Âme, Michael Mayer, Agoria, Chloé, Matthew Dear, Carl Craig, DJ Harvey, Ellen Allien… Voir autant de top DJ's réunis sur l'affiche d'un nouveau festival au Maroc nous a d'abord laissés pensifs. Les Marocains, eux, n'y croyaient pas. “Vu qu'il n'y avait jamais eu ce genre d'événements au Maroc, beaucoup de gens ici ne pensaient pas que les DJ's allaient venir. Un line up comme ça, avec autant d'artistes sur trois jours, c'était trop beau pour être vrai”, raconte Marjana Jaïdi, 31 ans, la fondatrice de l'Oasis Festival.

Mais ils étaient tous bien là. Alors comment parvient-on à booker autant d'artistes pour une première édition dans un pays où la musique électronique pointue en est encore au stade du défrichage ? Il faut déjà avoir une certaine expérience du milieu. Ça tombe bien, Marjana Jaïdi, 31 ans, a été élevée à New York, et a pas mal traîné dans le milieu de la fête, montant Cultivora.com, un site de guide pour les festivals. Avoir les coudées franches au niveau financier et politique est aussi un atout (le père de Marjana, Abdeslam Jaïdi, est le consul général du Maroc aux Etats-Unis). Et il faut être malin et organiser son event hors-saison, “quand il n'y a pas cinq festivals le même week-end”.

Installer un concept

Pour sa première, le festival a décidé de taper fort en visant le haut du panier pour attirer Anglais et Français venus en masse, accompagné par une boîte de RP bien rodées (Global Publicity, qui s'occupe de l'ADE et Snowbombing, notamment). De cette manière, avec un plan com bien ciblé, les organisateurs tentent d'imposer un modèle dans un pays où la club culture est encore underground et où le grand événement musical est le festival Mawazine, placé “sous le haut patronage du roi”. A l'Oasis Festival, le concept, c'est d'abord du farniente.

Farniente à l'Oasis Fest

L'événement avait lieu trois jours durant au splendide Fellah Hotel, à 20 minutes de Marrakech, entièrement loué pour l'occasion. Marjana Jaïdi a préféré faire l'impasse sur les boîtes de nuit locales, pour mieux mettre en avant le côté détente : “Les clubs, ce n'était pas ce qu'il y avait de mieux. On voulait que les gens se sentent vraiment en vacances.” Le concept devrait être encore plus poussé l'an prochain, en proposant des excursions vers les cascades et les montagnes de l'Atlas environnantes avec le billet. “On voulait mettre en place un côté intimiste, avec une vibe un peu plus sophistiquée. On peut s'asseoir, il y a un restaurant, un souk…” En résumé, un festival qui ne soit pas dans l'agitation permanente.

DJ Harvey is God

Et c'est vrai qu'après le chaos des festivals d'été, on n'a pas envie de courir de scène en scène quand on est enfin posé à Marrakech. A ce niveau, l'Oasis a rempli sa mission. Divisé entre deux scènes séparées par une ou deux centaines de mètres (parsemés de petits cactus hyper traîtres la nuit tombée), le festival se vit au pas, voire au trot, mais jamais au galop. Une allure dictée par les sets des DJ's, cadencés juste ce qu'il faut.

Salut toi !

Après les pool parties downtempo l'après-midi, on a vu Michael Mayer faire monter la sauce vendredi, suivi par les clins d'oeil complices de DJ Tennis, le Could You Be Loved joué par Agoria en début de set, et un final magique avec Âme sur le balcon, en compagnie du crew de Panda Events (initiateurs des Dunes électroniques en Tunisie, venu observer le spot. Le lendemain, on enchaînait à la piscine (devant My Favorite Robot) avec la team composée de Crack Magazine et Tsugi (si si) puis sur le meilleur set du festival délivré par DJ Harvey, qui a purgé le public en un quart d'heure, avant de voir revenir les déçus d'Adriatique sur l'autre scène.

Deux heures de mix magiques, où l'expression drogué à la musique prenait tout son sens. Dimanche, on était morts mais on est quand même retournés au Fellah Hotel : Derrick Carter a assuré la montée sous l'œil de DJ Harvey, Carl Craig a fait descendre un peu tout le monde en jouant un set disco et soul, et les Pachanga Boys ont comme toujours assuré un finish magnifique avec leur hit Time.

DJ Harvey, alias God

Les Pachanga Boys au finish à l'Oasis Festival

Mais au-delà de la musique, c'est surtout l'énergie des locaux qui nous a marqués à Marrakech. On a découvert que les Marocains et Marocaines avaient une envie débordante de musique électronique, comme l'ont démontré les activistes de la Factory Casaoui, qui gèrent notamment le club Vertigo, rare espace pour la musique électronique pointue à Casablanca, ou le collectif Moroko Loco, qui milite pour le mouvement depuis 2009. Et on comprend mieux pourquoi les promoteurs d'events guettent la moindre occasion de monter une fête au royaume. Autant dire qu'on n'a pas fini de vous parler du Maroc.