Texte par Théophile Pillault

Crédit photo en Une par Camille Chaleil

Une com virale menée de mains de maître — avec un teasing affûté et des réseaux sociaux parfaitement innervés —, un artwork ainsi qu'un line-up super alléchant, de Loco Dice, à Ada en passant par Evan Baggs, Omar Souleyman, Marwan Sabb ou les très turbulents Arabstazy... Programmé comme ses voisins européens au climax du mois d’août, l’intrépide Festival Éphémère a fait vibrer une Tunisie sous pression sécuritaire, un mois après le massacre de Sousse, en pleine reconduction de l’état d’urgence dans tout le pays. 

EPHEMERE Festival

Une seconde édition sous pression

L’événement se tenait au cœur du très faste Playa Club, un écrin blanc sur plusieurs niveaux, campé au cœur de la très balnéaire Hammamet : "Après les événements de Sousse, nous avons préféré maintenir notre deuxième édition au cœur de l’hôtel" nous confie Essia, une des jeunes co-organisatrices du festival, qui affichait d’ailleurs sold-out.

"Ce site n’est pas forcément le plus structurant pour un événement comme le notre, mais il offre une bonne maîtrise de l’espace, du flux du public. Le contexte politique, touristique et surtout sécuritaire de la Tunisie est très atypique, surtout en ce moment, chacun le sait. Hammamet, c’est la plage, le tourisme tunisien. Associer notre événement à l’axe majeur du développement économique de notre pays, ça signifie beaucoup pour nous."

Effectivement à Hammamet, c’est le chef de la police local qui donne l’autorisation (ou pas) au festival d’accueillir son public. Un public sous la surveillance de différents services de sécu musclés et bien tactiles, qui auront fouillés sacs, poches, intérieurs des paquets de clopes ou des porte-feuilles avec un zèle rarement égalé.

EPHEMERE Festival

Scénographie ultra-créative

Passés donc quatre ou cinq barrages et autres petits stands de contrôle, le site se laisse enfin découvrir. Light show super créatif, espaces de chill-out désignés avec classe ou plafond en origamis pleins de couleurs... Côté scéno, la barre est franchement haute. Les bénévoles étudiants en archi ou aux Beaux-Arts en charge de la déco y sont pour beaucoup.

Des bénévoles qui, durant deux nuits, n’auront eu de cesse de s’agiter et de courir aux quatre coins du site : "La culture du bénévolat émerge doucement. Qu’il s’agisse du domaine musical ou dans la société en général” nous souffle la coordinatrice. “Pour cette édition, notre appel aux volontaires a été largement entendu, de la capitale au sud du pays. Mais il s’agit là d’actes assez nouveaux pour les jeunes tunisiens.” On regrette peut-être l’hyper-présence de grosses marques de télécom ou de clopes qui continuent de s’inviter sans la moindre finesse sur ce genre d’événement en Tunisie.

© Ahmed Ezzedine

Epi, Omar Souleyman et Arabstazy sur la scène alternative

Belle nouveauté cette année, une petite scène annexe montée à 150 mètres du plateau principal : "On y tient à cette scène alternative" affirme Essia. “C’est la première fois qu’un festival tunisien aligne deux scènes de la sorte avec des programmations éclectiques.” Evan Baggs, Ada, Nastia, Loco Dice ou Hosh, qui aura brillamment remplacé la décevante annulation de la première venue de Mano le Tough sur le continent africain…

Si le stage principal aura permis au public d’assouvir ses pulsions les plus mainstream, le second plateau, nettement plus intimiste, aura livré deux jours de pépites. Avec le set très acide de Nejib Belkadhi, l’excellent Afghan Project ou Epi, projet solo franco-tunisien survolté teinté de rythmiques world chaudes et métisses.

© Ahmed Ezzedine

Youssef JRB et Fatma Sfar, aux manettes et instruments du groupe Denya Okhra, marquent l’entrée de la Tunisie sur la grande scène pop, avec un live hypnotique et délicat. Collectif à géométrie variable installé sur les deux rives de la Méditerranée, Arabstazy, composé pour cette édition de Deena Abdelwahed, Mettani ainsi que de la VJ Waf, aura fait rayonner la frénésie futuriste (aux confins de la noise) sur un public curieux, avide et ultra-réceptif à toutes nouvelles expériences électroniques.

Avec le syrien Omar Souleyman en clôture, les 4500 éphémèristes réunis chaque nuit ont fait vibrer la Tunisie au-delà de la pression et des craintes, pour danser en terre d’espoir et de désir, où les fleurs de la Révolution grandissent librement. Et s’assument.

Omar Souleyman / © Emna Jaïdane