait GZA, dont le concert a été annulé), Sean P, Guru et Biggie.

Le changement est (un peu trop) radical quand arrive Syracuse, mais on finira par réussir à se plonger dans la douce vague acid du duo au chant de sirène, faisant monter entre les arbres une lune aux rondeurs extraordinaires. Moins convaincant sera, à notre grand regret, le live future beats aux synthés galactiques de Romare, auquel succèdera Jeremy Underground, bousculant la compagnie avec un set voguant fièrement entre house et techno, piqué de touches acid, venant mettre un point final à cette parenthèse de deux jours.

Et, alors que le train sordide menant au chaos urbain nous emporte dans son tunnel enténébré, on se laisse à penser que le Macki, ultime soubresaut avant les premiers frimas, aurait presque donné tort au calendrier.

macki music festival 2015

macki music festival 2015

macki music festival 2015

macki music festival 2015

macki music festival 2015

macki music festival 2015

macki music festival 2015

macki music festival 2015