Par Hérvé Lucien et Théophile Pillault.

Rues, esplanades, tunnels, passerelles, escaliers… C’est une chance pour Marsatac d’investir les innombrables coins et recoins de ce village post-industriel qu’est la Friche Belle de Mai pour cette 17ème édition.

À peine arrivé et guidé par les lignes de fuite suspendues liant les trois lieux principaux du festival, on tombe nez à nez avec le collectif local Arbuste qui installe son dispositif sonore et scénique, constitué de quatre musiciens live au centre du public, en plein air : percussions et instruments analogiques aiguisent l’appétit de beats de l’audience.

Du coup, on rate Rone qui a lancé la soirée dans la Cartonnerie, la grande salle qui résonnera des live sets les plus costauds, accompagnés de visuels maousses : Audion et sa techno à l'ancienne, choquant muscles et cortex, menée pied au plancher, Boys Noize et son arsenal rave (gros highlight public) ou The Hacker dans sa scénographie classieuse de grande cage devant un mur de visuels noir et blanc pour sa session tech-EBM usuelle.

Quand Torb prend les phocéens par le col

On préférera traîner dans les petits espaces du Cabaret et du très intime Club, espace qui s’avère en temps normal être un… parking. Déçu par le set à 360° de Floating points — dont le magnifique Elaenia, très arrangé paraîtra en novembre —, trop tendre pour les murs de l’ancienne usine de tabacs, on se dirige vers le show à huit mains de Cotton Claw, beaucoup plus convaincant : à coups de pads et sur des beats electro-hip hop futuristes, les beatmakers frenchies donnent parfois au Cabaret Aléatoire une atmosphère à la John Carpenter, tendance C2C, en plus surprenant et en plus sexy.

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Prenant la relève, Torb est coincé entre deux tours de matos hardware, dans une semi-obscurité intrigante. S’il nous laisse un peu froid sur enregistrement, le duo sait indéniablement prendre le public par le col avec un set de techno furieusement perchée, et sombre. Une session teigneuse constituée de long tracks sinueux qui n'obéissent qu’à leur propre logique. Sûrement la prestation artistique a plus achevée de la soirée, qui soulève toutefois un débat sur la dimension 100 % analogique du projet, tel qu’il est présenté, et dont on peut toutefois douter, l’enchaînement des morceaux n’étant pas permise par les joujoux électroniques que manipulent les protégés de Philippe Zdar.

À Marsatac, le déluge dure deux jours

Sous le plafond de néons du Club, on attendait plus de folie du mix de Joy Orbison, très house, versé acid, et c’est son pote Boddika, prenant sa relève, qui l'apporte avec un mix plus sec, minimal, dubby, fait d'une house mixée finement sur un rythme "schaffel", suscitant une transe lente mais tout à fait efficace sur le dancefloor. En lançant ses tempêtes sonores, uptempo au Cabaret, le loner anglais Vessel donne le signal d’une dernière partie de soirée qui coupe le souffle et ampute les horizons. Paula Temple, qui lui succèdera projettera définitivement la nuit dans un déluge sonore.

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Et à Marsatac, le déluge dure deux jours. Le samedi soir, kids et noctambules, un peu plus affaiblis que la veille mais toujours aussi chauds, investissent la Friche à la nuit tombée. Pile à l'heure pour accueillir à la Cartonnerie : le nîmois Joris Delacroix, programmé à 22 heures. Un peu tôt, donc, pour la brutalité d'une house qui ignore délicatesse et élégance. La soupe electro, c'est meilleur quand c'est gras et chaud : à 28 ans, le producteur l'a parfaitement compris et intégré dans un set sans classe. Repassera donc. Ou pas.

Sélection houleuse, nouvelle electronica et crossover techno-trap

Seul DJ phocéen programmé en dehors de la Passerelle — la scène locale du festival —, le très turbulent Anticlimax a égrené une belle heure de pépites dancefloor, et dans le même temps très cérébrales. Une sélection houleuse durant laquelle se jouait un autre projet cette fois-ci totalement mental et émo : le live de Superpoze.

Au cœur d'un Cabaret Aléatoire comble et plongé dans des ténèbres de néons bleus, Gabriel Legeleux, vingt piges au compteur (s'il vous plaît), et armé d'Opening (son premier album), a déployé une matière sonore riche et capiteuse, entre electronica généreuse et rythmiques bien montées. Adversaires Parisiens, ne manquez pas son live le 26 novembre sur les planches de la Gaîté Lyrique.

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Également immanquables cette nuit-là, le doublé Club Cheval et Salut C'est Cool, qui ont littéralement mis le Club à terre, ainsi que le très intense set technoïde du taulier Dave Clarke.

Attendus par tous ceux que le crossover « Ghetto techno to trap music » n'effraie pas, à savoir une grande partie de la jeunesse marseillaise, Brodinsky sera monté sur scène avec son premier album Brava sous le bras, comme promis. Tendu, deep, violent mais dansant : les lignes de basse de son mix ont tracé un triangle infernal entre Marseille, Reims et Atlanta. À ce moment-là du championnat, la tempête promise par Dro Kilndjian, le directeur artistique de Marsatac, soufflait fort sur cette 17ème édition.

Dans le sud, le game des events electros change

En coulisse, l’agitation est aussi de mise : fragilisée financièrement depuis l’édition dernière, Orane (l’association organisatrice de Marsatac) est actuellement en train de constituer un pool de partenaires privés d’envergure pour développer Marsatac « sur un format plus massif » comme nous l’a expliqué son programmateur.

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Cerné mais heureux, croisé entre deux scènes, quelque part entre samedi et dimanche, Dro nous confie : « On va repositionner l'événement à partir de l'année prochaine. Avec des lieux plus conséquents pour de meilleurs potentiels d'accueil du public, le cru 2016 se jouera au début de l'été. Nous l’inscrirons de fait de manière plus significative dans le paysage national et européen. L'intégrité et l'esprit de l'événement, que nous portons depuis plus de 17 ans, lui, ne changera jamais. »

Nouveaux festivals, effets post-Marseille 2013 bénéfiques, partenaires en attente de collabs et surtout, un public de plus en plus jeune et exigeant : le game des events électros dans le sud de la France à changé, « il est normal que le schéma économique de Marsatac fasse lui-aussi peau neuve. Pour mieux revenir l'année prochaine. » Chez nous, le rendez-vous est pris.

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