« Je vais arrêter de rêver comme un naïf. Internet n’est pas un outil de liberté. Aujourd’hui, je vais devoir me protéger alors que je n’ai rien fait de mal. C’est de l’art ! ». Pakito Bolino, directeur artistique du Dernier Cri (éditeur underground marseillais, également à l'initiative de certaines expositions, films et périodiques), adressait ainsi son désarroi face à la correspondante de Libération à Marseille. Depuis le début des nineties, le collectif du Dernier Cri s'évertue à défendre une certaine vision de l'art (atypique, revêche et revendicative) au sein de la Friche Belle de Mai, l'imposant centre culturel de la cité phocéenne installé dans l'ancienne manufacture des tabacs, devenu le haut lieu de la scène underground électronique à Marseille.

Au mois de juin, l'organisme décidait d'accueillir les travaux de Reinhard Scheibner et de Stu Mead, unis sous un même étendard : l'exposition érotique Berlinhard, dédiée à "la pornographie, avec une dose de grotesque, proche de l’esprit du défunt magazine Hara-Kiri, [...] et mettant en scène de grands tabous comme la sexualité adolescente, la pédophilie et la bestialité". Profondément outrés par le caractère jugé immoral de l'exposition, certains groupes (et groupuscules) d'extrême droite, religieux, de défense de la cause féministe et de lutte contre la pédocriminalité, privilégiaient une action vive — et ce malgré l'arrêt prématuré de Berlinhard (décidé au préalable), le 27 août.

S'ensuit dès lors une polémique passionnée. Si elles affectent les membres du collectif marseillais (sous forme de menaces ou d'insultes à l'encontre de Pakito Bolino sur son mur Facebook notamment), les critiques parfois violentes émises à son encontre semblent ne pas constituer une menace sérieuse. En témoignent les faibles résultats d'un premier appel à manifester. Le Dernier Cri et la Friche marseillaise semblent néanmoins en mauvaise posture. Certains élus d'extrême droite opposés à l'exposition, et, à l'inverse, du Front de gauche n'ont pas manqué de prendre fermement position contre l'expo. En première ligne, Marion Maréchal-Le Pen (candidate FN aux régionales de PACA) et Stéphane Ravier (sénateur des Bouches-du-Rhône et maire FN du septième arrondissement de Marseille). 
Ces derniers s'immiscent dans le "débat" pour apporter un soutien conséquent aux diverses manifestations contre la Friche et demandent aujourd'hui le gel des subventions à la salle marseillaise. Le sénateur Ravier, indique Libération, demande ainsi "la suspension provisoire de toute subvention publique à la Friche". Et de bénéficier dès lors des répercussions positives de la manœuvre politique. "Les régionales approchent, le conseil régional finance la Friche, l’angle d’attaque est tout trouvé…" indique la rédactrice de l'article Stéphanie Harounyan. Il s'agit désormais d'entraver la mise en place de manifestations culturelles jugées indécentes, et de contraindre voire altérer l'esprit d'un collectif comme Le Dernier Cri. 
Et par là même celui de la Friche Belle de Mai. Interrogé par Trax à ce sujet, Alain Arnaudet, directeur général de l'établissement marseillais, affirmait dès lors : "Le Dernier Cri présente des expositions, ici, depuis 20 ans. Nous soutenons et accompagnons ses initiatives.  Nous continuerons à le faire. La friche la Belle de Mai est un endroit de libre expression et de création. Cette liberté, inscrite dans nos principes républicains, fait partie de l’ADN de la Friche depuis sa création, en 1992. Si la Friche la Belle de Mai a organisé, en février 2015, une exposition de 200 Charlie Hebdo – y compris les plus polémiques – et une exposition de 1200 affiches sur la liberté d’expression (cela a donné lieu ensuite à l’édition du livre "1000 crayons pour la liberté d’expression", édité par le Bec en l’air et dont les bénéfices sont versés à Reporters sans frontières), c’était d’une part pour rendre hommage à ceux qui avaient été assassinés en janvier et d’autre part pour rappeler nos principes et réaffirmer nos valeurs, ici, à la Friche. L’occasion nous est donnée — face à ces attaques infondées — de rappeler ce principe républicain et de réaffirmer notre soutien au Dernier Cri."