Le LP, au cœur des attentions parce qu’attendu des mois durant, est une pure création disco house de ce jeune producteur qui a su forger et imposer son style au beau milieu d’un genre musical régnant en maître sur sa ville natale : Bristol, Dubstep Kingdom. Planqué dans l’underground, Julio ?

Pas lorsqu’il s’agit d’offrir ses productions à la chanteuse pop Jessie Ware. Pour mieux flirter avec les antipodes, le Londonien d’adoption semble donc prendre le parti de rester au centre. Nous l’avons rencontré en juin dernier, entre deux portes, quelques instants avant son set lors de la Kitsuné Club Night au Cinéma Paradiso du Grand Palais...

Crédits photo en Une : Flavien Prioreau

Trax : Enfin un premier album ! On l’attendait depuis un moment...

C’est vrai que j’ai plus ou moins commencé à l’annoncer il y a trois ans. J’ai travaillé dessus durant ces trois dernières années. Dans ma tête, je savais ce que je voulais faire, je me sentais sûr de moi, et je l’ai finalisé l’année dernière, juste avant de rentrer chez moi pour passer Noël avec ma famille. Dans un bon album de dance music, je pense que c’est très important de pouvoir trouver de la diversité.

Dans un bon album de dance music, je pense que c’est très important de pouvoir trouver de la diversité.

Ce qui prédomine dans Knockin' Boots, c'est sa griffe disco-funky, mais on note aussi sur cet album une empreinte afrobeat. Je pense notamment à "Umuntu"...

Oui, totalement ! Tu connais le blog Awesome Tapes from Africa ? J’adore ce qu’ils font. Sinon, il y a trois ans, j’ai rencontré un mec qui s’appelle Tim Goldsworthy. Il travaille pour DFA Records, et vivait à Bristol. Il y vit sûrement toujours. Il m’avait fait écouter le disque d’un Ghanéen qui s’appelle Ata Kak. Cet album, Obaa Sima, a tout changé pour moi. C’était… wooow ! Ce mec tout droit sorti du début des années 1990 fait de la hip-house très low-fi et acidulée, avec du matériel ultra simple… Depuis cette découverte, j’ai commencé une longue et, honnêtement, très coûteuse obsession pour ce genre musical. L’une de mes plus grandes influences pour cet album a aussi été la musique nigériane du début des 80s.

Tu t’es entouré de plusieurs guests sur Knockin’ Boots. Qu’est-ce qui a guidé tes choix ?

Ce sont tous des artistes que j’apprécie et avec qui j’ai aimé travailler. Par exemple, Seven Davis Jr avait réalisé un EP sur le label de mon ami Funkineven. Il vivait à Los Angeles, et quand je suis allé là-bas, je l’ai contacté, on est allés en studio, et il y a eu une bonne vibe entre nous. J’aime beaucoup ce mec. J’Danna avait chanté aux Worldwide Awards de Gilles Peterson, il y a quelques années. Quand j’ai vu cette fille, qui avait à peine 16 ans à l’époque, avec cette voix incroyable et tellement d’assurance, je me suis dit : "Whaaaaat, à 16 ans, moi, je jouais à des jeux sur PC, et ça m’arrivait d’aller en club, c’est tout !"

Est-ce que Bristol a contribué à façonner ta musique ?

Franchement, si tu m’avais demandé si j’étais influencé par Bristol quand j’ai commencé à faire de la musique, je t’aurais répondu que non, mais je réalise maintenant, avec du recul, que je l’ai vraiment été, de manière inconsciente. Je pensais que personne ne jouait de la house à Bristol, et c’est vrai que personne n’en faisait réellement, à l’exception d’une poignée de mecs. En tout cas, personne n’en faisait de la manière dont j’avais envie d’en faire.

L’une de mes plus grandes influences pour cet album a aussi été la musique nigériane du début des 80s.

Je crois que j’ai vraiment été parmi les premiers à faire de la UK funky là bas. Ce qui m’a aussi influencé avec Bristol, c’est surtout le fait que, pour pouvoir jouer de la house entre deux sets de dubstep — puisque tous les DJs en jouaient — j’ai commencé à faire de la musique qui "transitionnait" avec les 140 BPM du dubstep.

Je diminuais le tempo petit à petit sur une demi heure pour atteindre les 115 BPM d’un Motor City Drum Ensemble, et je l’augmentais durant les vingt minutes suivantes. C’était assez frais, personne ne faisait vraiment ça avant, et c’était plutôt naturel pour moi.

julio

Tu as un positionnement étrange, entre underground et mainstream. Qu’en penses-tu ?

Les tracks sur le premier album de Jessie Ware (Devotion sur PMR Records, ndlr) ont été composés deux ans avant leur sortie : à cette époque, je commençais seulement à produire, et je ne faisais que des trucs underground. J’ai donc fait de la musique underground qui a abouti dans le mainstream. J’ai cette position assez confuse entre underground et pop depuis le début de ma carrière. C’est bizarre d’être, en quelque sorte, au milieu, mais je trouve ça marrant et sensé ! (rires)

J’ai cette position assez confuse entre underground et pop depuis le début de ma carrière

Crois-tu que la sortie de Knockin’ Boots pourrait te propulser au rang de popstar ?

Je ne sais pas. Ça me fait un peu peur, tout comme j’ai peur d’être considéré comme un mec super underground ! J’aime faire dans la diversité !